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 DISTRIBUTEURS /
EXPLOITANTS:
COMME LARRONS EN FOIRE?
Ainsi que le
remarque
une étude parue sur le site Internet Delesse.com,
"distribution et exploitation ont
ponctuellement
des intérêts contradictoires": "Le
distributeur
veut amortir ses dépenses d’édition et inciter
l’exploitant à conserver ses films à l’affiche
alors
que celui-ci veut amortir ses immobilisations en
renouvelant sa programmation avec des titres qui
augmentent ou maintiennent le ratio de
spectateurs par
siège." Ici se pose la question de la
coordination
entre distributeurs et
exploitants.
LE SPECTACLE EST-IL
TOUJOURS DANS LES SALLES?
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A ce problème
complexe,
il faut d’abord rappeler que des réponses
juridiques
existent. Ainsi est-il admis que la distribution
d’un
film puisse être sélective: un distributeur est
autorisé, dans la limite du droit général de la
concurrence et du droit du cinéma, à refuser de
fournir une copie à un exploitant si, par
exemple, une
offre plus généreuse émane d’un concurrent
(l’inverse,
un exploitant faisant pression sur un
distributeur
pour l’empêcher de fournir une copie à un
concurrent
étant en revanche strictement prohibé). Cette
situation, conjuguée à l’augmentation du nombre
de
films et de copies et la concentration des
sorties sur
quelques semaines, connaît des limites. Les
nouvelles
habitudes de diffusion (DVD, vidéo à la demande,
chaînes thématiques, etc.) constituant autant de
nouveaux supports à alimenter et représentant
parfois
les seuls véritables espaces d’exposition de
certains
films, un certain nombre de longs métrages,
généralement américains, connaissent ce que l’on
nomme
usuellement une sortie "technique", dont
l’objectif premier n’est pas la salle, mais bien
l’exposition
médiatiquei.
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Dans une situation
économique favorisant concentration verticale du
secteurii, ententes de
programmationsiii et autres output
dealsiv, il n’est pas rare que
distributeurs et exploitants se voient en quelque
sorte contraints de "sacrifier" un écran à la
logique
de marché, au détriment de la création. C’est
alors la
diversité culturelle qui se trouve menacée.
"Pour
Frédéric Gramont, exploitant du Conti de L’Isle-Adam, la rotation
est
telle qu’il n’est plus possible de travailler les
films sur la longueur", expliquent les
sénateurs
Michel Thiollière et Jack Ralite, dans leur
rapport Exploitation
cinématographique: le
spectacle est-il toujours dans la salle?
"Il se sent aujourd’hui plus tributaire
qu’avant
des campagnes de promotion. Pour faciliter son
travail, il continue donc de faire appel à un
programmateur […] qui a le temps et la
possibilité de voir les films et de donc de faire
les
bons choix." Si l’on ne peut évidemment que
comprendre de telles pratiques, motivées par la
logique économique actuelle de la filière cinéma,
l’on
peut tout à fait s’en émouvoir. L’intensification
de
la distribution cinématographique menace t-elle,
en la
ramenant à sa dimension strictement marchande,
l’intégrité du métier d’exploitant, en sa qualité
de
"passeur"?
FAIS TOURNER, FAIS
TOURNER
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En dépit de la
spécificité du système français, qui propose
entre
autres des aides aux salles à programmation
difficile,
la question peut se poser. "Les difficultés
d’obtention des copies de films dans de bonnes
conditions amènent les exploitants à se grouper
ou à
adhérer, s’ils en ressentent la nécessité, à des
groupements chargés de négocier les programmes
auprès
des distributeurs. Le recours à un programmateur
extérieur à l’exploitation est un des moyens
employés
afin d’améliorer les conditions d’obtention des
copies
ou d’ajuster au mieux les délais de passage
",
rappelle le Guide pratique d’étude des projets
de
salles de cinéma de l’Agence pour le développement
régional
du cinéma. S’il constitue une réponse
cohérente à
l’engorgement des écrans français et plus
précisément
au problème du temps de visionnage des films
avant
programmation, qui s’accroît à mesure que la
distribution s’intensifie, on peut craindre que
le
recours à ces groupements, de plus en plus
fréquent,
au-delà des frais supplémentaires qu’il entraîne
pour
les exploitantsv, mène progressivement
à
une relative uniformisation de l’offre
cinématographique en salles. En sus des
déséquilibres
dans les émissions de copies se pose également la
question de l’étalement des sorties. Concentrés
sur un
petit nombre de dates, les nouveaux films
commercialement porteurs en première exclusivité
sont
à l’origine des embouteillages en
salles.
