De A à Z
Cette Semaine
Planning des Sorties
Par Réalisateur
Autour du Cinéma
Films Cultes

Tests DVD
Par Editeur
Planning des Sorties
Boutique DVD

Portraits
Culcultes
Galeries Photos

Gros Plans
Dossiers
Entretiens

News ciné
Box-Office
Notes

Nouveaux forums !!
Concours
Newsletter
Liens web

Films de Van Damme
Location de DVD
Carlotta Films
One Plus One
Conception web
Aux films du Temps






 

SHOHEI IMAMURA


Mardi 30 mai 2006, le monde du cinéma a appris une triste nouvelle. Shohei Imamura, l'un des rares cinéastes à avoir obtenu deux Palmes d'or (La Ballade de Narayama (1983), L'Anguille (1997)) est décédé des suites d'un cancer du foie à l'âge respectable de 79 ans. Imamura laisse derrière lui un nouveau projet à jamais inachevé. Si sa filmographie reste en majeure partie inconnue du grand public, il était un grand maître du cinéma nippon, le digne successeur de Yasujiro Ozu (dont il fut l'assistant), d'Akira Kurosawa, l'égal de Nagisa Oshima. Illustre figure de la Nouvelle Vague japonaise dans les années 60, Imamura a atteint la reconnaissance critique dès 1963 et sa troublante Femme insecte. Dès lors ses films, très modernes dans la forme et dans le fond, susciteront sans cesse la controverse. Le natif de Tokyo ausculte avec acuité les travers de la société japonaise, divulgue ses non-dits et explose les derniers tabous comme en 1989 avec Pluie noire, film sur l'Holocauste nucléaire et la mise à l'écart des victimes par la société. Ses héros sont toujours à la frontière du Bien et du Mal, perdu entre devoirs moraux et pulsions de sexe et de mort. Il est le cinéaste de la rupture de ton, des rejetés du système et d'un certain lyrisme du désespoir.


Au fil de sa carrière, l'âpreté de son regard va s'adoucir et le cinéaste de livrer ses plus beaux longs métrages. Dans De l'eau tiède sous un pont rouge, son dernier film, il exaltait les plaisirs simples de la vie, en délivrant un surprenant message épicurien. S'il fallait retenir une scène emblématique de son art, impossible de ne pas revenir sur L'Anguille, son chef-d'oeuvre, et la découverte du corps inanimé d'une jeune femme par le repris de justice, incarné par Koji Yakusho, le double du cinéaste. La rédemption impossible du tueur de La Vengeance est à moi, autre sommet de sa filmographie trouvait un écho déformant vingt ans plus tard. Imamura offrait symboliquement à son héros et à son cinéma une seconde vie. Aux cinéphiles désormais d'en profiter.

Yannick Vély






LA VENGEANCE EST A MOI
Fukushû suruwa wareniari
(Japon, 1979)
Avec Ken Ogata, Mayumi Ogawa, Rentaro Mikuni

Chef-d'oeuvre méconnu de Shohei Imamura, ce portrait d'un criminel en fuite marquait en 1979 son retour à la fiction après une série de documentaires sur les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Inspiré d'un fait divers qui a défrayé la chronique dans les années 60, La Vengeance est à moi est une insolente réussite d'une maîtrise narrative absolue. Afin d'éviter l'héroïsation de l'assassin, Imamura multiplie les points de vue et les strates temporelles. Il n'épargne pourtant rien au spectateur, ni les sordides exécutions d'innocents choisis au hasard, ni les détails macabres de la descente aux enfers d'une jeune femme éprise du monstre. Comme dans Désirs meurtriers son précédent film, la violence entraîne fatalement un lourd tribut à payer. La fuite un temps espérée n'est qu'un leurre. Iwao Enokizu ne peut reprendre le cours d'une vie normale et devra un jour payer pour ses méfaits. L'intelligence d'Imamura est de ne pas jouer sur le suspens de l'arrestation mais de cerner la psychologie du tueur. Grand succès commercial dans l'archipel nippone, ce faux polar a inspiré de nombreux cinéastes, notamment le Coréen Bong Joon-ho pour Memories of Murder. Il bénéficie en outre de l'interprétation nuancée de Ken Ogata, le mythique Mishima de Paul Schrader.

Yannick Vély



LA BALLADE DE NARAYAMA
Narayama bushiko
(Japon, 1983)
Avec Ken Ogata, Sumiko Sakamoto, Takejo Aki

