De A à Z
Cette Semaine
Planning des Sorties
Par Réalisateur
Autour du Cinéma
Films Cultes

Tests DVD
Par Editeur
Planning des Sorties
Boutique DVD

Portraits
Culcultes
Galeries Photos

Gros Plans
Dossiers
Entretiens

News ciné
Box-Office
Notes

Nouveaux forums !!
Concours
Newsletter
Liens web

Films de Van Damme
Location de DVD
Carlotta Films
One Plus One
Conception web
Michael Cimino






 

SOGO ISHII


Alors que seulement deux de ses longs-métrages ont connu une sortie en France (Crazy Family en 1986 et Le Labyrinthe des rêves en 2000), l’Etrange Festival a consacré une rétrospective à la filmographie d'un cinéaste polymorphe nommé Sogo Ishii. FilmDeCulte revient, en quelques dates et quelques films clefs, sur le parcours d’un réalisateur friand de toutes les expériences.


DEAD END RUN

(Sogo Ishii – Japon – 2003)
Avec Yusuke Iseya, Masatoshi Nagase, Tadanobu Asano

Présenté accolé à Master of Shiatsu - un court métrage aux belles images sur l’art du massage japonais - Dead End Run est une figure de style déclinée à trois reprises. Jouant au premier degré sur le concept-titre (la cavale sans issue), Sogo Ishii déploie trois histoires-saynètes brodées à grands coups de caméra 16mm nerveuse et bourrées d’effets clipesques numériques en diable. La première histoire se situe à la croisée de la comédie musicale et de la vidéo-danse (l’histoire se transforme en prétexte-moteur des images). Un jeune homme traqué tue par mégarde une jeune fille, qui se réveille à grands renforts de sons d’os brisés et entame une danse joyeusement macabre avec son meurtrier involontaire. Le court-métrage suivant est le moins intéressant du programme. Fonctionnant comme une suite-redite du premier volet (le décor est la même impasse sombre et humide), Ishii décide ici de jouer sur la figure de la confrontation guns croisés chère aux polars de Hong Kong. Malheureusement, le procédé tourne court pour devenir totalement soporifique. On quitte enfin le sol et la nuit pour la troisième chronique, qui se déroule en plein jour sur le toit d’un immeuble. L’histoire d’une prise d’otage qui se termine mal, aux couleurs sursaturées et au final en forme de pied de nez. Malgré son inégalité, Sogo Ishii livre avec Dead End Run sa vision inédite d’un genre nerveux déjà fort exploré et défriché. Expérimental et grand public, pertinemment mis en musique, le film se transforme en catalogue d’effets décoiffants et devient la petite curiosité que l’on se doit de découvrir pour ne pas mourir idiot.

Nicolas Plaire



ELECTRIC DRAGON 80 000 V

(Sogo Ishii – Japon – 2001)
Avec Tadanobu Asano, Masatoshi Nagase, Masakatsu Funaki

Grand huit frénétique et assourdissant, Electric Dragon 80 000 V n'a pas volé son statut de circuit insolite et culte. Réalisé peu de temps avant l'insaisissable Gojoe, fresque moyenâgeuse secrète et langoureuse, cette échappée belle marque les retrouvailles de Sogo Ishii avec ses marottes de jeunesse, l'art et la manière en plus. Duel convulsif entre deux fêlés frappés par la foudre, Dragon Eye Morrison (l'incontournable Tadanobu Asano, musicien à ses heures) et Thunderbolt Buddha (Masatoshi Nagase, autre frimousse pop et transfuge de Gojoe), Electric Dragon... est un invraisemblable déluge de morceaux de bravoure, excentriques et tonitruants. Epaulé par le producteur Takenori Sento (dont la bienveillante maison, Suncent Company, a déjà abrité Hotaru de Naomi Kawase et Eureka de Shinji Aoyama), Sogo Ishii s'offre de magnifiques contrastes en noir et blanc et capture des secondes euphoriques d'une beauté renversante. L'intrigue tient dans un mouchoir de poche, mais Ishii tourne vite, se fie à ses pulsions d'esthète et malmène la ligne narrative, classique détournement du mythe des super-héros. La voix off bourrue et emphatique, les inserts hilares empruntés au manga, les ruptures intempestives (accélération – décélération) font d'Electric Dragon 80 000 V un trip infernal et jubilatoire.

