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LES COUPS DE COEUR DE LA REDACTION


Un bilan de fin d'année permet de revenir sur les moments forts qui ont touché la corde sensible, d'établir des parallèles entre différents longs métrages. La rédaction de FilmDeCulte vous offre six coups de coeur pour bien débuter la nouvelle année.




WESTERN EN 3D

A la fin de l'hiver, à l'heure où les troupeaux vont retrouver l'alpage, 2004 avait coiffé son plus beau Stetson et enfilé ses brillants éperons pour s'en aller chevaucher au milieu des monts enneigés, des vallées verdoyantes, des canyons fleurissants, des déserts bouillants, des villes bruyantes, croisant sur sa route indiens, shérifs, bandits et femmes aimantes, se reposant dans des saloons enfumés ou des infirmeries improvisées. En seulement deux mois, 2004 a traversé trois westerns et ressuscité le genre laissé à l'abandon depuis près de dix ans. Si les trois films restent foncièrement différents, ils se complètent à merveille, se répondent, laissant apparaître une vérité implacable: la résurrection passe indéniablement par la modernisation. Les Disparues fait le pont entre le fantastique de Blueberry et le classicisme de Open Range. Trois réalisateurs antithétiques, partis chacun dans leur direction, pour finalement se retrouver sur le même chemin de la reconstruction. Les duels se transforment, se déplacent. Les adeptes de la violence et du mal sont anéantis, ce ne sont plus les armes qui parlent, mais le cœur des personnages qui résonne dans des poitrines endolories. Les héros blessés, fatigués, avancent la tête basse dans des familles nucléaires tenues par des femmes endurcies. Les hommes blancs sont devenus des indiens, les mexicains des fils et frères d'américains. Les identités raciales et sexuelles se mélangent, les frontières se brouillent. Sous ses airs d'époque vieillissante sortie d'outre tombe, le nouveau western se révèle être, en réalité, le reflet remarquable de la société moderne du 21ème siècle.




AINSI VIVENT LES MORTS

Tandis que Mathilde, dans Un long dimanche de fiançailles de Jeunet, courait à la rencontre de son mort enterré dans les tranchées de 14-18, Anna vit, dans Birth, le cheminement inverse. Posée dans son tombeau d'appartement, monde à demi crevé de fleurs en plastique et de murs crème, la peau plongée dans le natron, Anna voit les morts revenir à elle au moment où elle s'y attend le moins. La bouffonnerie absurde prend forme: son défunt mari s'est réincarné en un garçonnet opaque et insolent. A l'image du Village de Shyamalan, le fantastique ne naît pas tellement de faits, plutôt de croyances dans lesquelles on se niche pour échapper aux tristes mâchoires des jours. Qui grignotent les os, le cœur, et ses certitudes. Les illusions de Glazer en étrange lévitation, comme Anne Heche qui ensevelit ses secrets de nuit, dans un chemin de feuilles mortes et de branches inhospitalières. Tristement plantée dans un sable mouvant, la mariée, cœur ravagé et regard supplicié, abandonne ses dernières larmes dans l'océan. L'éclat pompeux des cordes symphoniques laisse place à l'élégie de cimetière, un dénuement jusqu'à la boucle électro qui aspire les derniers souffles de vie, les derniers battements. Lorsque Anna se recueille sur la tombe de son époux, de l'enterrement d'à côté résonnent quelques rires inattendus. De l'absurde au sublime, Birth ose la danse lugubre et lumineuse d'un amour qui ne renaît pas puisqu'il n'est jamais mort.




L'AMOUR EN FUITE

A peine esquissées, captives, vagabondes, quatre héroïnes trop discrètes disparaissent et dévient sournoisement la course linéaire de leur soupirant. Feux rouges, The Brown Bunny, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, 2046: quatre fuites en avant aux allures de prison mentale, où se démultiplient à l'infini les visages blêmes et leurs jeux de miroirs hallucinés. Enlevée (Hélène / Carole Bouquet), trépassée (Daisy / Chloë Sevigny), effacée (Clementine / Kate Winslet) ou perdue (Su Li-Zhen / Maggie Cheung): l'absente cristallise les rancoeurs, dévaste l'inconscient et martyrise sans relâche son bourreau d'hier. Antoine (Jean-Pierre Darroussin) précipite le départ d'Hélène. Blessés dans leur orgueil, Bud (Vincent Gallo) et Joel (Jim Carrey) abandonnent leur éternelle promise, mais l'image lancinante d'une fleur vulnérable et d'une chevelure arc-en-ciel suffisent à rompre le voeu de silence. Hésitant, dépassé, Chow Mo-Wan (Tony Leung) se cantonne aux ruines d'un amour réticent. Tracé imperturbable: le goudron uniforme et l'autoroute oppressante de Feux rouges et de Brown Bunny figent le présent pour mieux diluer l'aveu d'impuissance. Les deux hommes rêvent de la femme (mal) aimée; elle s'obstine à leur échapper. A l'inverse de ces déroutes symétriques et minimalistes, Michel Gondry et Wong Kar-Wai célèbrent les extravagances formelles et remuent un capharnäum de souvenirs balbutiants. Escamotée, réinventée par un montage aléatoire, Maggie Cheung incarne malgré elle la plus belle hantise de 2004. Invisible pour certains, sublime et subliminale.