1958: le réalisateur japonais Keisuke Kinoshita signe sa Ballade de Narayama à lui, mettant en scène la star Kinuyo Tanaka, muse de Mizoguchi. Le film, d’une splendeur incroyable, emprunte au kabuki pour son utilisation des décors et de la lumière, dans une œuvre où l’on sent le studio mais dont le côté fabriqué (les toiles peintes pour les paysages) accroît l’onirisme et la poésie. Une vingtaine d’années plus tard, Shohei Imamura s’attaque au même récit (fin de l’Ere Edo, dans un village, les ancêtres sont emmenés sur la montagne pour y finir leurs jours), mais en prenant à contre-pied le traitement de Kinoshita. Aux porcelaines de son prédécesseur, Imamura privilégie une vision ultra réaliste, filmée en décors naturels et avec une lumière crue, la délicatesse élégiaque de l’un faisant place à la dureté humaine et la cruauté sociale de l’autre, désespoir d’une micro société où les bébés comme les vieux sont abandonnés faute de pouvoir les nourrir. Un long métrage où l’animalité règne, comme cet aigle qui plane sur le village, ou comme dans le cœur de ces personnages à l’humanité contrariée. Imamura, insufflant ses thèmes dans cette relecture, y remportera la première de ses deux Palmes d’or, récompense méritée pour ce sublime chef d’œuvre.

Nicolas Bardot



PLUIE NOIRE
Kuroi ame
(Japon, 1989)
Avec Yoshiko Tanaka, Kazuo Kitamura, Etsuko Ichihara

De nombreuses voix s'étaient élevées au Japon lorsque Shohei Imamura avait émis le souhait de mettre en scène un film sur la tragédie d'Hiroshima. L'auteur de La Ballade de Narayama s'attaquait en effet à un double tabou: la fin humiliante de la Seconde Guerre mondiale pour le Japon, marquée par la bombe atomique, et l'odieuse occultation du sort des victimes irradiées, rejetées par la société nippone car _expression trop manifeste des erreurs du passé. Pour témoigner de la tragédie et des non-dits de son pays, le cinéaste a osé mettre en scène l'horreur comme après lui Steven Spielberg avec La Liste de Schindler. Mis en scène dans un magnifique noir et blanc, Pluie noire dépasse bien sûr la simple reconstitution historique même si le double Palmé d'or consacre la première demi-heure du film, absolument bouleversante, à Hiroshima. Imamura s'intéresse à la destinée individuelle d'une femme prise dans le tourbillon de l'Histoire, qui a subi les fameuses radiations et devient dès lors un paria aux yeux de tous. Comme dans L'Anguille, les rebuts de la société nippone se retrouvent pour tenter de survivre malgré tout. Ecrire que le film demeure essentiel est un pléonasme.

Yannick Vély



L'ANGUILLE
Unagi
(Japon, 1997)
Avec Koji Yakusho, Misa Shimizu, Mitsuko Baisho

La découverte de L'Anguille fut une révélation dans ma vie de cinéphile. Jamais je n'avais été à ce point touché par une histoire aussi simple, aussi dépourvue d'artifice. Quelques mois auparavant, j'avais pourtant pesté contre le jury cannois, l'accusant des pires maux pour avoir osé donner la Palme au récit d'un meurtrier qui confie ses tourments à un poisson. Inutile de m'auto-flageller davantage, l'erreur est humaine et depuis, Shohei Imamura est devenu l'un de mes réalisateurs préférés. Le seul, à mes yeux, capable de transformer l'absurde en poésie, le silence en érotisme trouble. A chaque vision, le même enchantement. Happé par le rythme contemplatif, presque lascif, je me glisse peu à peu au sein de la communauté et oublie tout repère spatial et temporel. J'entre dans le salon de coiffure, salue Keiko, la jolie suicidaire amoureuse et m'installe paisiblement dans la salle d'attente. Et quand le passé resurgit sous les traits d'un ancien compagnon de cellule ou d'un amant éconduit, je tremble encore à l'idée que cette passion naissante et réfrénée puisse être anéantie à jamais.

Yannick Vély



DE L'EAU TIEDE SOUS UN PONT ROUGE
Akai hashi no shita no nurui mizu
(Japon, 2001)
Avec Koji Yakusho, Misa Shimizu, Mitsuko Baisho

En 2001, Shohei Imamura, 75 ans, finit son vingtième film, sans savoir qu’il s’agira du dernier – le réalisateur signera encore un court métrage pour l’ensemble 11/09/01. Mais pour sa cinquième sélection au Festival de Cannes après la ballade sauvage de Narayama, après Zegen, Pluie noire et L’Anguille, le chant du cygne a fière allure. Le film conte l’histoire de Yosuke (Koji Yakusho), quadragénaire au bout du rouleau qui fait la rencontre d’une étrange jeune femme, Saeko (Misa Shimizu, vue dans L’Anguille et Dr Akagi), dans un village où l’on peut apercevoir un pont rouge. Récit d’eau et fable du désir, De l’eau tiède sous un pont rouge est le testament étonnamment juvénile d’un Imamura entre chronique lumineuse et comédie fantastique où la femme, ardente et transie, déesse de la pêche et fontaine sensuelle, appelle et réclame son amant à distance grâce aux reflets du soleil sur son miroir. Le cinéaste, au regard souvent dur, imprègne une vraie douceur à ce nuage surréaliste, flottant quelque part entre petite musique quotidienne et légende augurale.

Nicolas Bardot





 
ACCUEIL | CONTACT | NOTES | AJOUTER AUX FAVORIS