De A à Z
Cette Semaine
Planning des Sorties
Par Réalisateur
Autour du Cinéma
Films Cultes

Tests DVD
Par Editeur
Planning des Sorties
Boutique DVD

Portraits
Culcultes
Galeries Photos

Gros Plans
Dossiers
Entretiens

News ciné
Box-Office
Notes

Nouveaux forums !!
Concours
Newsletter
Liens web

Films de Van Damme
Location de DVD
Carlotta Films
One Plus One
Conception web
Michael Cimino







DISTRIBUTION / EXPLOITATION: TOUT VA TRES BIEN, TOUT VA TRES BIEN


Abondance de biens peut-elle nuire? Depuis le milieu des années 1990, le nombre de titres de films sortant chaque semaine dans les salles françaises est en augmentation constante. D’après les chiffres du Centre National de la Cinématographie (CNC), entre 1996 et 2004, les films sortis en première exclusivité sont passés de 387 à 560, soit une augmentation de près de 45%. Parallèlement, on constate une forte augmentation du nombre moyen de copies tirées. Selon une enquête de l’hebdomadaire Ecran Total n°442, entre 1999 et 2001, le nombre de copies mises en circulation progresse de 24%, soit, en seulement deux ans, près de 13 000 copies supplémentaires. Un record a même été récemment atteint avec Harry Potter et la chambre des secrets de Chris Columbus, tiré à 1 007 exemplaires lors de sa sortie le 04/10/02.


ALLO, ALLO, JAMES, QUELLES NOUVELLES?

A première vue, ces indicateurs de la vitalité du cinéma français sont à bien des égards réjouissants. D'autant que, si l’on en croit la même enquête, l’équilibre entre films nationaux et films étrangers entre 1996 et 2001 évolue en faveur du cinéma national: l’exposition des films français a progressé de 41%, celle des films américains de seulement 29%. "Penser qu’il y a trop de films, c’est une façon malthusienne de voir le cinéma. C’est grave et antidémocratique. Avec un tel raisonnement, on arrive vite à une culture de groupes mondialisés ou une culture d’Etat."i Plus large éventail de choix, meilleure répartition des films sur le territoire, mais aussi hausse de la fréquentationii: tout semble aller pour le mieux. Cependant, si le parc national s’est effectivement renforcé, passant de 4 291 écrans en 1994 à 5 289 fin 2003, soit une augmentation de 23%, cette évolution est près de deux fois moins rapide que celle du nombre de sorties. Si on prend aussi en compte le fait que la grande majorité des chaînes (les cas de Canal+, des chaînes en pay-per-view ou des chaînes thématiques mis à part) ne peuvent diffuser ou rediffuser plus de 192 longs métrages par an (plus, sous certaines conditions, 52 films appartenant à la catégorie art & essai), on peut se demander, sur plus de 500 films qui sortent chaque année, combien auront les honneurs d’une diffusion télévisée. L’explosion du marché du DVD est également à souligner: du fait de la brièveté des délais entre la sortie des films en salles et leur édition pour le marché de la vidéo (six mois), il est fréquent qu'on achète un titre en DVD parce qu'on n'a pas pu le voir lors de sa projection en salles.iii Le phénomène du piratage, certes difficilement quantifiable mais souvent motivé par les mêmes causes, profite lui aussi de l'inflation du nombre de titres pour vider les salles de leurs spectateurs potentiels.


TOUT VA TRES BIEN, MADAME LA MARQUISE

A la lumière de ces constatations, on peut légitimement s'inquiéter des effets conjugués de ces phénomènes sur l’exploitation en salles. Le rapport des sénateurs Michel Thiollière et Jack Ralite, Exploitation cinématographique: le spectacle est-il toujours dans la salle?, relate les inquiétudes des exploitants: "Il est difficile d’absorber tous les films qui sont trop nombreux chaque semaine […] Il faut faire des choix, sachant qu’un film qui n’est pas exploité le jour de sa sortie aura du mal à trouver sa place les semaines suivantes." Dans ces conditions on comprendra que, dans un système favorisant pourtant le montage financier des premiers films, de plus en plus de cinéastes n'ont pas l'occasion d’amortir leur production par l’exploitation en salles et peuvent en conséquence s’atteler à un second long métrageiv. Dans son éditorial de la Lettre de la FNCF (Fédération nationale des cinémas français) n°28 datée d’avril 2001, Richard Patry résume les craintes de la filière: "Qui peut croire […] qu’il soit possible pour l’exploitant de travailler correctement sur tous ces films? Qu’il soit possible pour le distributeur de les mettre en place dans les salles et de les promouvoir auprès du public comme ils le méritent? Qu’il est possible à la presse de s’en faire l’écho? Qu’il est enfin humainement possible au public d’avoir connaissance, d’avoir envie, puis éventuellement de choisir de voir ne serait-ce qu’un des dix ou douze films qui sortent chaque semaine?" Autant d’interrogations auxquelles il convient de faire écho.