Danielle Chou



GOJOE

(Sogo Ishii – Japon – 2000)
Avec Tadanobu Asano, Masatoshi Nagase, Daisuke Ryu

Gojoe marque le retour du film de sabre, très en vogue dans les années 1970 au Japon, mis ici à la sauce personnelle d'un cinéaste prolifique qui aime varier les genres. Sa spécificité est due à la dimension spirituelle du film, loin d'être négligeable. La limite entre le bien et le mal est ténue, à l'image de Benkei, moine empli de fureur. Ce questionnement mystique, où la superstition prend le pas sur la religion, devait motiver au départ Sogo Ishii. Dans sa version originelle, le film dure une demi-heure supplémentaire. Mais pour son exploitation internationale, et pour nos petits esprits étriqués d'Occidentaux, le remontage proposé oriente d'avantage le film vers l'action pure, en ayant coupé bon nombre de scènes contemplatives. C'est au milieu des éléments impassibles que se déchaînent les combattants. La nature est un ennemi craint, qui dépasse les protagonistes. Cette thématique écologique était déjà là dans le splendide August in the Water, du même auteur, et est bien représentative du cinéma japonais actuel.



Sébastien Laeng



AUGUST IN THE WATER

Mizu no naka no hachigatsu
(Sogo Ishii – Japon – 1995)
Avec Shinsuke Aoki, Rena Komine, Reiko Matsuo

Etrange film d’eau et de pierre, August in the Water révèle une facette différente de Sogo Ishii, "plus féminine" selon le cinéaste. Plus spirituelle également: "August in the Water est une prière", ajoute-t-il. Un mois d’août sous la pluie qui se transforme en longue rêverie cosmique autour d’Izumi (qui signifie "source" en japonais), jeune espoir du plongeon dont la carrière et l’existence vont être bouleversées par un grave accident. Izumi, créature d’eau dans une ville de Fukuoka frappée par la maladie de la pierre depuis que deux météorites ont chuté dans la région. August in the Water, sixième long-métrage de son cinéaste, orchestre sa séance d’hypnose au fond d’un fleuve ou au cœur de la forêt, regard happé par quelque aspérité sur une pierre, ou des empreintes sur un doigt. Le temps d’une communion animiste, d’une mystique aux échos surmultipliés par une bande sonore particulièrement travaillée, où les pouvoirs extra-sensoriels d’Izumi finissent par être partagés, érigés en règles sensuelles d’un film en forme de labyrinthe des rêves. L’espace d’un songe où les corps qui, autrefois, se heurtaient à un mur d’eau, finissent par s’y abandonner sereinement, et se répandre sur la ville dans une dernière contemplation.

Nicolas Bardot



BURST CITY

Bakuretsu toshi
(Sogo Ishii – Japon – 1982)
Avec Takanori Jinnai, Machizo Machida, Michiro Endo

