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MATCH POINT
Melinda et Melinda hésitait entre le chaud et le froid, la bonne humeur folâtre et la satire morose, avant de se résigner à un compromis pâteux, une invraisemblable ratatouille de mauvaises contrepèteries et d’échanges paresseux. Match Point questionne aussi le hasard et la chance mais ouvre une parenthèse inédite. Woody Allen, 70 ans, s’est imposé un régime sec d’une diabolique efficacité, en misant sur l’inconnu: une nouvelle terre d’élection (Londres remplace Manhattan), du sang neuf (l’Irlandais Jonathan Rhys-Meyers et l’Américaine Scarlett Johansson) et une désinvolture résolument cynique, qui trouve peu d’équivalents dans les œuvres de la dernière décennie.
L’ironie pincée du patient hypocondriaque et brebis complexée de la psychanalyse s’est estompée et semble loin. Dans Match Point, Allen est aliéné, le héros est comme orphelin, seul face à ses choix, ses crises somnambules et ses pulsions meurtrières. Son ascension n’est freinée que par des mains cadavériques et des éclairs de culpabilité. La vraie famille, les vrais amis sont réduits à une ligne de dialogue décorative, Chris Wilton ne connaît ici que sa famille d’adoption, qui l’emprisonne et le musèle d’entrée.

SCARLETT JOHANSSON
Un prénom de star de cinéma. L’envie précoce de se promener sur les plateaux de tournage. Un physique de Baby Doll évanescente. Une voix rauque, surprenante, celle d’une femme mûre, sûre de ses choix et de son charme. A chaque apparition, elle exhale un entêtant parfum d’érotisme. Celle qui rêve d’être dirigée par Martin Scorsese, possède déjà à son tableau de chasse le fleuron du cinéma indépendant américain: les frères Coen, Sofia Coppola, Terry Zwigoff et Robert Redford himself.
Victime de la mode, tel pourrait être son nom de code. La mignonnette Scarlett Johansson change de look plus vite que son ombre. Vamp glamour le lundi, lolita affriolante le mardi, garçon manqué ou pin up façon Betty Boop le week-end, elle piétine allégrement les plate-bandes de Chloé Sevigny, ex-égérie du New York fashion.

JONATHAN RHYS MEYERS
2005: l’année semble sourire à Jonathan Rhys Meyers. Adoubé chez Woody Allen, il incarne également pour la télévision américaine le King en personne, Elvis Presley, dans la mini-série Elvis. S’il est trop tôt pour placer le garçon sur le trône hollywoodien, force est de constater que sa filmographie a subi un coup de boost musclé ces derniers mois.
Fin des années 90, Jonathan tourne à la pelle des productions indés qui ne restent guère dans les annales, à part Velvet Goldmine, de l’excellent Todd Haynes. L’acteur donne de sa personne et de sa chair dans le rôle d’une star de glam rock, passant par la case cannoise, et ce même s’il ne garde pas un grand souvenir de l’événement ("Je me rappelle être sorti de la limousine avec Toni Collette et Christian Bale pour marcher ensuite devant les photographes, qui lançaient des "Hey Toni! Hey Christian!" […] Personne n’avait la moindre idée de qui j’étais").

ANNIE HALL
Lorsque Woody Allen réalise son film, il sort d'une histoire d'amour avec Diane Keaton (Diane Hall de son vrai nom, Annie de son surnom et en plus elle a une "Grammy Hall"). Il utilisera ainsi sa propre expérience afin de relater la vie d'Alvy Singer et sa rencontre avec Annie Hall, femme qui incarne tout ce que lui n'a pas eu ou n'a pas été: éducation bourgeoise, bien dans sa peau (en apparence tout au moins), alors que lui, petit Juif de Brooklyn, ne peut pas passer une semaine sans voir son psy.
En guise de scène d'introduction et ce après un générique totalement muet, Alvy, le "héros", s'adresse directement au public, afin de rassurer le spectateur. Il explique que lui et Annie ont rompu, et fait comprendre ce qu'il pense de la vie: elle est pleine de solitude, de souffrance, de misère, de tristesse et tout passe beaucoup trop vite. Il vient d'avoir 40 ans et est en pleine crise.

