| |
|
|
 BOB DYLAN ET LE CINEMA
Le caméléon Dylan a eu, au cours de ses quarante ans de carrière, une relation amour/haine avec le cinéma. La sortie de I’m Not There, le premier biopic autorisé du chanteur, offre l’occasion de revenir sur cet aspect finalement peu connu de sa carrière. Le film de Todd Haynes capte assez intelligemment la manière qu’a Dylan d’avancer masqué. Et, de ce point de vue, le cinéma lui aura à plusieurs reprises servi de terrain de jeu.
LA PORTE DU PARADIS
 |
La première véritable rencontre entre Dylan et le cinéma, et à ce jour peut-être encore la plus connue, reste Don’t Look Back. Nous sommes en 1965 et un Dylan tout fraîchement auréolé de sa couronne électrique vient semer le trouble à Londres. Le documentariste D.A. Pennekaber chronique sa tournée et prend date avec l’histoire avec ce modèle de cinéma vérité. On y découvre, ou on essaie d’y découvrir, un Dylan recroquevillé derrière son image, dissimulé derrière ses lunettes, qui se joue de la caméra dans une espèce de ''Je te suis, tu me fuis'' audiovisuel dont Todd Haynes reprend certains plans à la lettre dans son film. Plus que toute autre apparition, c’est bien celle-là qui aura le plus contribué à la naissance du mythe. C’est en affrontant un autre mythe, justement, que Dylan retrouve le septième art. Sam Peckinpah s’apprête à enfin tourner son Pat Garrett & Billy le Kid et fait appel au chanteur. De la contribution de Dylan au film, on retient surtout l’inoubliable Knockin’ on Heaven’s Door, le joyau de la B.O., mille fois repris depuis. Mais on oublie trop souvent que Dylan joue également un rôle dans le film: celui du mystérieux Alias qui accompagne le Kid dans sa cavale.
EN ROUE LIBRE
Le nom du personnage résume tout et le film de Haynes le comprend admirablement: la carrière de Dylan se joue de masque en masque. Lorsque, en 1977, il entreprend de réaliser son seul film à ce jour, Renaldo & Clara, il confie à son ami Ronnie Hawkins le rôle de… Bob Dylan. Trente ans avant Todd Haynes, Dylan est déjà not there. Cette fresque musicale de presque quatre heures, elle aussi aux frontières de la légende, Bob l’a co-écrite avec Sam Shepard. Il profite pour s’y mettre en scène aux côtés de son épouse de l’époque, Sara, ainsi que de son mentor, le poète Allen Ginsberg. Quant à Ronnie Hawkins, on le retrouvera quelques années plus tard à partager l’affiche avec Dylan de The Last Waltz, le superbe film-concert que Martin Scorsese consacre à la dernière représentation du Band.
THE TIMES THEY ARE A-CHANGIN’
Scorsese aura également apporté une autre pierre à l’édifice de la légende dylanienne: le monument No Direction Home, documentaire de quatre heures, enthousiasmant d’exhaustivité, qui remonte, paroles du chanteur à l’appui, de sa jeunesse dans le Minnesota jusqu’à aujourd’hui. Désarmant de vérité, le chanteur y est à des lieues de son rôle absurde dans le bien-nommé Masked and Anonymous, un OVNI qu’il a co-écrit avec Larry Charles, futur réalisateur de Borat. Chez Scorsese, Dylan se dévoile… Mais des travaux récents de l’artiste pour le cinéma, on retiendra surtout son Oscar de la meilleure chanson pour Wonder Boys en 2001, qui vient récompenser la très jolieThings Have Changed. Comme un écho qui revient au fil de sa carrière, cette notion de changement constant, d’époque, de masque, montre paradoxalement que Dylan, au fond, reste toujours là. A Pat Garrett qui lui signale que les temps ont changé, Billy le Kid de lui répondre: ''Times, maybe. Not me''.
|
|
|