ON DEPLORE UN TOUT PETIT RIEN

L’évolution du nombre d’écransv entraînant un besoin toujours plus affirmé sur l’ensemble du territoire d’accéder aux films porteurs, l’on constate d’abord chez les distributeurs, confrontés à une offre de films toujours plus large, une volonté de maximiser l’exploitation des films sur les premiers jours. La grande majorité des entrées se faisant en effet entre le mercredi et le premier week-end, c’est très rationnellement que les exploitants réclament les films porteurs le jour de leur sortie nationale. Aussi un film chasse t-il l’autre, poussé sans cesse par l’urgence et la richesse de l’actualité cinématographique. Serge Siritzky constatait dans le numéro 439 d’Ecran Total, en s’appuyant sur octobre 2003: "Il n’y a en France que 5 300 écrans, dont 4 500 tout au plus sont permanents ou quasi permanents. Or huit nouveaux films sont sortis le 9 octobre sur 2 178 copies. Puis six, le 16, sur 1 919 copies et six autres, le 23, sur 2 246 copies. Soit 6 343 copies en tout: 1 000 de plus que le nombre total de salles en France et 1 700 de plus que le nombre de salles permanentes ou quasi-permanentes." La rotation des films s’accélère donc, au détriment évident des films les plus fragiles qui, pour rencontrer leur public, auraient besoin d’une plus longue période d’exposition. Une situation préoccupante, qui a même conduit l'Agence du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion à faire circuler un manifeste au titre sans équivoque: "Libérons les écrans." Il ne faut toutefois pas réduire le problème à un affrontement manichéen entre petite et grande distribution. Ainsi que le rappellent Michel Thiollière et Jack Ralite: "L’augmentation du nombre de copies a […] facilité le travail des exploitants qui obtiennent plus facilement des copies en sortie nationale." En outre, il faut préciser que la distribution reste une activité encadrée: "Il y a des lois et des principes qui ont été édictés. Ainsi, sur le film de Jean-Pierre Jeunet, il n’y a pas eu de doubles copies dans les multiplexes."vi


MAIS A PART ÇA, TOUT VA TRES BIEN

Un examen plus approfondi de la situation révèle d’ailleurs que les plus petits films, tirés à très petite échelle, bénéficient souvent d’une période d’exploitation plus longue que la moyenne. Certaines salles art & essai touchent ainsi un public de niche, fidélisé, assidu et régulier (les exemples de salles mono-écrans, réalisant la moitié de leurs entrées annuelles sur 10 à 12 titres, en sont représentatifs). Pas d’angélisme cependant: les petits tirages n’en acquièrent pas pour autant un statut de privilégiés de la petite distribution. Les soutiens spécifiques de l’AFCAE par exemple ne sont possibles qu’à partir de 30 copies. Or, en 2003, 147 des films sortis en première exclusivité étaient tirés sur moins de 10 copies. Les véritables victimes de l'intensification de l’exploitation sur une petite durée semblent davantage être des films qu’on pourrait dire "médians" vii, de type art & essai porteurs (les contre-performances récentes de Raja de Jacques Doillon, de Feux rouges de Cédric Kahn ou encore d’Un Fil à la patte de Michel Deville en témoignent). Distribués sur un nombre moyen de copies et pourtant convoités par tous les types de salles, ces longs métrages doivent recueillir un écho public immédiat s’ils désirent circuler plusieurs semaines après leur sortie chez les exploitants n’ayant pas encore été servis. En outre, et c’est un des effets pervers des engagements de programmation imposés par l’Etat aux multiplexes depuis 1999 afin de promouvoir la diversité culturelle, au-delà de la visibilité des films, la viabilité des salles elles-mêmes est menacée. En effet, si les multiplexes, par leur position privilégiée sur le marché, ne sont pas ou peu touchés par le déficit d’exposition des films médians, les salles moyennes aspirant à l’art & essai porteur, rarement servies en premier, en souffrent clairement. Or, la diversité du parc de salles est une des modalités majeures favorisant la diversité de la programmation. "Je ne comprends toujours pas pourquoi certains sont contents de faire 6 millions d’entrées avec 1 000 copies alors qu’il y a cinq ans, ils faisaient le même chiffre avec seulement 300 copies. Si on réduisait le nombre de copies en augmentant la durée d’exploitation, on aurait dépensé moins d’argent en laissant s’exprimer la concurrence. On ne peut pas être seul à dynamiser le marché", remarquait Thomas Ordonneau, dirigeant de Shellac, dans le Technicien du film n°550. Difficile de ne pas partager son incompréhension.





(1) Marin Karmitz, président de la Fédération nationale des distributeurs de films (FNDF), in Le Monde du 13/04/05.
(2) En augmentation de 11,6% en 2004 par rapport à l’année précédente.
(3) Ce que Yves Mirski, délégué général du Syndicat de l’édition vidéo, dans l’hebdomadaire Ecran Total n°447, qualifiait de "séance de rattrapage."
(4) Le nombre de deuxièmes films produits en France en 2003 est en baisse de 25% par rapport à 2001 et l’avance sur recettes représente en 2003 41% des premiers films contre 26% des deuxièmes films.
(5) Que l'on doit surtout à la récente explosion des multiplexes (on en dénombre 126 fin 2004).
(6) Patrick Bouiller, président de l’Association Française des Cinémas d’Art et Essai (AFCAE), in le Technicien du film n° 550, à propos du film Un Long Dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, sorti sur 707 copies le 27/10/04.
(7) Michel Thiollière et Jack Ralite, op. cit.


 
ACCUEIL | CONTACT | NOTES | AJOUTER AUX FAVORIS