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OLD BOY


Avec Joint Security Area et surtout Sympathy for Mr Vengeance, Park Chan-wook avait imposé sa griffe, faite de coups de poing picturaux et de noirceur poétique. Old Boy s’inscrit dans cette même veine, et plus directement dans celle de Sympathy, premier volume d’une trilogie sur la vengeance. Mais au-delà des images choc, il y a aussi des lettres. Old Boy, très librement adapté d’un manga japonais, doit autant à Sophocle qu’à Kafka.


Au premier, il emprunte les rouages de tragédie grecque, les figures, les enjeux et l’ampleur dramatique. Oh Dae-soo (interprété par un fabuleux Choi Min-sik) prend le relais de Song Kang-ho dans la peau du héros tragique, et bouscule l’ordre sacré pour se confronter à son Dieu haut perché, au sommet de la métropole. Le décor du théâtre hellène et coréen est constitué de transgressions sexuelles, de destins scellés dans un paquet cadeau où le fatum est entouré d’un beau ruban pourpre, ou encore d’une confrontation entre deux hommes qui se détruisent comme il s’opposent, se haïssent comme ils se ressemblent.



PARK CHAN-WOOK, LE DIAMANT NOIR


Dans l'effervescence qui anime le cinéma coréen ces dernières années, Park Chan-Wook est l'un des noms les plus cités. La raison tient en trois lettres: JSA. Joint Security Area. Le thriller militaire à fibre humaniste sur une Corée déchirée en deux a triomphé au box-office, au point de devenir alors le plus grand succès historique du cinéma local. Devenu porte-drapeau d'une production qui dame le pion à l'envahisseur américain, Park Chan-Wook est aussi un cinéaste profondément concerné par le décor social de son pays.


Aussi, Sympathy for Mr Vengeance traite de ses inégalités sous le déguisement d'une tragédie embarquée dans un bateau ivre, épousant aussi bien les creux de vague d'une noire ironie que les sommets de cruauté exacerbée. Le film est un pied de nez au box-office après la grosse machine JSA, mais il permettra en revanche au jeune réalisateur (à peine 40 ans) de s'exporter. Old Boy, première sélection en compétition officielle au Festival de Cannes, trace un même chemin de feu et de cendres: l'histoire du kidnapping d'un père de famille dont le seul lien avec l'extérieur est une télévision. Il y apprendra le meurtre de sa femme et deviendra, malgré lui, le principal suspect. La maniaquerie formelle, le sombre pessimisme et le sens de l'absurde de cet ancien diplômé en philosophie lui ont valu le Grand Prix du Festival de Cannes 2004".



CHOI MIN-SHIK, HEROS MALGRE LUI


On imagine le vaurien, les traits lourds et les bras ballants. La petite frappe de Failan et le jouisseur impénitent d’Ivre de femmes et de peinture. La silhouette rustaude ne méritait pas des fripes si usées. Les petits yeux en saules pleureurs semblent perdus dans un visage si rond. La gueule des mauvais matins, le geste fruste; l’homme n’a rien des jolis cœurs offerts par bombonnes entières dans les festivals. Star montante du cinéma coréen, Choi Min-Shik est pourtant en passe de devenir l’un de ses ambassadeurs les plus brillants. En 2002, Deauville lui décernait le Lotus du meilleur acteur. Le mélodrame de Song Hae-Sung dévoilait déjà les contradictions d’un clown triste, dont la désinvolture et l’allure hautaine cachaient une sensibilité inattendue.


Ses premiers pas à l’écran, après quelques fructueuses tournées sur les planches, l’encouragent dans cette voie: Our Twisted Hero de Park Chong-Won (1992) se révèle un franc succès, les échos enthousiastes de la presse le poussent même hors des frontières coréennes. Six ans plus tard, Choi est à l’affiche d’un nouveau mastodonte, Shiri de Kang Je-Gyu, qui fait exploser le box-office local (plus de six millions d’entrées) et lui vaut un prix d’interprétation aux Grand Bell Awards de Corée. Réclamé par la télévision et le théâtre, Choi Min-Shik choisit précautionneusement ses sujets. Le légendaire Im Kwon-Taek lui a offert son plus beau rôle au cinéma. Choi Min-Shik est ainsi devenu à un fidèle de Cannes. En 1999, l’acteur figurait au générique de Happy End de Jung Ji-Woo, présenté à La Semaine de la Critique. Old Boy, cinquième long métrage d’un autre wonder boy du cinéma sud-coréen, Park Chan-Wook, fut sans conteste l’un des moments phares du festival de Cannes 2004.



SYMPATHY FOR MR VENGEANCE


Imposé par son avant-dernier film, Joint Security Area, qui fut un triomphe dans son pays, le réalisateur Park Chan-Wook est l'une des valeurs montantes du cinéma coréen. Il revient avec une oeuvre en forme de coup de poing, maniant habilement l'art du trompe-l’œil. Un titre en faux-ami tout d'abord, la "sympathy" en question signifiant "compassion", revenant à l'essence du terme qui évoque l'accompagnement dans la souffrance.


Deuxième trompe-l’œil: la compassion est absente de Sympathy for Mr Vengeance. L'expérience est jusqu’au-boutiste dans la noirceur désespérée car Park Chan-Wook se refuse à concéder toute plage de soulagement pour le spectateur. Troisième faux semblant: alors que le film part sur des bases de confrontation sociale entre le couple Ryu / Young-Mi et Dongjin, le but essentiel est ailleurs.



SOLEIL LEVANT EN COREE


De l'autre côté du globe, il existe un pays qui résiste encore et toujours… Sous les projecteurs depuis quelques fraîches années, la production cinématographique en Corée est en plein boom. Budgets plus conséquents, meilleure distribution et public présent, ce cheminement vers le sommet est le fruit d'un siècle d'Histoire.


Si la première projection d'un film s'est effectuée dès 1903 en Corée, le cinéma national a eu plus de mal à s'imposer sur le territoire. Il faut attendre 1919 pour la diffusion d'un premier film coréen (intitulé Uirijeok Gutu), projeté façon kinodrama: des acteurs assistent l'image devant l'écran, mélangeant ainsi héritage théâtral à la découverte du cinéma.



FESTIVAL DE CANNES 2004


La cuvée 2003 a laissé de très mauvais souvenirs aux festivaliers. La compétition officielle avait fortement déçue la critique américaine, les stars avaient boudé le rendez-vous des marches et même la cérémonie de clôture semblait dépourvue de la magie habituelle. Il fallait réagir. Thierry Frémaux et Gilles Jacob ont réussi leur pari.


Si Cannes n'a pas connu la meilleure sélection de son histoire, les deux hommes sont parvenus à trouver un point d'équilibre entre paillettes et cinéphilie, grosse machine hollywoodienne (Troie présenté hors compétition) et cinéma plus intimiste. La diversité fut l'unique mot d'ordre. Se sont succédés sur les écrans dessins-animés (Shrek 2, Innocence), documentaires (Mondovino, Fahrenheit 9/11) ou encore vrais films de genre (Old Boy, L'Armée des morts, Breaking News)...



 
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