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 DESSINS ET
MUSIQUE
Sortis sans
tambours ni
trompettes, le troisième volet de La
Nounou du
grand Garri Bardine (80 copies) et le nippon Tamala 2010 (une seule
copie à Paris, pour une petite semaine
d’exploitation,
couplée à une belle édition DVD) se situent aux
deux
bords de l’échiquier animation. Pour autant, tous
deux
partagent un même intérêt
mélodique.
CARMEN FEAT. HELLO
KITTY
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Récolteur à grande
échelle de liesse festivalière, le technoïde et
flashormorphe Tamala 2010 – A Punk Cat
in
Space, sa chatte kawaï et ordurière,
son
rythme indolent aux limites de la prétention, n’a
a
priori que peu à voir avec l’artisanale bien
qu’époustouflante Nounou 3 du vétéran
Bardine.
Courbe de Bézier surfée à pleine palette
graphique
minimaliste pour les arty anonymes planqués
derrière
le pseudo t.o.L, versus tradition de l’animation
en
volume dur, géniale virtuosité au service d’un
classicisme roboratif, côté russe. Il faut tendre
l’oreille et tirer un brin sur la couverture pour
trouver la jointure. Mettons, à ma gauche, un
univers
de petite forme (on pense très fort au formidable
court métrage croate Plasticat de Simon
Bogojevic-Narath), un clip étiré au format long,
clamant une contemporanéité siglée Macromedia; à
ma
droite, un moyen métrage à la pureté narrative
d’un
autre temps, succulent comme une madeleine,
pétillant
comme du Champomy glacé. Soustrayez les
divergences,
il vous reste la musique. Beats et
J-pop, en gros, chez l’un, Carmen
de
Bizet façon Spivakov chez l’autre. Et deux
conceptions
de la mélomanie cinéphile. Chez Bardine le
pédagogue,
coutumier d’un montage calé sur la partition, de
son
propre aveu, "la musique est un composant
émotionnel." Comme dans les meilleurs Tex
Avery,
l’image met le pied à son étrier: virevoltante
lors
des envolées, toréant sur Toréador…
Educateur
musical (jazz du premier volet, opéra
maintenant),
Bardine théorise l’esgourde: "Mes jeunes
spectateurs auront ainsi l'occasion de découvrir
cette
musique de génie tandis que les adultes
éprouveront du
plaisir à l'écouter à
nouveau."
TELEPOP
MUSIC
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L’éternelle scission
du
cinéma d’animation, adulte ou enfantin,
s’effectuerait
donc là où le tympan vagabonde avec ou sans
l’iris?
Tamala 2010 ne dément en tout cas pas
cette
idée: quiconque n’aurait pas saisi dans quel
after
acidulé il s’embarquait, croyant à un long
métrage
Hello Kitty ou à la ressortie d’un Tezuka oublié,
aura
tôt fait, en tendant l’oreille, de se sentir en
territoire hostile. "Nous avons voulu nous
détacher
d’une forme de récit classique, pour concevoir
une
histoire un peu à l’image d’un CD de musique,
avec des
plages que l’on peut lire indépendamment les unes
des
autres." Regarder un disque en mouvement, le
cul
sur du velours: voilà donc le programme boosté à
l’After Effects. Forcément, certaines
plages
envoûtent plus que d’autres. On aimerait pouvoir
zapper, looper, shuffler… Mais, sur
l’accoudoir, dans la salle, de télécommande
point.
Alors on s’abandonne à l’hypnose pop, telle
Tamala la
chatte punk devant ses jeux vidéo vintage,
oubliant
les sous-titres pour goûter la tessiture des
voix, le
chant des accents, l’arrivée subite d’un timbre
familier, d’une tonalité qui ferait sens... Et
l’on
sort de là, repu ou gavé, c’est au choix, avec la
fierté adulte d’avoir fait escale à bord d’un
OVNI:
"Le "Tamala 2010 Project" comme nous
l’appelons, n’est pas simplement un projet
cinématographique; c’est aussi un projet qui
englobe
musique, expositions et merchandising. t.o.L ne
sont
pas seulement des réalisateurs, ce sont avant
tout des
graphistes et des musiciens", plastronne le
producteur de la chose. Il n’y a pas de honte à
préférer retourner chanter des berceuses d’opéra
dans
les jupons de sa nourrice.
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