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Février 2004 en est
un
exemple significatif et souvent cité: à
l’occasion des
vacances scolaires, plus de 6500 copies de
quarante-cinq films différents furent mises en
circulation entre le 4 et le 18 février. Cinq
films se
distinguent clairement, par l’ampleur de leurs
combinaisons de salles: Peter Pan de P.J.
Hogan est
lancé le 4 février sur 579 copies, le même jour
que Les 11 Commandements
de
François Desagnat et Thomas Sorriaux sur 501
copies;
Blueberry, l’expérience
secrète de Jan Kounen et Podium de Yann Moix le
11
sur respectivement 501 et 554 copies; et Les Rivières pourpres 2: Les
Anges
de l’apocalypse d’Olivier Dahan le 18 sur
650
copies. Le nombre d’écrans (5200 environ) en
revanche
n’a évidemment pas bougé. Les premières victimes
de
cet état de fait sont les films plus fragiles,
forcés
d’évoluer dans l’ombre des géants – eux-mêmes se
bousculant et s’arrachant les parts d’un gâteau
qui,
semblent-ils avoir oublié, n’est pas extensible à
l’infinivi. A cette situation,
relevant du
strict effet de marché et ne contrevenant en rien
au
code du commerce, le Médiateur du cinéma,
pourtant
chargé, selon la loi n° 82-652 du 29 juillet 1982
sur
la communication audiovisuelle, de garantir
"la
plus large diffusion des œuvres
cinématographiques", n’est pas en position
d’intervenir. Uniquement habilité à ordonner le
déplacement des copies, il ne peut en aucun cas
influer sur la durée d’exposition des
films.
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Aussi les
exploitants se
trouvent-il régulièrement obligés d’opposer une
réponse de concentration horizontale à
l’embouteillage
des films. Michel Thiollière et Jack Ralite en
produisent un exemple, au travers du témoignage
de
Maïthé Vialle, exploitante du Rex à Sarlat: "A
partir du moment où l’on affiche des résultats
probants, [les distributeurs] jouent plus
facilement le jeu de la province. Pour obtenir
certains films, elle a toutefois dû mettre en
place un
réseau de salles qui garantit aux distributeurs
une
circulation de leurs films." On rappellera
ici que
la part distributeurvii perçue sur
l’exploitation d’un film représente 50% du
hors-taxe
en première semaine, puis est par la suite
dégressive,
jusqu’à 30% en fin de carrière. Il n’est pas
abusif de
voir dans cet état de fait financier une
explication
au moins partielle des obligations d’agressivité
commerciale des distributeurs. Ces derniers,
comme
pris dans un cercle vicieux, les sorties coûtant
de
plus en plus cherviii, n’ont d’autre
choix
que de se mettre au diapason.
LE FILM QUI LAVE
PLUS
BLANC
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L’une des
conséquences
les plus flagrantes dues à l’augmentation du
nombre de
films concerne la promotion. Une enquête parue le
28/11/2003 dans Le Film Français le
confirme: "Ce qui ne concernait que les majors
voici quelques années est aujourd’hui la
préoccupation
de chacun. Fabienne Vonier [de Pyramide Films] explique
ainsi
qu’elle a dû investir 1,1 M€ pour sortir
efficacement
France boutique de
Tonie
Marshall, soit le double de la somme dépensée
pour
Venus Beauté (institut), de la même
réalisatrice, qu’elle avait pourtant sorti en
février
1999 face à Astérix et Obélix contre
César.
