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COMIQUES : DU PETIT AU GRAND ECRAN


C'est devenu une sorte de loi physique. Tout comique plongé dans un corps télévisuel tend à prendre invariablement le chemin du studio de cinéma. Le succès donné par la petite lucarne donne des ailes et permet de changer la perspective de ses ambitions et la tentation est grande d'aller utiliser ses talents sur grand écran. Malheureusement, le passage d'un médium à un autre ne se fait pas toujours avec bonheur et justesse et les échecs sont nombreux et parfois cruels. Le comique est-il un acteur au sens traditionnel du terme? Est-il condamné à répéter ses facéties du petit écran sur le grand? Aura-t-il l'intelligence, le recul et les capacités nécessaires pour se renouveler? Maurad, le comique pas drôle va-t-il se lancer dans une carrière que l'on prévoit luxuriante (ou pas)? Bref, quelle force étrange et mystérieuse pousse les humoristes de tout poil à changer de dimension? FilmDeCulte tente de répondre à la question.


L'HUMOUR A L'ANCIENNE

Signe des temps, en France, la tendance qui voit les comiques s'essayer au 7e Art est une maladie récente et semble correspondre plus ou moins à l'avènement de Canal Plus et de sa horde d'humoristes fondateurs du fameux "esprit Canal". Cependant, on peut noter quelques exemples plus anciens de transfuges télévisuels œuvrant dans le cinéma, bien que cela reste encore de l'ordre de l'histoire très contemporaine. En effet, qui n'a pas suivi les tribulations du Petit Théâtre de Bouvard, lieu où se sont essayés des comiques aussi reconnus que Smaïn, Les Inconnus, Chevalier et Laspalès, Muriel Robin, tous témoins de différentes fortunes dans le monde cruel du cinéma. Plus ancien encore, l'émission de Jacques Martin, Le Petit Rapporteur fit découvrir en 1975 au pays entier des acteurs et des comiques reconnus tels que Daniel Prévost, Stéphane Collaro (plus tard responsable de tout une clique d'humoristes dans un show drôle/pathétique/sexy, au choix, le Collaro Show) ou Pierre Desproges (bien que ce dernier n'ait, malheureusement, pas fait une carrière notable au cinéma). Daniel Prévost, de son côté, jouit d'une réputation de trublion incontrôlable, bouffon magnifique, pince-sans-rire au rire paradoxalement légendaire, il est très souvent employé au cinéma dans des seconds rôles comiques. Il doit toutefois la majeure partie de sa renommée à ses passages à la télévision. Stéphane Collaro, via son émission, fut un grand pourvoyeur de comiques tentés par l'expérience du 7e Art, comme par exemple Claire Nadeau (Restons groupés, Les Visiteurs 2, Nelly et Monsieur Arnaud). Enfin, en 1988 La Classe, de sinistre mémoire, animée par Fabrice, recyclait humour potache et éternels seconds couteaux des castings. Tout juste pourra-t-on noter la présence d'une ancienne actrice de films érotiques et actrice chez Max Pecas, Muriel Montossey, ainsi que du comique ridicule Jean-Marie Bigard (dans la mémorable Boîte de Claude Zidi).


L'HUMOUR CRYPTE

En 1984, avec la naissance de la célèbre chaîne cryptée se profile à l'horizon un nouveau type d'humour, foncièrement rajeuni, plus urbain, plus méchant et plus intelligent. L'"esprit Canal" est créé et pérorera durant les années 80 jusque vers la fin des années 90. C'est à ce moment précis que les liens entre les humoristes de passage à la télévision et le cinéma se resserrent et les collaborations de ces dit humoristes prennent une autre dimension. Tout d'abord une émission à gros budget, aux décors coûteux, Palace, de Jean-Michel Ribes, tente en 1988 de marier plusieurs familles différentes de comédiens et de comiques. Participèrent des personnalités d'horizons divers et variés comme Jean Carmet, Pierre Arditi, Christian Clavier, Eva Darlan et d'autres encore. Empruntant des références grivoises aux séries des années 80 (les stripteases des playmates de Collaro), mais aussi s'ouvrant aux nouvelles formes d'humour émergeantes (en faisant tourner Les Nuls, au début de leur gloire), la série marque une génération à défaut d'avoir été un gros succès de l'audimat. Seulement la fracture est apparente. Plusieurs esprits s'affrontent à cette époque charnière: les humoristes ringards, ceux qui venaient du café-théâtre (Clavier, Chazel...) et les nouveaux venus (Les Nuls, Valérie Lemercier...). La lame de fond de Canal finira par emporter le reste, ne laissant que quelques rocs imprenables dans le paysage audiovisuel français.


