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TERRY GILLIAM
Cinéaste culte, tour à tour baroque et fou, lyrique et dérangé, Terry Gilliam n'a jamais rien fait comme tout
le monde. Pas plus ses univers que ses décors ne trouvent d'échos chez d'autres cinéastes, préférant prendre ses
racines dans la littérature (pour Brazil) ou la peinture (pour Les Aventures du Baron de Munchausen).
Terry Gilliam le fantasque, ayant fait ses armes chez les British Monty Python s'est imposé à travers une
filmographie originale, drôle et torturée comme l'un des grands maîtres du cinéma
contemporains.
BRAZIL
(USA - 1985)
Avec Jonathan Pryce, Robert De Niro, Katherine Helmond.
Une nuit, dans un bar parisien, le producteur Arnon Michlan rencontre un ex-Monty Python, Terry Gilliam. Celui-ci
rêve de mettre en scène une fable d'anticipation, un conte de fée cauchemardesque. L'alcool aidant, le cinéaste
réussit à convaincre le producteur de financer ce film au script fantaisiste. Le nom du projet:
Brazil.
Brazil, du nom d'une célèbre chanson de bossa nova, Brazil symbole de l'exotisme, Brazil la ville à l'architecture
totalement folle qui a impressionné le réalisateur américain lors d'un voyage. Universal accepte de co-produire le
film. Commence alors un tournage épuisant avec un scénario maintes et maintes fois modifié. Devant le résultat final,
choquée par la noirceur du propos, la major américaine prend peur et décide d'amputer le film de son génial final. Un
bras de fer s'engage entre commerciaux et artistes. Terry Gilliam et Arnon Michlan décident de montrer leur version
aux journalistes. Le film ainsi sauvé est acclamé par la presse américaine. Pour punir ces deux francs-tireurs,
Universal distribue le film en catimini avec un nombre restreint de copies. Peu de gens voient donc l'œuvre en salle,
mais la rumeur enfle vite:
Brazil est un pur chef-d'œuvre, fou et culte.
LES AVENTURES DU BARON DE MUNCHAUSEN
(USA - 1964)
Avec John Neville, Eric Idle, Sarah Polley.
Véritable oeuvre de folie baroque et dérangée,
Les Aventures du Baron de Munchausen demeure l'un des films
les plus réussi de l'ex-"Monty Python" Terry Gilliam. Tourné dans la ville abandonnée de Belcite en Espagne, le long
métrage met en scène un siège mené par les Turcs dans une histoire enlevée et imaginative. Le tournage fut, bien avant
son projet de
Don Quichotte, une succession de traquenards, mais que Terry Gilliam parvint, au prix
d'innombrables sacrifices et de réductions de budget, à mener jusqu'au bout. Adapté d'un classique de la littérature
d'aventure allemande, le film est une incessante invitation au voyage dans l'imaginaire enfantin, servi par des
décors fabuleux, d'une complexité rare, des personnages hauts en couleurs et charismatiques, emmenés par John Neville,
tour à tour charmeur et écrasé par le poids de ses propres aventures. Les personnages sont baladés de la lune aux
enfers en passant par le ventre d'un monstre marin, pour finir sur une magnifique et impressionnante scène de bataille
en bord de mer. Enrobé par la poésie propre à Terry Gilliam,
Le Baron de Munchausen s'impose comme étant
peut-être son chef-d'oeuvre maudit, travail d'orfèvre enlumineur, menant jusqu'au bout son invention visuelle
débridée et clôt ainsi une sorte de trilogie informelle commencée par
Bandits, Bandits et le fameux
Brazil.
Nicolas Plaire
L'ARMÉE DES DOUZE SINGES
(USA - 1995)
Avec Bruce Willis, Madeleine Stowe, Brad Pitt.
Regard glacé sur un meurtre blafard, silhouette hitchcockienne perdue dans le vague, un souvenir qui hante James
Cole. Inspiré de
La Jetée de Chris Marker,
L'Armée des 12 singes se présente comme une énième métaphore
au thème de prédilection de Terry Gilliam: le refus de la réalité, la propension de chacun à l'illusoire. A la
jonction entre passé, présent, futur, maladie mentale et rêves se trouve la clef du mystère des
12 singes.
Brouillant volontairement les pistes dans un subtil montage voyageant à travers le temps et les esprits, Terry
Gilliam nous montre un monde où le futur ne vit qu'au regard du passé, où le passé n'existe que pour expliquer le
futur, où la folie est devenue une entité à part entière.
Oh, wouldn't it be great if I was crazy? Then the world
would be okay déclare James Cole perdu dans le temps, désorienté par la recherche incessante d'explications
rationnelles. La folie comme élément salvateur du monde, voici ce que développe Gilliam au travers de ses personnages
sensibles et surprenants de vérité. Un réel plaisir que celui de se laisser submerger par les évènements aux côtés
de James, Kathryn et une poignée de scientifiques dans leur quête de
l'armée des 12 singes.
Julie Anterrieu