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JOAN CRAWFORD
Alors que Boulevard des passions de Michael Curtiz ressort en salles, retour en quatre dates clefs sur la carrière de Joan Crawford, icône parmi les icônes dans le Hollywood de l’Age d’Or. Les jeunes années de Grand Hotel, l’Oscar de Mildred Pierce, les volutes tragiques d’Humoresque, et le face à face sismique et crépusculaire avec Bette Davis dans Qu’est-il arrivé à Baby Jane?.
GRAND HOTEL
Edmund Goulding - 1932
Produit par Irving Thalberg, méga-boss de la MGM, à partir d’une pièce de Broadway elle-même adaptée d’un ouvrage de Vicki Baum, le film se déroule dans un hôtel prestigieux de Berlin, et fait se côtoyer une nuée de personnages aux destins contrastés qui naviguent entre défilés de mode et villégiatures en plaqué or. Dans ce soap opera Art Déco qui ne prétend pas moins que rassembler le meilleur casting de Hollywood, Joan-les-dents-longues trouve, après le succès des
Possédées l’année précédente, un rôle de secrétaire finaude à sa mesure aux côtés des stars déjà établies du studio. Mais malgré l’adoubement de Thalberg à la jeune vedette, le tournage est amer, car celle-ci ne peut tourner aucune scène face à Garbo, qui semble jouer un cygne défoncé de Tchaïkovsky à chaque plan, afin d’éviter que l’une ou l’autre ne prenne le dessus. Les jeux des deux actrices sont si différenciés – même s’ils participent tous deux de la course à l’excellence - qu’on ne peut pourtant que les mettre en miroir. Au final, Joan remporte le duel d’une large coudée et par ricochet devient LA nouvelle star à s’arracher. La débutante est morte, vive la reine.
Grégory Bringand-Dédrumel
LE ROMAN DE MILDRED PIERCE
Michael Curtiz – 1945
L’époux de Mildred Pierce est retrouvé assassiné dans la maison du couple. Pierce, suspecte toute faite, s’en va raconter son histoire tumultueuse… Après avoir enchaîné quelques bides à la MGM, Joan Crawford réalise un come-back retentissant avec
Mildred Pierce: succès critique, public et Oscar à la clef devant Ingrid Bergman ou Gene Tierney. Le long métrage signé Michael Curtiz, dont la mise en scène est admirable, mêle film noir et mélo autour de la figure forte incarnée par Crawford, dont le jeu moderne et habité sert au mieux son personnage de
self made woman et mère courage, rôle assez ironique quand on sait les relations chaotiques que
Maman très chère a entretenu avec sa progéniture. La grande Histoire se souviendra de son interprétation pleine de souffle, quand la petite retiendra cette nuit des Oscars où Crawford, alitée, reçoit la récompense chez elle, parfaitement pomponnée alors qu’elle prétextait une pneumonie. Les clichés ont participé à sa légende, tandis que le film, cité encore récemment par Almodovar dans
Volver, a gagné son rang de classique.
Nicolas Bardot
HUMORESQUE
Jean Negulesco – 1946
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Un philosophe français a fait la liste des trois cent façons de se suicider, il en a oublié une: s'éprendre d'un artiste".
Humoresque raconte l’histoire d'un jeune violoniste (John Garfield) pris sous l'aile d'une mondaine alcoolique, dépressive et plus vieille que lui (Crawford), et suit leur relation amoureuse, forcément contrariée. Jean Negulesco offre avec ce mélo sophistiqué un écrin glamour à une Crawford au faîte de sa gloire, fraîchement oscarisée. Le film, sorti pour Noël 1946, est l'un des fleurons de l’époque Warner de l’actrice, qui passe deux heures à fumer comme une caserne et à boire des hectolitres de rogomme. En héritage heureux du muet, Joan Crawford n’a besoin d’aucune parole pour imposer une présence insensée, un charisme furieux qui explose à chaque plan comme ce verre lancé contre une vitre ayant l’outrecuidance de lui renvoyer ce reflet qu’elle ne supporte plus. Interprétation vicieuse et masochiste d’un personnage dont la solitude et les addictions lui ressemblent, et que Negulesco transcende lors d’un final musical où l’errance saoule devient bouleversante, où la dernière note et le dernier souffle ne font plus qu’un. D’eau et d’alcool, la passion blessée de
Humoresque reste considérée, à juste titre, comme l'un des sommets de la carrière de la comédienne.
Nicolas Bardot
QU’EST-IL ARRIVE A BABY JANE?
Robert Aldrich – 1962
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Attention: le combat des Dieux. Certes ridés, fatigués, braillards, mais deux authentiques figures de la mythologie hollywoodienne qui s’écharpent copieusement dans un film plus culte tu meurs. Sur le ring, Bette Davis est Baby Jane, ex-enfant star ravagée de la cervelle et perpétuellement déguisée en toast de Kiri périmé à bouclettes, qui martyrise sa sœur Blanche (Joan Crawford), gloire de l’écran poussiéreuse qui se fait des escarres dans son fauteuil roulant après un accident de voiture tragique. Les casseroles volent, les cordes vocales se déchirent, ça se culbute et se fesse pendant deux heures. L’Histoire peut bien considérer ce chef-d’œuvre comme une parabole sur la tristesse des fins de carrière ou une ode splendide à la folie, reste que la pellicule ne fait que restituer la haine viscérale que les deux actrices se vouent depuis les années 30 sur le créneau de la harpie ambitieuse. On s’étonnera donc moins que Bette Davis donne de vraies baffes à sa pote Joan pour lui faire comprendre la vie, et qu’en retour celle-ci leste ses poches de poids pour peser plus quand on doit la porter dans le fauteuil roulant. Crawford tente d’immiscer dans le film une pub discrète pour Pepsi dont elle est membre du conseil d’administration? Davis fait installer un distributeur de Coca sur le plateau. Peu importe: le soufre qui inonde l’écran est ici gage de plaisir jouissif. Amen.
Grégory Bringand-Dédrumel