TOUT LE MONDE DIT I LOVE YOU
Tout le monde dit I love you a cela de particulier qu’il est l’une des rares comédies musicales des années 90, mieux encore, il est celui qui, en 1996, va marquer le retour du genre sur les écrans. Réalisé par un amoureux du jazz et de Broadway, le film se veut un hommage aux grandes productions musicales qui ont émaillé le paysage cinématographique des années 30 aux années 50.
Woody Allen, en adepte inconditionnel d’un genre alors en mal de reconnaissance, joue avec les codes, jongle avec les références. Comme à la belle époque, c’est sous forme de conte moderne que le réalisateur décide d’approcher le genre, renouant avec la grande tradition des comédies-contes de fées. Une appartenance générique revendiquée dès l’ouverture du film par la voix off de DJ, comme un conteur déclamant son "Il était une fois": "On n’a pas grand chose à voir avec la famille type qu’on trouve dans une comédie musicale".

MELINDA ET MELINDA
Qu’il est triste d’observer le lent déclin d’un cinéaste que l’on aimait… Melinda et Melinda confirme la mauvaise passe actuelle traversée par le cinéma de Woody Allen, perdu dans sa propre caricature. Il est loin le temps où chaque nouveau long métrage du génial metteur en scène new-yorkais renfermait des trésors d’inventivité visuelle ou narrative. Désormais, il recycle à l’infini ses meilleurs jeux de mots.
Et sa fine analyse de la bourgeoise américaine a laissé place à un comique de boulevard avec prétendant sur le perron et amant dans le placard. Dans le marasme de la dernière décennie de l’auteur de Manhattan, on peut distinguer les films avec Woody, sauvés par sa verve inimitable, et ceux sans Woody et sa silhouette légendaire. Pas de chance, Melinda et Melinda appartient justement à la seconde catégorie.

ANYTHING ELSE: LA VIE ET TOUT LE RESTE
Chaque année, on guette le nouveau Woody Allen comme
on attend le retour d’un proche parti vivre à
l’étranger. On prend quelques nouvelles de lui pour
vérifier que tout va bien, avant de le laisser
s’envoler ailleurs. Ses dernières escales n’ont guère
rassuré, la santé créative du cinéaste new-yorkais
avait visiblement perdu de sa superbe.
Woody a touché
le fond avec le sinistre Hollywood Ending,
péniblement étiré sur 1h30 avec une seule idée en
rotation. Rassurons les fans: sans atteindre les
sommets de l’une des plus belles filmographies du
cinéma contemporain, La Vie et tout le reste se
situe dans le haut du panier de la récente production
d’Allen.

HOLLYWOOD ENDING
Le Woody nouveau est arrivé. Chaque année le cinéaste new-yorkais nous offre une petite carte postale imagée de son univers. Le traditionnel Woody de Noël est décalé cet année au printemps, ouverture de Cannes oblige. Après quelques films décevants, Hollywood Ending était très attendu. Son sujet laissait espérer une critique féroce du monde d'Hollywood et l'on imaginait d'avance les joutes verbales livrées par le frêle Woody, l'auteur Allen contre des producteurs cupides, soucieux de la rentabilité des films.
Hélas, Hollywood Ending déçoit: le réalisateur de Annie Hall et La Rose Pourpre du Caire signe l'un de ses moins bons films, une comédie poussive sur le monde du cinéma qui n'égale pas les récents ça tourne à Manhattan et Séquences et Conséquences plus acides, plus rythmés et surtout plus drôles. Le gag du cinéaste aveugle est notamment très mal utilisé.

FESTIVAL DE CANNES 2005
Après une édition 2004 marquée par un grand écart réussi entre paillettes et exigence artistique et la consécration du documentaire engagé de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, le 58e Festival de Cannes, qui se déroulera du 11 au 22 mai prochain, revient aux sources même de sa mission: présenter les films des auteurs les plus importants du cinéma contemporain.
La sélection officielle a des allures de palmarès de fin d'année, avec les derniers longs métrages de metteurs en scène multi-primés comme Lars Von Trier (Manderlay), Jim Jarmusch (Broken Flowers), David Cronenberg (A History of Violence), Gus Van Sant (Last Days), Atom Egoyan (Where the Truth Lies), Michael Haneke (Caché), Jean-Pierre et Luc Dardenne (L'Enfant), Amos Gitaï (Free Zone) ou encore Hou Hsiao-Hsien (Three Times).
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