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LES SUITES DE ROCKY
Rocky 1, c'etait bien. Mais Rocky 2, 3, 4 et 5 sont-ils meilleurs? Réponse ci dessous!
ROCKY 2
(Sylvester Stallone - Etats-Unis, 1979)
Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith
Si on devait résumer Rocky 2, on pourrait tout simplement dire qu’il s’agit de l’épisode complémentaire parfait, même si pas vraiment essentiel tant le premier film se suffit à lui-même et n’a besoin d’aucune séquelle. Non que ce second opus soit mauvais et inintéressant, loin de là, mais il fait quelque peu abstraction de certains préceptes posés par le film original. Ici la boxe devient un peu plus présente, et Sly commence à dessiner ce que va devenir la saga. Mais Rocky prend tout de même un peu plus confiance en lui et cherche avant tout à cimenter sa famille, sa vie et affirmer avant tout l’amour qu’il porte à Adrian, tout en caressant quand même l’espoir d’être un jour un grand boxeur, même si lui se refuse encore à l’évidence. Et il faudra toute la volonté et les attaques verbales d’un Apollo vexé par sa victoire non éloquente pour que notre héros accepte de remonter sur le ring pour cette fameuse revanche. Et Rocky 2 de se terminer par une notion positive, c’est-à-dire la victoire à l’arrachée sur le ring, et de finir d’exaucer le souhait de chacun: voir ce grand boxeur devenir le champion du monde poids lourds d’une discipline, d’une vie, et d’un destin, aux yeux de sa femme et du public et donc du spectateur. Avec ce second opus, Stallone / Rocky finit d’asseoir sa réputation d’icône, en témoigne la fameuse course sur les marches du musée de Philadelphie où le héros est suivi par toute une foule de supporters, et rentre définitivement dans la cour des grands, celle des De Niro, Pacino ou Keitel.
ROCKY 3
(Sylvester Stallone - Etats-Unis, 1982)
Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith, Mr. T
Rocky 3 marque un tournant décisif dans la carrière de Stallone et marque tout autant le premier signe de déclin de la saga. Avec ce film, il dit presque adieu aux beaux rôles (même si le premier Rambo n’est pas encore arrivé) et laisse la place aux muscles, à l’argent facile et à la movie star. Un peu comme l’histoire du film finalement. Car avec cette saga Rocky, on peu vraiment mettre en parallèle la carrière du boxeur et celle du comédien. Et désormais la série ne sera plus vraiment centrée sur un homme qui saisit sa chance dans la vie, mais deviendra un enchaînement de scènes de boxe où les coups et l’action primeront sur les réflexions et sur les choix d’un homme face à son destin. Alors même si le film conserve encore quelques éléments humains - Rocky a du mal à faire le deuil de son entraîneur, il a peur d’affronter Clubber Lang car il n’a plus confiance en lui -, les séances d’entraînement et de combat prennent malheureusement le dessus. Ainsi, voir Rocky et Apollo s’entraîner donnera naissance à ce genre clipé où les séquences musicales bien rock (qui ne se rappelle pas de l’hymne Eye of the Tiger par Survivor) avec images viriles à l’appui s’enchaîneront dans un gros rythme pour ne plus laisser au spectateur le temps de se demander où est passé le Stallone d’antan, mais pour lui donner ce que certains attendaient depuis trop longtemps: un film où l’on se cogne uniquement pour le spectacle (en témoignent les séances de sport avec les fans et autres touristes pour amuser la galerie ou encore le combat contre Hulk Hogan, un monument de bêtise). Sly devient ici un amuseur de foule et un roi du divertissement. Et ce film de mettre en route la machine à pognon.