LET THE CINEMA IN

Le cinéma allemand et le cinéma français se portent bien… chacun chez soi. En effet, que ce soit d'un côté ou de l'autre de la frontière, les productions nationales semblent avoir du mal à passer le Rhin. Head-On, qui comme son nom ne l'indique pas est bien allemand, ne doit vraisemblablement son apparition sur les écrans français qu'à son Ours d'Or décroché à Berlin en février dernier. Parfum d'absinthe, lui aussi présent et primé à Berlin, a également eu droit aux honneurs des salles françaises… huit mois après sa sortie en Allemagne. Du côté allemand, la situation n'est pas meilleure; excepté pour François Ozon, les productions hexagonales sont distillées au compte-goutte et de longs mois après leur sortie française. Pourquoi? Manque de curiosité? De récompenses? D'argent? Alors que le cinéma américain marque un peu plus son territoire, et ce sans prendre de retard, le public passe à côté de films aux budgets certes moins ambitieux, mais dont l'intérêt est bien ailleurs. Est-ce à l'argent de décider? Le manque de curiosité va-t-il finir par se faire ressembler tous les films, tuant ainsi la diversité culturelle? Ne serait-il pas temps de s'ouvrir aux autres cinémas tant qu'ils ont encore quelque chose de différent à nous apporter? Ou bien est-ce cela qui fait précisément peur? La différence. Une bonne résolution, Messieurs les distributeurs, c'est pour une bonne cause.




L'ENFANCE BRISEE

Nobody Knows de Hirokazu Kore-Eda présente la plus belle scène de l'année. Adolescent devenu chef de famille malgré lui, le calme Akira est invité à jouer au base-ball sous l'approbation chaleureuse d'un adulte. Insouciant du drame qui se tisse en parallèle dans l'appartement familial transformé en serre, son regard s'illumine. Un large sourire resplendit, alors qu'il suit les conseils de ce père fantasmé qu'il n'a jamais connu. Il retourne enfin dans le monde de l'enfance qu'il n'aurait jamais dû quitter. L'enfance, au centre des plus beaux films de 2004. Brisée toujours, traumatisante parfois à l'image de celle des héros de La Mauvaise Education de Pedro Almodovar qui luttent pour effacer les cicatrices du passé. Le repris de justice de Los Muertos de Lisandro Alonso n'a pas cette chance. Il doit expier son péché originel, cette folie meurtrière qui l'a amené, enfant, à tuer ses frères. Il cherche sa fille aînée mais ne retrouvera au fond de la jungle, que son petit-fils et sa sœur, isolés en pleine nature, déjà livrés à eux-même. Les souvenirs laissent des traces indélébiles comme l'encre qu'utilise la famille de Shara, le chef-d'oeuvre de Naomi Kawase. Après la pluie vient le beau temps, après la disparition inexplicable de son frère jumeau, vient la naissance d'un nouveau membre de la famille. Etranglé par l'émotion, Shu peut laisser son chagrin s'exprimer enfin. Et grandir en acceptant les larmes qui coulent sur sa joue.






QU'EST-CE? CHOICE

Il est là, debout, face à sa ville. Cette ville comme symbole du pays du rêve. New York la bien-aimée, à la fois fière mais toujours meurtrie par une date fatidique de septembre 2001. Il est là, debout, face à la lumière, face à ce soleil hésitant, levant comme couchant, sans réelle identité. Ce soleil brillant mais terni, qui utilise ses dernières forces pour éclairer au mieux cette ville, les rêves qu'elle incarne et les héros qu'elle glorifie autant qu'elle les désacralise. C'est devant cette image forte qu'il se tient debout mais de dos, son masque à la main, le visage dévoilé, en proie à son destin, face à ses doutes et ses démons, presque comme une fatalité. Celui qui pourrait être l'homme le plus heureux du monde, se retrouve seul, isolé, face à son avenir. Va-t-il, sous le masque de l'araignée, continuer de lutter contre le mal, pour une ville qui l'idolâtre autant qu'elle le dénigre, ou laissera-t-il finalement tomber son second visage pour retrouver sa vie normale, celle de Peter Parker, étudiant brillant, pourtant objet des quolibets et neveu aimant à l'évolution un peu castratrice due à la vieille institution. Mais surtout cet éternel adolescent face à la fille aimée. La fille indomptable, qui fait battre son cœur, celle qu'il place sur un piédestal, comme elle place Spider-Man en haut de l'affiche. Il est là, debout face à tout cela, face à ce "CHOICE" dont l'affiche semble titrée. Ce fameux choix qui fera désormais de lui l'homme qu'il se doit d'être.



 
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