Le fer de lance de cet esprit est l'émission Nulle part ailleurs, créée en 1987 par Philippe Gildas, elle abritera des talents qui depuis sont passés pour la plupart au cinéma. On peut citer pêle-mêle: Jackie Berroyer, Yolande Moreau et François Morel des Deschiens, Les Robins Des Bois (dont on attend toujours la livraison de leur long-métrage), Chantal Lauby, Antoine de Caunes (réalisateur depuis des Morsures de l'aube et de Monsieur N.), Jean-François Hallin (auteur des scénarios des films de Patrick Timsit), Edouard Baer (acteur-réalisateur de La Bostella et acteur dans de nombreux films, comme récemment Cravate Club) ou Benoit Délépine (auteur et interprète de l'oubliable Michael Kael contre la World News Company). Toutefois, certaines réussites valent la peine d'être soulignées. Notamment celle de Alain Chabat, réalisateur du plus gros succès de 2002, Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre; assurément un homme aux multiples talents, passé derrière et devant la caméra avec un certain succès. De plus, l'homme su faire varier son registre en endossant le rôle sérieux d'un policier dans le très sombre Cousin d'Alain Corneau. Jamel Debbouze est un autre exemple éclatant du tremplin qu'offrait Canal + dans les années 90. Symbole d'une génération, il participe à l'aventure du Fabuleux destin d'Amélie Poulain puis, bien sûr, au Astérix de Chabat. José Garcia, révélé comme faire-valoir d'Antoine de Caunes, a su s'imposer au public français en interprétant des personnages exubérants et populaires (en témoigne son rôle d'importance dans La Vérité si je mens! 2). Il subjugue par ses envolées lyriques et son ton faisant de lui un digne héritier de Louis de Funès. Seulement Canal +, empêtrée dans ses déconvenues financières, et faute d'avoir su renouveler son pool de comiques de qualité, a perdu presque toute sa superbe et son esprit aventureux. Et il est fort peu probable que Maurad parvienne à redresser la barre.


ET LES AUTRES CHAINES ?

Canal Plus ne possède pas le monopole des humoristes et nombres d'entre eux ont su utiliser la télévision pour tenter de se propulser vers les cimes du box office. Les principales chaînes hertziennes ont vu débarquer nombre de comiques utilisant les larges taux d'audience pour faire grimper leur propre cote de popularité. Elie Seimoun, Dieudonné, Patrick Timsit, Valérie Lemercier et d'autres encore. Invités dans des émissions promotionnelles, celles-ci ont fait la part belle à leurs sketches enregistrés sur scène ou joués directement sur le plateau de télé. Là aussi, il existe quelques cas notoires dans l'art de la gaudriole voulant se faire aussi grosse que le bœuf-cinéma. Commençons pas le plus pathétique: Patrick Sébastien, comique beauf, douteux, souvent au centre de polémiques liées aux limites de son humour, l'homme a tenté de passer derrière la caméra en réalisant l'ineffable nanar T'aime, film démago, sincère, écrit tout en pensant aux critiques forcément dures qu'il aurait à subir à la sortie. Dommage, il n'y eut pas de polémique et le film, d'une naïveté hallucinante, fit un four légitime. Ensuite, vinrent Les Inconnus. De la même génération que les Nuls, ils commencèrent avec Philippe Bouvard et devinrent connus de toute la France le lendemain de la diffusion de La Télé des Inconnus, sur feu Antenne 2. Les Inconnus fournirent au début des années 90 toute une armada d'expressions cultes reprises dans les cours d'école. Leur premier passage au cinéma post-reconnaissance (en exceptant Le Téléphone sonne toujours deux fois) fut un immense succès (Les Trois frères). Malheureusement, les tentatives suivantes (Le Pari, Les Rois mages) ne rencontrèrent pas le même succès foudroyant. Aussi, tout comme Alain Chabat, les membres des Inconnus tentèrent des incursions éloignées de la comédie, ainsi Didier Bourdon tourna avec Raoul Ruiz dans L'Oeil qui ment et Bernard Campan fut salué dans le drame Se souvenir des belles choses.


Enfin, Albert Dupontel représente probablement la plus belle réussite du passage d'un comique vers la télévision. Elle lui rendit toutefois bien des services. Personnage torturé, trash et sensible, il joue dans nombre de films où le rire est absent (Un Héros très discret et surtout Irréversible) et réalise deux comédies noires inégales mais plutôt réussies (Bernie et Le Créateur). La télévision par câble et satellite n'est pas en reste avec la chaîne Comédie de l'ex Nul Dominique Farrugia, qui a vu passer par ses cases les Robins des Bois (avant d'aller sur Canal Plus), Kad et Olivier (que l'on verra en France au mois de juin 2003 dans Mais qui a tué Pamela Rose, parodie de films policiers américains), Eric et Ramzy (La Tour Montparnasse infernale) ou Daniel Prévost.