ROCKY 4
(Sylvester Stallone - Etats-Unis, 1985)
Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Dolph Lundgren, Brigitte Nielsen
Fort des 125 millions de dollars récoltés aux USA par le troisième volet, Rocky remet le couvert une quatrième fois pour le plus grand bonheur des fans de boxe, de coups violents et de répliques cinglantes. Mais voilà, Rocky n’est plus que l’ombre de lui-même et ne conserve plus rien du film original. Ayant définitivement rangé au placard les idéaux d’un homme sur son pouvoir à maîtriser son avenir, Rocky 4 devient un simple film de combat plus que limité, un film d’action bête et discipliné (d’autres diront basique et vide) fait d’un cahier des charges bien défini avec muscles, clips (comprendre séquence musicales enchaînant les images viriles) et autres stéréotypes du genre. De plus, alors que l’ère capitaliste reaganienne bat son plein, voilà notre champion obligé d’aller affronter un nouvel adversaire dans un pays de "sous-hommes" où l’on n'est pas plus civilisé que ça, où l’on vit dans la neige et où l’on n'est pas capable d’aligner plus de quatre mots. Qu’à cela ne tienne, le champion des poids lourds devient redresseur de torts et s’en va combattre le monolithe russe dans sa contrée, pour mieux faire progresser le règne capitaliste au travers des frontières et les idéaux qui vont avec. C’est vrai que le combattant russe terrassant l'une des icônes américaines (la mort d’Apollo) sur son propre territoire, ça faisait un peu tâche. Quelle belle image on nous offre alors de cet affrontement Est/Ouest, capitalisme/communisme voire civilisation/âge de pierre. Et après un combat des plus acharnés, c’est le cœur de la Russie qui est conquis, ainsi que celui de ses dirigeants (formidable image ringarde d’un clone de Gorbatchev applaudissant le discours ridicule du héros en fin de match). Ce quatrième film engendrera 127 millions de dollars de recettes (plus gros succès de la franchise) sur le continent de l’oncle Sam. Dans des cas comme celui-là, on peut se dire que certains clichés, sur le public américain, ne sonnent pas si faux.
ROCKY 5
(John G. Avildsen - Etats-Unis, 1990)
Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Sage Stallone, Tommy Morrison, Richard Gant
À l’orée des années 90, Stallone vient d’essuyer plusieurs échecs (Over the Top et Haute Sécurité) et quelques succès en demi-teinte au box-office (Cobra, Rambo 3, Tango & Cash), et sa nouvelle façon d’être et de paraître (costard, lunettes, aficionado de peinture…) ne génère pas l’effet de reconversion escompté. Il est alors temps pour notre héros de retourner sur le ring et de rendosser une dernière fois le rôle qui l’a rendu célèbre aux yeux de tous, qui a fait de lui la star que l’on connaît. Mais plutôt que de le faire affronter une nouvelle et énième menace, Sly préfère tenter une nouvelle approche, raccrocher les gants et endosser le rôle de l’entraîneur, laissant donc libre cours à des dialogues et à des états d’âme à mille lieues des "Eh Rocky! Tu lui mets la gueule en trois épisodes" ou "Je vais te briser" du quatrième opus. Et pour réaliser ce projet, quoi de mieux qu’un retour aux sources avec l’aide du réalisateur d’origine derrière les manettes. Ainsi, Stallone revient vers l’humain et Rocky retourne à la rue par une pirouette scénaristique. L’histoire nous conte alors ce passage de relais entre un jeune loup aux dents longues et le vieux lion qui veut le préserver de tout l’aspect négatif que le sport peut entraîner, le tout au détriment de sa propre famille. Et Stallone de nous montrer qu’un homme est capable de relever la tête envers et contre tous et que la chance et surtout l’honneur peuvent frapper une deuxième fois à la même porte. Mais en aurions-nous douté? Après tout il s’agit quand même de Rocky, l'un des plus fidèles porte-drapeau du rêve américain. Et même si le film s’est lui aussi vautré au box-office (seulement 40 millions de dollars de recettes) et qu’il s’agit selon le comédien du moins bon film de la saga, on y décèle pourtant toute la naïveté d’un homme en pleine remise en question, et toute la sincérité de son auteur qui croit toujours en son héros, en son avenir. Comme quoi, même au bout de quinze ans, les héros ont toujours quelque chose dans le bide.
Christophe Chenallet