[…] Les partenaires ont leur importance, car
leur
poids et leur force de frappe permettent de
toucher un
large public. La presse est aussi une alliée des
distributeurs indépendants, qui comptent tous sur
son
influence pour relayer gratuitement la sortie de
leurs
films." Il s’avère donc nécessaire que l’on
parle
du film pour que celui-ci puisse vivre, en salles
mais
aussi dans l’espace public, afin de pouvoir
réexploiter l’écho de la sortie lors d’une future
édition en DVD ou d’une diffusion télévisée.
L’hebdomadaire ajoute cependant: "L’actualité
cinématographique étant très chargée, les
rédactions
opèrent souvent des choix éditoriaux et ne
peuvent pas
parler de tous les films."
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Ainsi la saturation
n’est-elle pas un phénomène circonscrit aux
salles.
Tous les films n’étant pas en mesure, en plus de
leur
frais d’édition et de distribution, d’exister
médiatiquement, des producteurs indépendants se
voient
régulièrement empêchés d’accéder à la
distribution et,
puisqu’un film qui n’a pas d’espace de diffusion
est
un film qui n’existe pas, un certain nombre
d’entre
eux disparaît avant même d’avoir pu espérer
rencontrer
son public. Dans une interview publiée dans Libération le
28/04/04,
Michèle Halberstadt et Laurent Périn, dirigeants
d’ARP Sélection, rappelaient à
juste
titre que distribuer un film signifie avant tout
"le faire exister, le faire voir. C’est à la
fois
de plus en plus facile, puisque le nombre de
films ne
cesse d’augmenter […] et de plus en plus
difficile de trouver les niches qui permettent à
ces
films d’être vraiment vus, d’épuiser leur
potentiel de
public. Car le roulement des films est
impitoyable. […] Tenir un film sur le
bouche à
oreille quand un tiers des écrans change chaque
semaine relève de la gageure." Le serpent
semble
donc se mordre la queue et la spirale
inflationniste
condamnée à perdurer. La crise de la distribution
peut-elle dès lors se transformer en crise de la
production et la diversité culturelle, avec elle,
s’en
voir menacée? Ou peut-elle, pour le moins,
entraîner
des modifications dans la définition des budgets
de
production? En d’autres termes: la crise de la
distribution est-elle susceptible d’amener
l’ensemble
des producteurs à monter des films comme on
conçoit un
produit, en prenant en compte le marketing dès la
phase de développement? La réponse se trouve déjà
dans
les salles.
(1) Exemple récent:
Jusqu’au
cou de Steven Brill, comédie américaine
distribuée
sur 8 copies le 13 avril dernier, qui réalisa
un
démarrage fulgurant de… 10 entrées sur Paris!
(2) Intégration entre les différentes
branches
de la production, de la distribution et de
l’exploitation, qui concerne majoritairement des
grands groupes comme Gaumont, Pathé, UGC
ou
MK2.
(3) Le fait pour un exploitant d’accepter
une
sortie technique d’un distributeur afin de
profiter
par la suite de ses faveurs, sur une sortie plus
importante par exemple.
(4) Accords de distributions, comme on a
pu le
voir récemment avec Miss FBI: divinement
armée
de John Pasquin, sorti le 13 avril dernier sur
144
copies, "devoir" accompli par Warner
France
envers sa maison-mère américaine, ainsi que le
rapporte Le Monde du
12/04/05.
(5) Le montant de la redevance de
programmation
est assis sur la recette perçue au guichet de la
salle
et déduite de la part de recette qui revient à
l’entreprise.
(6) L’exemple de Blueberry et de
Podium, se partageant à eux deux 1055 des
1600
copies en première exclusivité distribuées le 11
février, est parlant: en dépit d’une campagne
publicitaire massive, les deux films ne
parviendront
pas à cohabiter et Blueberry connaîtra un
cuisant échec commercial.
(7) La part distributeur doit non
seulement
couvrir les frais d’édition des copies et les
frais
publicitaires liés au lancement des films, mais
également une partie de la production, rembourser
les
aides sélectives éventuelles et certains
comédiens
rémunérés en pourcentage sur les recettes en plus
de
leur cachet.
(8) 50 000€ de base, auxquels s’ajoutent
au
minimum 30 000€ pour la promotion, selon Libération du
28/04/2004.
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