 |
|
|

WANG BING
Devenir un grand maître en un seul film. A l’Ouest des rails, documentaire majuscule de neuf heures sur une usine et ses ouvriers peu à peu abandonnés par les autorités a fait l’effet d’une bombe dans le paysage cinématographique chinois. Dès les premiers plans captés en caméra DV, Wang Bing invente un langage filmique qui lui est propre, saisissant au plus près la vie de la communauté de Tie Xi, quartier de la ville de Shenyang, sans négliger la dimension esthétique propre au septième art. Photographe avant d’être cinéaste, il a appris la mise en scène à l’Académie du Film de Pékin. Destiné au documentaire institutionnel, il a finalement décidé d’entrer en résistance et de filmer l’envers des mutations économiques de son pays.
Depuis A l’Ouest des rails, achevé en 2002 après quatre ans de travail, Wang Bing est venu en France grâce à une bourse de la Cinéfondation. Il travaille actuellement sur le deuxième volet de sa trilogie consacrée au peuple chinois, Soleil Aveugle, co-produit notamment par Arte. Encore un documentaire fleuve au sujet politique, le déplacement forcé dans les années 70 de près de 3000 prisonniers politiques dans le désert de Gobi.
Yannick Vély

A L'OUEST DES RAILS
Un documentaire de plus de neuf heures sur une usine qui se meurt. Résumé ainsi, A l’ouest des rails de Wang Bing a de quoi effrayer le plus téméraire des cinéphiles, même ceux qui luttent contre la MacDonaldisation du septième art. Pourtant, à l’instar du fameux premier disque du Velvet Underground, dont la légende rapporte que seulement cinq cents exemplaires ont d’abord été vendus, pour donner naissance à cinq cent nouveaux groupes, le geste politique et artistique du cinéaste chinois provoque l’envie de se saisir d’une caméra DV pour filmer ce qui nous entoure.
A l’ouest des rails aurait pu se situer dans un autre endroit du globe, à une autre époque, à St Eloy-les-Mines ou dans le bassin lorrain tant son propos simple et fort touche à l’universalité et évoque la fin tragique de ce qui s’est appelé le prolétariat ouvrier. Néanmoins, au-delà de son discours et de sa démesure thématique, ce qui frappe dans le film de Wang Bing est sa dimension esthétique.