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ENTRETIEN PIERRE CARLES
Depuis la découverte enthousiaste d’un premier montage de Ni vieux, ni traîtres, nous attendions d’avoir des nouvelles de Pierre Carles. Plutôt que de consulter les astres, nous avons préféré remonter directement à la source. Extraits instructifs de nos échanges de mails.
Ni vieux, ni traîtres a déjà fait l'objet de deux nouveaux montages depuis la projection du 14 octobre dernier à Paris. Le film est passé au festival du cinéma d'Alès et fera l'objet d'une nouvelle projection publique à St-Jean du Gard dans les Cévennes le 17 avril prochain. Ce sera la dernière projection de travail. La version finale sera prête en mai (avant-première le 17 mai à Utopia Toulouse en ouverture de la manifestation "Histoire en toutes lettres" consacrée cette année à "L'esprit de fronde"). Il n'est pas prévu pour l'instant de distribution en salles de cinéma.
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PIERRE CARLES
Persona non grata à la télévision, depuis qu’il a osé la critiquer de l’intérieur, électron libre mal considéré par la critique cinématographique, parce que justement issu du petit écran, Pierre Carles est un cas à part dans le paysage documentaire, a fortiori français. Alors que le tintamarre médiatique entourant la sortie en salles de son premier film, Pas vu pas pris, l’un des plus gros succès au box-office français pour un documentaire avec 160.000 spectateurs, aurait dû lui tracer une voie par trop évidente de trublion toléré, sinon récupéré, façon Michael Moore, Carles n’a pourtant cessé de remettre son travail en question.
Plutôt que de se laisser entraîner par la fébrilité de ses impertinents débuts de dynamiteur cathodique, l’ancien étudiant en sociologie, ayant croisé sur son chemin les thèses de Bourdieu d’abord, l’homme ensuite, prend du recul, questionne la légitimité de son discours et tente de maîtriser le personnage teigneux et charismatique qu’il s’est façonné à l’écran.
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NI VIEUX NI TRAITRES
Le jeudi 14 octobre 2004 à 20h30, Pierre Carles et Georges Minangoy présentaient à la Salle Olympe de Gouges, à Paris, en "avant-première mondiale", un premier montage de leur film Ni vieux, ni traîtres. "Dans les années 70, des anarchistes français luttèrent avec leurs camarades catalans contre l'Espagne franquiste finissante. Pour financer leurs actions subversives, ils multiplièrent hold-up et braquages de banques".
Au milieu des années 80, certains de ces "libertaires" passèrent à l'action – directe – anti-capitaliste en revendiquant l'assassinat de patrons comme celui de Renault. D'autres refusèrent catégoriquement de recourir à ce type de violence, sans toujours se désolidariser de leurs anciens compagnons de lutte. A l'heure où tant d'ex-soixante-huitards accèdent au pouvoir en reniant leurs engagements passés, ces rebelles prétendent avoir mis en conformité leurs convictions et leurs actes, et quelquefois le payent, comme Jean-Marc Rouillan, de longues années de prison.
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ATTENTION DANGER TRAVAIL
"Après des années de propagande fallacieuse sur les loisirs, vous avez sifflé la fin de la récréation". De qui cet appel du coude au gouvernement? Du patron des patrons, le baron Seillière, à l’université d’été du Medef, en écho au "dans notre pays […], le travail a été dévalorisé" de Jacques Chirac, ainsi qu’à la diatribe de Jean-Pierre Raffarin envers "la relative dépréciation du travail et des vertus qui y étaient traditionnellement attachées".
Dans un tel climat politique, socialement régressif, lourd de démagogie et réactionnaire en diable, Attention danger travail relève autant de l’audace impertinente que du suicide patenté. En donnant la parole à cette catégorie de chômeurs, dont le bon sens commun va jusqu’à nier l’existence, et qui a décidé de tirer une croix définitive sur le monde du travail, Pierre Carles et ses complices se font les avocats du diable dans une société partagée entre ses aspirations au loisir individuel et sa dénonciation constante d’une prétendue paresse collective.

LE CINEMA DOCUMENTAIRE
Tenter de définir le documentaire, c'est toujours et seulement tenter. Notion floue, en quête constante de définition, le documentaire ne connaît pas d'acception, même large, que l'on soit à même de fixer. Par habitude, ou peut-être par constat d'échec à le définir, le documentaire est d'abord délimité négativement: est documentaire ce qui ne relève pas de la fiction. Et s'il fallait l'identifier plus avant, c'est de démarche documentaire dont on parlerait: résultat d'une recherche ayant pour projet de donner à voir une partie du monde "vivant", "réel".
Ce disant, c'est sur la valeur de dispositif du cinéma documentaire que l'on insiste. "Donner à voir" une articulation d'images et de sons révélateurs d'un fait, d'un être, d'une position, d'une "réalité" observable, n'est-ce pas là tout simplement le projet du cinéma? Pour y répondre, quelques pistes de réflexion et un retour en arrière sur la production 2004.
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