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MARLON BRANDO, LA LEGENDE


L'acteur américain Marlon Brando s'est éteint à l'âge de 80 ans dans une clinique de Los Angeles. Le mythe, lui, ne prendra jamais fin. Sa filmographie regorge de chefs-d'oeuvre inoubliables comme Sur les quais, Un Tramway nommé désir, Le Parrain, Apocalypse Now ou encore Le Dernier Tango à Paris. L'homme était un spécimen unique à Hollywood, capable de tenir tête aux puissants pour la cause indienne. FilmDeCulte se devait de lui rendre un dernier hommage. Retour en cinq films emblématiques sur une carrière hors-norme.


DON JUAN DEMARCO
(Jeremy Leven – Etats-Unis – 1995)
Avec Marlon Brando, Johnny Depp, Faye Dunaway.

Après une décennie d’errance, les années 90 s’ouvrent sur un drame familial pour Marlon Brando, quand son fils assassine le petit ami de sa fille, Cheyenne. Celle-ci se suicidera cinq ans plus tard. Les lumières des medias sont alors davantage portées sur la vie privée de l’acteur et ses déboires tragiques que sur la carrière d’une légende qui s’éteint peu à peu. Pourtant, en 1995, Don Juan DeMarco de Jeremy Leven fait résonner son joli chant du cygne. Johnny Depp fait pression pour que Brando joue dans le film, où figure également Faye Dunaway. Le sex-symbol des 50’s incarne désormais le psychanalyste de Don Juan ou plutôt d’un garçon qui se plaît à endosser son grand costume de séducteur. Passage de témoin symbolique entre Brando et Depp, et naissance d’un lien ténu qui verra les deux hommes se retrouver pour The Brave, la première (et à ce jour unique) réalisation du jeune acteur. Le mythe Brando tire sa révérence à travers le rôle d’un rhinocéros passeur de morts, offrant au film maladroit quelques lumineuses scènes entre l’élève et son mentor sur le départ.

Nicolas Bardot



LE PARRAIN
The Godfather
(Francis Ford Coppola – Etats-Unis – 1972)
Avec Marlon Brando, Al Pacino, James Caan.

En 1972, il fallait être fou pour miser le moindre dollar sur le film d'un jeune réalisateur américain d'origine italienne, qui réunissait à l'affiche un illustre inconnu, Al Pacino, et une star déchue d'Hollywood, Marlon Brando. Fou, Francis Ford Coppola l'était assurément pour donner à l'ancien sex-symbol, le rôle d'un vieux chef mafieux déclinant, Don Vito Corleone. Las et accusant déjà le poids des années en raison d'une vie tumultueuse hors des plateaux, Marlon Brando n'avait plus tourné depuis trois ans mais accepta vite la proposition du jeune chien enragé, pas encore maître du monde. Le reste appartient à la légende. Chef-d'oeuvre incontestable, tragédie shakespearienne contemporaine adaptée du roman de Mario Puzo, Le Parrain est entré à jamais dans l'histoire du cinéma mondial. En jouant avec des boules de papier dans la bouche, méconnaissable les cheveux gominés et le ventre repu, Marlon Brando signait là une performance époustouflante, transformé en bouledogue bouffi d'orgueil et de puissance. Lors de la cérémonie des Oscars qui allait couronner le film, il invita une Indienne à prendre la parole à sa place et, par ce bras d'honneur symbolique, se retira volontairement du strass et des paillettes. Il sera de nouveau dirigé par Francis Ford Coppola pour Le Parrain II et Apocalypse Now. Deux nouveaux sommets artistiques que les deux hommes n'atteindront plus ensuite.

Yannick Vély



LA VENGEANCE AUX DEUX VISAGES
One-Eyed Jacks
(Marlon Brando – Etats-Unis – 1961)
Avec Marlon Brando, Karl Malden, Pina Pellicer.

Unique film mis en scène par l'acteur, La Vengeance aux deux visages a longtemps été un projet maudit passant de mains en mains sans jamais parvenir à se monter financièrement. Sam Peckinpah et Stanley Kubrick se sont successivement attelés à l'adaptation du roman éponyme de l'écrivain américain d'origine russe Charles Neider, mais se heurtèrent à la Paramount détentrice des droits ou, comme ce fut le cas pour le réalisateur de 2001, l'Odyssée de l'espace, à la volonté de fer de Marlon Brando. Premier rôle de la distribution, ce dernier se glissa finalement, sans la moindre expérience, derrière la caméra. Malgré l'aide de son ami acteur Karl Malden et des conseils avisés du chef opérateur, Charles Lang, le tournage se transforma vite en catastrophe budgétaire avec dépassement des délais (six mois au lieu de six semaines), montage contraint et forcé d'une version courte de 2h20 après un premier bout à bout de cinq heures. Ces aléas mis de côté, La Vengeance aux deux visages est un western crépusculaire d'une puissance rare dans lequel Marlon Brandon casse son image de sex-symbol starifié. Il y joue un personnage de salaud intégral, un bandit malchanceux prêt à tout pour se venger de son ancien compagnon de route désormais rangé des affaires, même à séduire la fille de celui-ci pour l'amadouer. Mis en scène dans des décors naturels proches de l'Océan Pacifique, ce qui confère à l'image une teinte particulière, La Vengeance aux deux visages reflète assez fidèlement la personnalité complexe d'un artiste masochiste, visionnaire et foutrement génial.

