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LES ADVERSAIRES DE ROCKY
Comment créer un vrai champion si ce n’est en l’opposant à des adversaires dignes de lui? Cette question, Sylvester Stallone se l’est posée tout au long de la saga Rocky, veillant constamment à mettre l’Etalon Italien en danger. Retour sur trente ans d’adversaires.
APOLLO CREED
L’adversaire historique de Rocky. Le champion du monde des poids lourds est celui qui (re)lance la carrière de Balboa en proposant de donner sa chance dans le ring à un jeune boxeur inconnu. En créant le personnage, les producteurs ont cherché celui qui pouvait représenter l’antithèse absolue de Rocky: un boxeur noir, cultivé, propre sur lui. C’est à Carl Weathers, alors totalement inconnu, qu’incombe la tâche d’affronter Balboa. Ce faisant, il donnera naissance à un personnage culte qui s’élèvera bien vite au dessus du simple statut d’adversaire. Après sa maigre victoire dans le premier film, Creed est défait de justesse dans Rocky II, avant de devenir son entraîneur dans le troisième épisode, l'une des meilleures idées de la saga. L’exubérant Apollo, généreux mais frimeur, finira par tomber sous les coups d’Ivan Drago lors du premier combat de Rocky IV.
CLUBBER LANG
Rocky III propose une inversion des rôles où le héros, désormais tenant du titre, voit un challenger ambitieux venir lui ravir sa couronne. Pour succéder à l’élégant Apollo, un boxeur hargneux venu de la rue: Clubber Lang. Mr. T fait ses premiers pas à l’écran dans un rôle qui rappelle les débuts de George Foreman et préfigure par bien des aspects Mike Tyson. Clubber, qu’on découvre au début du film dans un montage qui témoigne à la fois de la violence de ses coups et de sa haine envers Balboa (à qui il reproche d’affronter des boxeurs indignes de lui), laisse sa rage déborder du ring en venant provoquer Rocky en public lors d’une conférence de presse. Et c’est juste avant leur premier affrontement que Clubber Lang scelle le destin de Mickey, l’entraîneur de Rocky, avant d’expédier Balboa sur un brancard au cours d’un match éclair. C’est lors de la revanche que le personnage de Stallone déploie sa force retrouvée et signe la seule victoire de la saga qui n’aille pas au bout du temps réglementaire (Clubber est KO au troisième round seulement).
IVAN DRAGO
Le plus monolithique des adversaires de Rocky n’est bizarrement pas le moins intéressant. Ce colosse soviétique, symbole quasi-littéral de la puissance militaire et sportive de l’U.R.S.S., commence fort en mettant à genou l’oncle Sam lui-même, sous les traits d’un Apollo drapé de la bannière étoilée. A Rocky de venger son ami, via un retour aux sources à base d’entraînements rustiques (soulèvement de bûches, chien de traîneau humain…) conçus pour contraster avec la formation assistée par ordinateur du géant russe, gavé d’hormones et d’anabolisants. Autour de Drago gravite son épouse, jouée par Brigitte Nielsen, qui donne au personnage tout son aspect de marionnette créée de toutes pièces pour gagner. Et c’est lors du match final que Drago, qui n’aurait pu être qu’une machine à boxer, se révèle être un adversaire surprenant: Stallone le filme comme le monstre de Frankenstein se soulevant contre son créateur. Le personnage de Dolph Lundgren se transforme, s’américanise en quelque sorte: désormais, il ne se bat plus pour la faucille et le marteau, mais seulement pour lui-même.
TOMMY GUNN
La plus grande surprise de Rocky V provient sans nul doute de la dynamique entre Balboa et son adversaire. Un Rocky désormais ruiné retrouve les rues de Philadelphie et se voit convaincre par un jeune boxeur tout frais débarqué de l’Oklahoma de le prendre sous son aile. Pendant que Rocky endosse le rôle de l’entraîneur pour ce jeune Tommy Gunn, son fils se met à jalouser la relation filiale qui se développe dans le ring. Heureusement pour Rocky Jr., Tommy finit par se rebiffer contre son mentor, cédant aux sirènes d’un promoteur aux dents longues. Tommy "The Machine" Gunn explose très vite ses adversaires, un peu à la manière de Rocky au début du troisième épisode. Obligé d’affronter quelqu’un de potentiellement plus fort que lui, il lance le défi à Balboa, mais leur combat, suprême originalité!, n’aura pas lieu dans le ring, mais bien dans la rue, et à mains nues. C’est la première (et seule) fois où l’opposant est véritablement montré comme un ennemi: même Clubber et Drago, malgré leur passif (la mort de Mickey pour l’un, celle d’Apollo pour l’autre), cantonnaient leur hargne au sport.
MASON DIXON
Plus qu’une opposition physique, l’adversaire de Rocky Balboa est censé représenter une opposition morale. Rocky, désormais vieux, sage, affronte un jeune loup prétentieux. Mason "The Line" Dixon est l’actuel champion du monde des poids lourds. Impétueux, sûr de lui, il est piqué au vif par un combat simulé par ordinateur qui donnerait Balboa vainqueur d’un hypothétique match contre lui. Cet adversaire a deux mérites: celui d’être interprété par un véritable boxeur, Antonio Tarver, et aussi d’évoluer un tant soit peu au cours du film. Celui qui ressemble au début à un Clubber Lang friqué se révèle être un boxeur encore en formation, au mieux de sa forme sur le plan physique, mais à qui il manque la bouteille d’un Balboa. L’originalité du combat final est que, plus qu’une simple confrontation, il se transforme presque en une leçon de vie où, par delà la victoire ou la défaite, chacun des deux combattants aura appris quelque chose sur lui-même.
Liam Engle