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LE BON, LA BRUTE, ET LE TRUAND
LE SCÈNES COUPÉES



2002 marque le point culminant de l'évolution de ce chef d'oeuvre qu'est Le Bon, la brute et le truand. Pour la première fois en France, le film sort au cinéma dans son intégralité, une version de 2h58 qui a subi de nombreuses coupes avec le temps. Tout d'abord, lors de sa sortie internationale dans les salles, en 1967, le film ne faisait plus que 2h40. Par la suite, en passant sur le petit écran, il a été rogné pour donner ce que l'on appelle des versions "domestiques", qui sont d'une durée variable en fonction des différents pays (la version la plus courte étant de 2h28 avec une amputation quasi-totale de la scène dans le désert, jugée beaucoup trop longue par les Américains). La plupart du temps, ce sont ces dernières versions un peu boiteuses que les spectateurs connaissent.


A la mort de Leone en 1989, certains distributeurs ont essayé de récupérer les droits de la version internationale de 2h40, sans succès. Après neuf longues années de négociations, le premier pas est fait lors du "Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier", auquel Leone était très attaché. En collaboration avec Madame Leone et Carlo Simi, le 50ème festival organise en 1998 un hommage au réalisateur, offrant aux spectateurs la possibilité de voir tous ses films et spots publicitaires dans des versions internationales restaurées (ainsi que les versions intégrales de Il était une fois dans l'Ouest et Il était une fois la révolution). L'engrenage est en route. En 2000, la cinémathèque française projette le film dans une version intégrale en italien, qui n'est autre qu'une copie personnelle de Madame Leone. C'est alors que Action Gitanes, qui détient les droits du film en France, contacte la MGM, puis la famille Leone, qui ne comprend pas pourquoi elle devrait prêter son négatif à des distributeurs qui ne lui ont pas acheté le film, d'autant plus qu'elle ne possède pas les droits italiens et que les droits internationaux sont entre les mains de la MGM. L'histoire traîne. La MGM décide alors d'agir et de réaliser une version intégrale en anglais, mais se retrouve vite face à un nouveau problème, les 18 minutes supplémentaires n'ayant jamais été doublées en anglais. Devant le coût d'une telle entreprise et les problèmes dus au décès de certains doubleurs, la MGM renonce à cette version. Mais, en désespoir de cause, elle demande l'autorisation de faire un tirage à partir d'un négatif italien initial. Les Italiens et la famille Leone acceptent. Nous sommes en 2002, la version intégrale est enfin sur nos écrans.


Cette version intégrale offre donc 18 minutes de bonheur supplémentaires, réparties sur sept scènes inédites (et quelques secondes grapillées par-ci par là tout au long du film). La première de ces scènes présente Sentenza à la recherche de Bill Carson, visitant un fort de sudistes rebelles et se place après que Tuco ait voulu pendre Blondin. Elle est la plus longue (presque 5 minutes) et certainement la plus intéressante, car elle contient tous les élément du style léonien. Pendant plus de 2 minutes, la caméra vole avec virtuosité autour de Sentenza qui apparaît très humain, puis se pose sur une discussion ironique au sujet de l'inutilité de cette guerre, thème récurrent dans le film et dans l'oeuvre globale de Leone. La deuxième fait partie de l'ensemble de la traversée du désert par Tuco et Blondin et insiste sur le côté "sadique" du personnage de Tuco, qui rit aux éclats en insultant Blondin. Les scènes 3 et 4 encadrent la séquence de Tuco et Blondin dans le monastère dirigé par le frère de Tuco. La première des deux montre Tuco usurper l'identité de Bill Carson en se créant une nouvelle personnalité. La deuxième, sur la route vers Betterville, est un petit jeu entre les deux protagonistes au sujet de l'emplacement du trésor. La cinquième scène, bien qu'assez courte comparée à la première (à peine 2 minutes) est également fort intéressante, aussi bien au niveau de la forme que du contenu. Elle s'ouvre sur un plan d'une minute (détaillant Sentenza puis Blondin en train de dormir) interrompu par un coup de feu. S'ensuit une découverte du gang de Sentenza, mise en place par une succession de gros plans très léoniens sur les visages. Les deux dernières scènes supplémentaires sont de simples rallonges. La première est une autre discussion sur l'inutilité de la guerre avec le caporal dans les fossés sudistes surplombant le Langstone Bridge, et la deuxième met en scène Blondin et Tuco en train d'installer les câbles pour faire sauter le pont.





 
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