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MASATO HARADA


Encore peu connu en France, Masato Harada (lire l'entretien) gagnerait pourtant à l'être. Proposant de films en films une radiographie d'un Japon déshabillé de tous ses clichés, la filmographie de Harada prend des allures d'oeuvre indispensable. L'homme, qui s'est nourri pendant des années de cinématographies étrangères (et principalement américaines), n'est parfois pas tendre avec les travers de sa nation. De quoi se forger un regard particulier que nous vous proposons de partager.


MELODIE POUR UN YAKUZA
(Masato Harada, Japon, 1987)
Avec Hiromi Go, Mariko Ishihara, Koichi Sato.

Sixième film de Masato Harada, Mélodie pour un yakuza est un film de commande qui ne permettait a priori que peu de libertés à son réalisateur. Pourtant, Harada s'investira jusqu'à réécrire en partie le scénario, en y insufflant quelques motifs qui dessineront peu à peu sa patte. Du pur film de yakuza, Masato Harada parvient à faire un long-métrage où les confrontations sociales deviennent l'un des enjeux principaux, et laisse apparaître un thème qui servira de fil d'Ariane à sa filmographie. Au-delà de cette petite appropriation, Mélodie pour un yakuza ne présage pas encore du talent d'Harada. Le film, extrèmement classique narrativement et formellement beaucoup plus faible que ses récentes œuvres (Harada lui-même a admis avoir revu sa Mélodie comme très éloignée d'un point de vue qualitatif par rapport à son récent Inugami), demeure une pierre dans un musée, témoin d'une filmographie en gestation et père par alliance de The Killer d'un certain... John Woo.

Nicolas Bardot



KAMIKAZE TAXI
(Masato Harada, Japon, 1995)
Avec Koji Yakusho, Kazuya Takahashi, Mickey Curtis.

Réalisé presque dix ans après Mélodie pour un yakuza, Kamikaze Taxi, souvent considéré comme le meilleur film de son auteur, est une étape essentielle dans le parcours de Masato Harada. D'une approche de documentariste (à l'image de son ouverture filmée à la façon d'un reportage télévisé) au mélange des genres, Harada exprime davantage de sa personnalité dans un film où il est seul maître à bord. Loin de tous les clichés, Kamikaze Taxi est un road movie élégiaque où un conducteur de taxi déraciné (Japonais d'origine péruvienne) avale les kilomètres pour le compte d'un jeune yakuza en fuite. L'occasion pour Harada de placer le langage au cœur des enjeux du film, thématique que le metteur en scène développera notamment deux ans plus tard dans Call Girls. C'est ce film, pour le moins imposant, qui a permis à Masato Harada, selon ses propres dires, de "percer" de manière durable dans le milieu. Navigant entre pur film de yakuza et mélodrame lyrique, néo-réalisme et thriller nerveux, Kamikaze Taxi permet également à Harada de diriger dans le rôle principal Koji Yakusho, l'acteur fétiche du cinéaste.

Nicolas Bardot



CALL GIRLS
(Masato Harada, Japon, 1997)
Avec Hitomi Sato, Yasue Sato, Yukiko Okamoto.

Après l'univers pour le moins masculin de Kamikaze Taxi, Masato Harada s'attache à un trio féminin de jeunes lycéennes en fleur. Les premiers plans suivent les souliers lookés d'une kogaru à l'air espiègle, aguicheuse lolita ébauchant quelques pas presque dansés. Encore une fois, Harada s'improvise documentariste en suivant le parcours de jeunes filles qui se prostituent à l'occasion pour se faire de l'argent de poche. Le sujet est alors totalement tabou au Japon et permet une nouvelle fois d'observer un visage inconnu du pays. Il s'agit là d'une communauté qui a ses propres codes vestimentaires, sa propre langue, et qui se fond dans une nation qui préfère les ignorer. Harada ne choisit pas de taper du poing avec sa caméra, mais plutôt de suivre discrètement ses trois filles durant une journée, à la fois parfaitement ordinaire et horriblement extraordinaire. Call Girls, avec une finesse infinie, ne tombe jamais dans la glauquerie complaisante mais surfe toujours habilement sur une mélancolie douce amère, formant un magnifique portrait de jeunesse dans toute sa naïveté et ses spleens plus profonds. Ses jeunes actrices, magnifiques, y sont pour beaucoup.

Nicolas Bardot



INUGAMI
(Masato Harada, Japon, 2001)
Avec Yuki Amani, Atsuro Watabe, Kazuhiro Yamaji.

Sorti au lendemain de la vague horrifique ravivée par le triomphe de Ring, Inugami a été la victime d'un malentendu. Le long-métrage a subi un revers des plus cinglants au Japon après un calibrage déplacé, puisqu'Inugami ne partage finalement que peu de similitudes avec les autres produits horrifiques alors en vogue. Le fantastique demeure une toile de fond à un conte féministe sur une communauté où le machisme trouve sa main-mise sur des femmes esclaves en les proclamant possédées par le démon Inugami si celles-ci sortent du rang. Harada renforce la puissance de son récit habité par la mythologie nippone grâce à une hallucinante splendeur visuelle faisant d'Inugami une constante ivresse pour la rétine. Œuvre singulière dans sa filmographie de par une atmosphère fantastique en rupture avec ses précédents travaux, Harada y développe quelques thèmes (comme l'ordre social chamboulé) qui accorde Inugami au reste de ses films, en y faisant part d'un travail visuel absolument unique. Impressionnant de maîtrise, le metteur en scène est au sommet de son art. C'est à l'étranger qu'Inugami sera reconnu à sa juste et précieuse valeur.

Nicolas Bardot





 
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