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 BOX-OFFICE FRANÇAIS 2005
On nous le dit, on nous le répète, le box-office est en nette perte de vitesse cette année, et les chiffres seraient catastrophiques (moins 14% du taux de fréquentation par rapport à 2004). Les raisons, l’augmentation des ventes de DVD? La banalisation du piratage? La diversification du pouvoir d’achat? La déception face au choix de films proposés? Un peu tout ça à la fois, sans doute, et une donnée inquiétante: cette baisse significative n’est pas propre à la France uniquement (les chiffres sont sensiblement les mêmes aux Etats-Unis). Retour sur les films français qui ont fait l’année 2005.
LE SOULEVEMENT DES MACHINES
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Une fois n’est pas coutume, commençons par la fin, et par les films qui, bien que sortis en 2005, draineront une bonne partie de leur public durant les premières semaines de 2006. Des films tels que King Kong (1.4 millions de spectateurs en première semaine), Angel-A, Kirikou et les bêtes sauvages (785.000 entrées en deux semaines), ou Le Cactus (137.000 entrées la première semaine) parviendront-ils à rehausser le box-office d’une année morose? UIP table sur 6 millions d’entrées pour le singe géant (certes un vrai succès, mais décevant en regard du projet et du passé du cinéaste), Buena Vista espère environ 2.5 millions de spectateurs pour Chicken Little d’ici la fin des vacances scolaires (nous sommes donc loin des chiffres des Indestructibles), Angel-A aura très probablement bien du mal à se hisser au niveau des précédents Besson… Pas de surprise, donc, l’année se terminera comme elle a commencé: dans la plus belle des tranquillités! Et, malgré des chiffres parfois loin d’être déshonorants, ce ne sont pas les sorties récentes des derniers opus de cinéastes prestigieux (Mary, Le Petit lieutenant, La Vérité nue, The Constant Gardener…) qui inverseront la tendance. Alors, à qui la faute? Mettons de côté les raisons annexes (DVD, télévision…) et les plaintes contre le piratage, et intéressons-nous plutôt à l’année cinématographique. Premier constat: du côté français comme du côté américain, pas de réelle machine susceptible de booster le box-office. Pas d’Amélie Poulain, ni de Choristes. Alexandre et Aviator (1.65 millions) déçoivent, les franchises Batman et Star Wars n’ont jamais réellement bien fonctionné en France (même si La Revanche des Sith, numéro 1 de l’année, s’en sort très bien avec 7.25 millions de spectateurs, ce score fait pâle figure face à ceux des champions des années précédentes), et le premier film français du classement, Brice de Nice, plafonne à 4.38 millions de spectateurs. Reste l’anglais Harry Potter; avec 5.8 millions d’entrées en trois semaines, et la proximité des vacances de Noël, le petit sorcier pourrait bien s’imposer comme le champion de l’année.
LA FRANCE GARDE LE SOURIRE
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En France, pas de surprise, pour avoir du succès, il faut faire rire! La formule cartonne depuis l’invention du cinéma et, à quelques exceptions près, nos plus grandes stars ont toujours été avant tout des comiques. Brice de Nice bien sûr, mais aussi Palais royal! (2.02 millions de spectateurs en quatre semaines), Les Poupées russes (2.86 millions), Iznogoud (2.5 millions de spectateurs qui auront bien du mal à rembourser un budget pharaonique), Espace détente (1.7 millions), Mon petit doigt m’a dit (1.2 millions), Olé! (près de 500.000 entrées en deux semaines), etc. Notons au passage que Gad Elmaleh, Eric et Ramzy, Muriel Robin, Antoine de Caunes, ou encore Nicolas Canteloup, s’imposent parmi les meilleures ventes de DVD de cette fin d’année. Rires (gras, donc, pour certains). Pourtant, un léger essoufflement se fait ressentir. Cette année, pas d’Astérix, pas de Taxi 2, ni de Dîner de cons ou encore de Visiteurs. Tiré d’une bande dessinée de Goscinny, comme Astérix, Iznogoud n’est pas parvenu à rameuter les foules, malgré un casting "prestigieux" (ah si: Michaël Youn, Bernard Farcy, Franck Dubosc, Kad et Olivier, c’est du prestige) et la présence quasi zombiesque de feu Jacques Villeret. Beaucoup de publicité (autour du film et autour de la mort de l’acteur principal), une campagne d’affichage démentielle, 1.1 millions d’entrées en première semaine (huitième meilleur démarrage de l’année), et une fin de carrière en forme de vieux soufflet qui retombe. A qui la faute? Au piratage, crieront les producteurs! A la nullité abyssale du film, répondra le spectateur. Bizarrement, le public familial s’est pour une fois distingué par sa (relative) exigence! Brice de Nice mis à part (succès pas si surprise que ça, car imposant une mode, un genre, un personnage), deux comédies intelligentes, parfois même réellement émouvantes, se sont imposées: Les Poupées russes et Palais royal!. Deux films qui, en tous les cas, échappent totalement aux formules toutes faites (dont le dernier exemple en date serait Le Cactus).