OVER THE SEAS

Au delà de nos frontières, d'autres personnages passent tout d'abord par la télévision pour ensuite se projeter sur grand écran. Près de nous, le belge Benoît Poelvoorde, bien qu'il ait commencé par le film culte C'est arrivé près de chez vous, a su utiliser la télévision pour exprimer son humour particulier. On le retrouve à nouveau au cinéma, utilisant son immense talent comique avec Podium. De l'autre côté de la Manche, en perfide Albion, des personnages tels que les Monty Python firent rire la Grande-Bretagne entière avec leur émission le Monty Python's Flying Circus, qui engendra un certain nombre de chef-d'œuvres du cinéma tels que Sacré Graal ou La Vie de Brian. La troupe s'étiola ensuite pour poursuivre diverses carrières d'acteurs, d'auteurs ou de réalisateurs. Plus contemporain, Rowan Atkinson, créateur du personnage de Mr Bean, avait déjà fait ses preuves auparavant avec son génial personnage du perfide Blackadder, diffusé en France sur Arte. Rowan Atkinson sera visible en France le 9 avril 2003 dans une nouvelle parodie de James Bond nommée Johnny English.


Aux Etats-Unis existe une véritable institution, un vivier de talents comiques qui vit passer une liste incroyable de personnalités à présent connues du grand public: le Saturday Night Live. Elles commencèrent toutes là et la liste est longue: James Belushi, Dan Aykroyd, Bill Murray, Adam Sandler, Billy Crystal, Mike Meyers, Damon Wayans, Ben Stiller, Chris Rock, Randy Quaid, Julia Louis-Dreyfus, Eddie Murphy et d'autres encore. L'émission consistait (et enore aujourd'hui) en des sketches parodiques interprétés par ces (futures) stars. D'autres shows proposèrent une formule similaire à celle du Saturday Night Live, comme le In Living Color de Keenen Ivory Wayans (réalisateur des Scary Movie) où débutèrent Jim Carrey, les frères Wayans et Jamie Foxx. Mais l'Amérique utilise aussi d'autres véhicules pour ses stars de télé. Avec par exemple des shows comiques centrés autour d'un personnage. Will Smith fut ainsi connu grâce à sa série culte Le Prince de Bel-Air. Enfin, en Asie, les comiques sont souvent chanteurs, danseurs, musiciens, peintres, combattants, auteurs, réalisateurs. Touche-à-tout célébrés pour leurs multiples capacités, ils s'appellent Stephen Chow (Shaolin Soccer) ou Takeshi Kitano (comédien burlesque dans un mansai à la télévision dans les années 70, puis réalisateur acclamé de Hana-bi et bientôt Dolls) et connaissent à présent des succès dans des domaines variés et hors de leurs frontières respectives.


ACTUELLEMENT SUR VOS ECRANS

Brillants, pathétiques, les comiques énervent, agacent, dérident, tour à tour. Que ce soit un Michaël Youn (La Beuze ou les 11 commandements), issu du Morning Live, un Edouard Baer, un Jerry Seinfeld, une Valérie Lemercier, tous s'investissent dans des films plus ou moins personnels. La troupe des Robins des Bois se sont retrouvés au devant de la scène avec RRRrrr!, un film écrit par eux et mis en scène par leur ami Alain Chabat. Essai à demi transformé ou échec patenté? Le film divise. Pareillement, le duo Yvan le Bolloch et Bruno Solo forgé par la télé, d'abord sur Canal Plus puis sur M6 est parvenu à transformer l'essai du succès de Caméra Café la série en un Espace Détente le long. On souhaitera d'ailleurs la même destinée à Alexandre Astier et son Kaamelott. Plus proche de nous on retrouvera bientôt dans Brice de Nice un Jean Dujardin auréolé du succès de Un gars, une fille en reprenant sur grand écran un personnage - Brice de Nice - qu'il avait créé au café-théâtre puis reprit pour la télévision. Ce même Dujardin avait par ailleurs été royalement couronné acteur dramatique en incarnant un convoyeur de fond dans l'excellent Convoyeur de Nicolas Boukhrief. Mais un bon comique ne fait pas nécessairement un bon acteur. Bon nombre d'entre eux ne font que répéter inlassablement les numéros qui les ont fait connaître. D'autres encore s'avèrent être incapables de jouer à proprement parler. Seulement les humoristes parviennent parfois au cinéma à offrir des films cultes, fédérateurs d'une minorité ou d'une génération (La Cité de la peur). Ou des chef-d'œuvres qui traversent le temps et les frontières comme Sacré Graal. La comédie n'est pas un genre mineur car elle demande une rigueur, une précision et un sens du rythme hors du commun. Et quel meilleur endroit que la télévision pour s'entraîner?





 
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