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PHILIP K. DICK


Et je rêve encore qu'il arpente la pelouse,
Fantôme dans la brume matinale
Que traverse mon chant joyeux.


Yeats (Blade Runner)


Philip Kindred Dick. Tout a déjà été écrit sur cet auteur culte, cette légende de la contre-culture américaine des années 70. Le grand démiurge de la science-fiction paranoïaque est devenu la référence incontournable, le Parangon des critiques méconnaissant la littérature fantastique.


PHILIP K. DICK EST VIVANT: NOUS SOMMES TOUS MORTS.

L'auteur d'Ubik et du Maître du Haut Château possède un univers très particulier, peu réductible aux formules toutes faites. En proie aux crises de panique et sans doute schizophrène, il affirmait vivre dans le rêve de sa sœur jumelle décédée. Les héros de ses romans illustres ne sont donc que les reflets d'un homme doutant de sa propre existence, des personnages inactifs pris dans des tourments intérieurs sans fond. Quel sens donner à ma vie si celle-ci n'est pas réelle? Suis-je vivant ou le simple figurant du rêve d'un autre? Inspirée de Franz Kafka, la structure de ses ouvrages reste identique d'un roman à l'autre. Au commencement de l'intrigue, le personnage principal est dans l'action, sûr de lui et de sa réalité. Puis, peu à peu, son existence s'effrite. Il entre alors dans une phase interminable de remises en question du monde qui l'entoure. Un univers peuplé de gadgets inutiles, de drogues hallucinogènes et de pouvoirs psy qui complexifient toujours sa quête de vérité. Aucune échappatoire n'est possible. La réalité cruelle s'affirme par une révélation finale toujours ironique. Très pessimiste, l'œuvre de Philip K. Dick survit grâce à des traits d'humour salvateurs et un amour de l'absurde poussé à l'extrême. Souvent lâche, toujours égoïste, le héros kdickien ne désire pas sauver le monde mais seulement croire de nouveau en la réalité.


LA VERITE AVANT DERNIERE

Malgré ces thèmes a priori peu cinématographiques, l'œuvre de Philip K.Dick est maintes fois portée à l'écran. Les cinéastes privilégient les nouvelles et les courts romans de l'auteur. Plus concentrés en action, ils sont accessibles pour le grand public. Le premier réalisateur à tenter l'impossible est l'Anglais Ridley Scott avec Blade Runner, l'adaptation de Do Androids Dream of Electric Sheep?. Le film est un chef-d'œuvre du cinéma d'anticipation mais se détache de l'univers tordu de Philip K Dick. Ridley Scott noie le film d'un profond pessimisme, évoque bien la crise identitaire de son personnage principal, mais ne reste jamais fidèle au ton ironique du roman. L'écrivain est cependant très satisfait du résultat. Obsédé par sa notoriété, il ne cache pas sa joie de voir son nom associé à un film ambitieux. Malgré le culte qui l'entoure dès sa sortie, Blade Runner est un échec au box-office. Hollywood hésitera donc longtemps avant de financer une nouvelle adaptation de cet univers si particulier. En 1990, Paul Verhoeven, déjà auteur d'un Robocop aux accents k. dickiens, engage Schwarzenegger pour Total Recall, inspiré d'une nouvelle du maître. Le film laisse la part belle à l'action mais ne néglige pas pour autant les interrogations du personnage principal. La fin ambiguë est une éclatante démonstration; Paul Verhoeven a compris l'essence même de l'univers de Philip K. Dick. Gros succès au box-office, Total Recall lance de nombreux projets d'adaptation qui resteront néanmoins dans les cartons des studios. Jérôme Boivin, un jeune et audacieux réalisateur français, tente l'impossible: porter à l'écran un roman mainstream de l'auteur, Confession d'un barjo. Pari réussi: il signe une chronique douce amère étonnante, très proche de l'esprit du roman original. La science-fiction devient une mode à Hollywood. Depuis Total Recall, K. Dick devient un nom synonyme de dollars. Trois nouvelles font l'objet d'une adaptation, hélas peu respectueuse de l'écriture du précurseur de la cyberculture. Christian Duguay et Gary Fleder réalisent deux séries B bien loin de la complexité de leurs modèles, Planète hurlante et Imposteur. Steven Spielberg réalise une enquête policière d'anticipation, Minority Report, déchargée des doutes du héros sur sa propre culpabilité. Paycheck de John Woo évite également le questionnement sur l'idendité du héros.


SIMULACRES

A ces adaptations officielles, il convient d'ajouter les films influencés par K. Dick. Certains sont même de simples décalques: Truman Show de Peter Weir qui reprend la trame du Temps Désarticulés, en ajoutant le contexte de la télé-réalité, THX 1138 de George Lucas qui s'inspire de La Vérité avant-dernière. Et il est difficile de ne pas penser à Ubik lors du final d'Ouvre les Yeux d'Alexandro Amenabar (dont le remake, Vanilla Sky, a été mis en scène par Cameron Crowe). Le personnage de Cole dans L'Armée des Douze Singes de Terry Gilliam a de nombreux points communs avec les héros de Philip K. Dick. Envoyé du futur, il sombre peu à peu dans une folie paranoïaque. Il mène conjointement une double enquête, sur un virus meurtrier et sur un rêve récurrent gravé dans sa mémoire. Des films d'anticipation comme Dark City et Matrix s'emparent du thème sur la réalité du monde visible mais leurs héros, d'abord passifs, deviennent des messies qui libèrent le peuple de son esclavage. Deux grands réalisateurs ont ingurgité l'œuvre de Philip K. Dick pour réaliser des films personnels sous influence du maître: John Carpenter et David Cronenberg. John Carpenter a signé avec Invasion Los Angeles un film purement k. dickien: même univers fasciste, même paranoïa - la Terre est gouvernée par des extra-terrestres - et même amour des gadgets kitsch avec les fameuses lunettes. La fin est particulièrement ironique. K. Dick vouait une haine sans limite envers Richard Nixon; John Carpenter fait le procès de Ronald Reagan accusé de laver le cerveau des Américains grâce à la télévision. Plus actif que le héros lambda du romancier, son personnage principal reste un quasi looser pathétique. Dans Existenz et Vidéodrome, David Cronenberg plonge ses héros dans une violente perte de soi. Perdus, les personnages principaux subissent toujours le récit. Si Existenz comporte une touche plus ludique, Videodrome possède la froideur de ses romans pessimistes. Drogué, perdu, seul contre tous, Max Renn semble sortir des pages du Dieu venu du centaure. Champion de l'adaptation impossible, le metteur en scène canadien réussit donc une parfaite transposition des thèmes k. dickiens dans un film pourtant très personnel. Philip K. Dick reste donc une importante source d'inspiration. L'adaptation du fameux, Substance Mort est en cours de préparation. Produits par Steven Soderbergh et George Clooney, le film sera réalisé par Richard Linklater, le réalisateur de Before Sunrise.





 
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