Yannick Vély



SUR LES QUAIS
On the Waterfront
(Elia Kazan – Etats-Unis – 1954)
Avec Marlon Brando, Karl Malden, Eva Saint Marie.

Terry Malloy (Marlon Brando) a un frère. Edie Doyle (Eva Marie Saint) vient de perdre le sien, poussé du toit de son immeuble par une main mystérieuse. Sur les quais, entre les allées suintantes et les bicoques vacillantes, dockers opprimés et employeurs véreux ne soufflent mot sur la disparition de Joey et déguisent sa chute en accident. Irrémédiablement attirés l'un vers l'autre, l'orphelin Terry et la revêche Edie révèlent des identités jumelles (les assonances entre "Malloy" et "Doyle" ne sont pas fortuites; les deux frères respectifs se prénomment Charley et Joey), une même stagnation sociale, mais des convictions radicalement opposées. Soutenue par un homme de foi influent, Edie prêche en faveur de la vérité. Ecrasé par un homme de loi corrompu, son propre frère avocat, Terry vit aux crochets de Johnny Friendly, le syndicaliste peu regardant, à l'origine des bassesses locales et du meurtre de Joey. Terry sait, mais se tait. Le dilemme n'est pas sans rappeler celui d'Elia Kazan, l'ex-sympathisant communiste qui délivrera sa liste noire durant les heures troubles du Maccarthysme. Arthur Miller refusera d'offrir ses talents de scénariste, par peur de la délation. La biographie de Kazan l'énonce sans détour: l'histoire de Sur les quais, la solitude de Malloy le mouchard qui a rompu son voeu de silence, est la sienne, sa réponse tranchante à la controverse de la Chasse aux sorcières. Qu'en est-il de Brando? Au-delà de ses accointances politiques, le film exacerbe la figure déjà bien ancrée du bad boy querelleur et solitaire. Acculé à l'arrière d'une voiture puis dévisageant une foule vindicative, Brando-Malloy affermit son rôle brûlant d'éternel paria. En 1955, Hollywood sacre un film (huit Oscars, dont celui du meilleur réalisateur), mais n'a d'yeux que pour un acteur, fossette moqueuse et épaules conquérantes, qui trouvera le moyen d'égarer sa statuette. Terry Malloy le disait lui-même: "Il y a des visages qu'on n'oublie pas."

Danielle Chou



UN TRAMWAY NOMME DESIR
(Elia Kazan – Etats-Unis – 1951)
Avec Marlon Brando, Vivien Leigh, Kim Hunter.

"Every man’s a King, and I’m the King around here, and don’t you forget it". Une réplique lâchée avec furie par un Marlon Brando tout juste âgé de 27 ans. Sexy en diable, vêtu d’un débardeur sale, déchiré, laissant apparaître des muscles saillants, luisants de sueur, il se fait l’incarnation d’une nouvelle génération d’ouvriers immigrés d’après guerre. Hétérosexuel au sourire ravageur et au regard respirant la luxure, Stanley Kowalski est la pierre de fondation du mythe Brando. Entre valse de t-shirts miteux ou trempés et cris primitifs adressés à la femme qu’il aime, le jeune acteur fait éclater tout son talent en utilisant les techniques supra-réalistes apprises à l’Actors Studio. Si, aux oscars 1951, l’institution préférera à sa grâce animale l’élégance naturelle d’un Bogart, sa performance naturaliste, sans aucune retenue, va devenir une des plus grandes influences pour une nouvelle génération d’acteurs écorchés vifs tels James Dean. Un diamant brut dans un écrin de la plus belle facture. Adapté de sa propre pièce par Tennessee Williams lui-même, sous la direction d’Elia Kazan, servi par un des meilleurs casting de l’histoire du cinéma, Un Tramway nommé désir est un film viscéral, qui ose tout, au risque de se voir amputé par la chaste censure. Fidèle à l’œuvre de base, il explore les chemins tourmentés qu’empruntent les désirs (homosexualité, viol, nymphomanie, machisme, violence conjugale) et dévoile, à travers ses camaïeux de gris soigneusement travaillés, l’état des lieux de la reconstruction d’un Sud des Etats Unis jadis flamboyant.

Julie Anterrieu





 
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