Une adolescente
Shoujyo
Japon, 2003
De Eiji Okuda
Scénario : Katsuhiko Manabe, Izuru Narushima
Avec : Hideo Murota, Mari Natsuki, Eiji Okuda, Mayu Ozawa, Akira Shoji
Durée : 2h12
Sortie : 19/03/2003
Tomokawa, la quarantaine oisive, occupe son temps entre chiens retrouvés et frivolités sans lendemain. Sa liaison coupable avec Yoko, une adolescente enflammée, bouleverse sa petite vie de fonctionnaire.
LOLITA NIE EN BLOC
Pétri de bonnes intentions, mais mitraillé de symboles enclumes, Une adolescente peine à faire vibrer ses amants sulfureux et la passion tourmentée qui les unit. Péniblement étiré sur deux heures, le premier long métrage d’Eiji Okuda collectionne les mauvais plans, des raccords tremblés aux acteurs cabotins, de l’érotisme paillard aux grandes virées à contre-sens. De l’adolescence en question, Okuda ne dira rien. Ou si peu. Une adolescente s’attarde moins sur la jeunesse déviante des lolita en uniforme marin que sur l’âge de (dé)raison: Tomokawa, flic grimaçant, dont le tatouage dorsal éveille la curiosité d’une jeune fille en fleur. Okuda convoque les belles-lettres (la calligraphie, la poésie) pour défendre un amour voué à l’opprobre, sans affiner l’aspect le plus intéressant du film: le corps érotisé par l’art. Le vacillement sensuel ne représente malheureusement qu’un micron dans un océan d’inepties. Laissée à l’état d’ébauche, la liaison entre Tomokawa et Yoko n’attise aucun scandale. A peine un frisson. Tout juste effraie-t-elle un frère arriéré, déjà traumatisé par une mère vicieuse et névrosée. Juxtaposer la vision de deux chiens en train de copuler au ralenti, à celle d’une matrone vociférant à quatre pattes, place la barre du ridicule haut perchée.
MASCARADE
Une adolescente traîne deux boulets: un lyrisme béat sans génie et une vulgarité gauche frisant l’hystérie. Okuda dessine des ronds stériles autour d’un amour fautif, partagé entre querelles familiales, étude de mœurs et maladresses de narration. Le message projeté est suffisamment universel pour faire éclater la corde sentimentale. Dans un monde corrompu et obscène triomphent l’innocence et la sincérité. Couplet increvable qu’Okuda graisse jusqu’à la nausée. La pureté – toujours elle - repose sur la tête angélique de Sukemasa, handicapé mental bienheureux, échappant à la syncope et au suicide. L’adolescente farouche porte les stigmates de la traditionnelle famille de freaks: mère libertine, père pendu, beau-père abusif et frère attardé. Devant et derrière l’objectif, Eiji Okuda tente de capturer la folie galopante de ses personnages, sans parvenir à sublimer ses ambitions esthétiques. Les pulsions qui animent le film (récit disloqué, intrusion de la DV, caméra portée, virages grotesques) apparaissent davantage comme des nuisances crispantes nous détournant de l’essentiel. Or Okuda ne nous dit rien de plus que les sempiternelles passions inter-âges. Pierre Barouh chante en français Le Courage d’aimer. Message subliminal pour l’audience locale, mais lourde de sens ici-bas.
En savoir plus
Premier long métrage de l’acteur-peintre Eiji Okuda, Une adolescente a reçu en 2002 le Grand Prix et le Prix d’interprétation féminine au festival du film de Paris, ainsi que le Grand Prix décerné par l’American Film Institute.
Chanteuse et actrice, Mari Natsuki (qui interprète la mère de Yoko) a récemment donné sa voix à la sorcière Yubaba dans Le Voyage de Chihiro.
Compositeur de musiques de films depuis les années 80, Shigeru Umebayashi a signé le thème de Yumeji du film éponyme de Seijin Suzuki - ritournelle rendue célèbre par In the Mood for Love de Wong Kar Wai.
Parolier et interprète proche de Francis Lai, Pierre Barouh a écrit les paroles de la chanson Les Uns et les autres et celle d’Un homme et une femme. Ensemble, Lai et Barouh ont écrit pour Yves Montand, Nicole Croisille, Richard Berry, Nana Mouskouri ou Mireille Mathieu.