JUSQU’ICI, TOUT VA BIEN
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A côté des comédies, on trouve le traditionnel film animalier (La Marche de l’empereur, 1.7 millions de spectateurs, et un carton historique dans le reste du monde) et le traditionnel film à césars (Joyeux Noël, qui égalise en France le score de La Marche de l’empereur). Deux films pas forcément réussis, mais qui parviennent à rebondir sur les succès des années précédentes en proposant un spectacle un rien différent. Deux films qui, par ailleurs, parviennent l’espace de deux heures à faire rêver le spectateur bien mis à mal par l’actualité brûlante et dramatique de l’année. Le Tsunami fait 200.000 victimes? Réconcilions-nous avec la nature en allant voir des pingouins qui parlent avec la voix de Jules Sitruk. Les Etats-Unis s’enlisent en Irak depuis deux ans? Reprenons espoir en l’être humain devant ces poilus qui, durant une soirée de Noël, décident d’arrêter la guerre. Rien de bien original cette année, donc (pas de 36, quai des orfèvres, pas de Blueberry), les producteurs ont préféré jouer la carte de la sécurité. Ça ne rembourse pas un budget (déception, par exemple, pour Les Chevaliers du ciel qui a bien du mal à dépasser les 1.3 millions de spectateurs), mais ça limite les dégâts. Pourtant, des surprises, il y en a, plutôt dans le bas du classement. Si Une aventure, Gabrielle, Akoibon, Imposture, et Les Enfants se plantent, Le Petit lieutenant (600.000 spectateurs), Combien tu m’aimes? (500.000), Je ne suis pas là pour être aimé (200.000), Le Temps qui reste (200.000), Caché (500.000), Le Parfum de la dame en noir (400.000), Ma vie en l’air (380.000), Peindre ou faire l’amour (700.000), De battre mon cœur s’est arrêté (850.000), Le Couperet (601.000), Le Promeneur du champ de mars (539.000), témoignent d’une relative bonne santé du cinéma français, d’un retour en grâce de certains cinéastes (Blier surtout, mais aussi Guediguian ou Costa-Gavras), et de l’attirance du spectateur pour un cinéma moins crétin. Bon, ok, à côté de ça, Saint-Jacques la Mecque et Il était une fois dans l’Oued rameutent chacun 700.000 spectateurs.
OU SONT LES STARS?
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Jacques Villeret, Gérard Lanvin, Isabelle Hupert, Gérard Darmon, Gérard Jugnot… Hécatombe parmi nos anciens acteurs français, ils ne font plus recette. Nouveauté? Pas vraiment. Après tout, il n’existe plus en France, depuis au moins deux décennies, de stars susceptibles d’engendrer un succès sur leur seule renommée. Même Depardieu n’a jamais eu ce potentiel. Ainsi, malgré des chiffres pas forcément déshonorants ou catastrophiques, Les Parrains, Iznogoud, Les Âmes grises, Gabrielle, Les Enfants, déçoivent ou se plantent carrément. Le public, depuis quelques années, s’est détourné des acteurs vedettes, pour célébrer de nouvelles têtes. La plus évidente? Jean Dujardin bien sûr! Son Brice de Nice impose un personnage, une mode, des gags, des répliques… On n’a pas vu ça depuis le Splendid! Le public, encouragé par une campagne promotionnelle exemplaire, se rue en masse... Mais découvre, avant même Dujardin, un autre acteur qui monte depuis quelques années: Clovis Cornillac! Brice de Nice, Les Chevaliers du ciel, Le Cactus, Au suivant, c’est simple, en 2005 on n’a vu que lui – et il sera prochainement à l’affiche des Brigades du tigre et d’Astérix aux jeux olympiques. A son aise dans tous les genres (on se souvient de Maléfique), il peut devenir la star française de demain. Aux côtés de Cornillac et Dujardin? Le vide. Pascal Elbé impose un physique agréable dans Les Mauvais Joueurs. Mathilde Seigner confirme l’amour du public avec Tout pour plaire (près de 1.2 millions). Monica Belluci fait le tour des télévisions mais on se demande encore si le succès de Combien tu m’aimes? lui est réellement dû. Et Romain Duris explose tout sur son passage. Après la reconnaissance en 2003 (Pas si grave et L’Auberge espagnole) et le demi succès fin 2004 d’Arsène Lupin, il emporte tous les suffrages cette année avec De battre mon cœur s’est arrêté (probable césar) et Les Poupées russes! Alors, mauvaise année, 2005? Pas tant que ça, finalement. Cocorico.
CHIFFRES AU 27 DECEMBRE 2005
Les films marqués d'un * sont en cours d'exploitation.
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