Présenté à L'Etrange Festival dans une version inédite, mixé en direct par Sogo Ishii en personne et Hiroyuki Onogawa (l'un des quatre membres de Mach 1.67, sa formation musicale fondée dans les années 80), le bouillonnant Burst City rallie les terres désinvoltes des premiers longs métrages et glisse aisément d'un concert enfiévré à l'insurrection orageuse et totale. Manifeste punk, rugueux, sale et méchant, ce court expérimental de trente minutes est un fascinant work in progress malléable à souhait (la version d'origine - deux heures - est restée dans les tiroirs de la Toei), une ébouriffante cavalcade sonore, enrobée de détonations et noyée de stridences impétueuses. Bien avant les trublions Shinya Tsukamoto et Takashi Miike, Ishii s'empare des oripeaux de la scène rock alternative (les Sex Pistols en figures de proue), clame son amour pour Eisenstein (Le Cuirassé Potemkine) et Abel Gance (Napoléon), mais perd pied dans un cauchemar de squats, d'usines désaffectées et de rixes urbaines où guitaristes, motards et mafieux forment un tourbillon de visages hagards et de corps démantibulés. A l'époque du tournage, submergé par l'ambition du projet, Sogo Ishii se heurte à une impasse artistique et se voit contraint à l'abandon. La résurrection de Burst City via des concerts improvisés l'a définitivement classé parmi les curiosités rares et convoitées.

Danielle Chou



CRAZY THUNDER ROAD

Kuruizaki sanda rodo
(Sogo Ishii – Japon – 1980)
Avec Tatsuo Yamada, Masamitsu Ohike, Toshiji Kobayashi

Tourné à l'âge de vingt-deux ans, Crazy Thunder Road est considéré par Sogo Ishii comme son vrai premier long métrage, après les tâtonnements malheureux et les conflits éreintants de Panique au lycée. Les maladresses n'en sont pas moins flagrantes: les viles beuveries succèdent aux longs crêpages de chignon qui eux-mêmes succèdent à de piteuses scènes d'intimité. L'arrière-plan est téméraire, mais l'emballage peu attrayant et l'interprétation encore moins performante. On devine pourtant, à travers la pose étudiée les grandiloquences, les thèmes de prédilection d'Ishii. Avant le tournant stylistique amorcé par Angel Dust, le jeune cinéaste laisse libre cours à ses hantises et à sa fougue contestataire, en exaltant la figure du rebelle par excellence: le motard jacasseur, envers et contre tous. Sogo Ishii se défend de tout discours politique, s'autorise quelques audaces formelles (la caméra se faufile déjà un peu partout), mais le soufflé retombe vite. Ecartelé entre plusieurs intrigues et des personnages dérisoires, difficilement identifiables, Crazy Thunder Road s'étire en vain. Les apprentis acteurs (bénévoles) cabotinent, le duel sanguinolent fleure bon la série B. Les coups de poing s'enchaînent, Ishii s'entraîne. Mais le film demeure son plus grand succès au box-office nippon.

Danielle Chou



PANIQUE AU LYCEE

(Sogo Ishii – Japon – 1978)
Avec Shigeru Yamamoto, Atsuko Asano, Miyoko Akasa

La première réalisation du jeune Sogo Ishii ne fut pas de tout repos. En effet, si, à seulement 21 ans, Ishii a eu l’opportunité de diriger son premier long-métrage, c’était au prix de quelques conditions. Tout d’abord, travailler avec un co-réalisateur, le plus chevronné Yukihiro Sawada. Ensuite, subir le bon vouloir d’un producteur à la main de fer. Selon les propres dires de Sogo Ishii, il n’y a guère plus que 20% de son propre film dans le résultat final, une expérience qui l’a conduit à cette conclusion: "Après Panique au lycée, je me suis dit que jamais plus je ne travaillerai pour un studio [ici la Nikkatsu, ndlr]. Je voulais garder le contrôle et ne faire plus que des films dont j’avais envie.". Ishii reste malgré tout au cœur de cette œuvre, Panique au lycée étant une extension de l’un de ses courts-métrages tourné deux ans plus tôt. Un coup de poing juvénile, avec ce que l’appellation implique comme maladresse et comme virulence, sur le système éducatif japonais, où un jeune étudiant, peu avant les examens, tire sur un professeur et prend des camarades en otage. Et derrière quelques gaucheries perce déjà une certaine noirceur.

Nicolas Bardot




 
ACCUEIL | CONTACT | NOTES | AJOUTER AUX FAVORIS