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LOU YE
Avril 2000, à Paris: Suzhou River remporte le Grand Prix du Festival de la capitale, ainsi qu’un prix d’interprétation pour son actrice, Zhou Xun. On est encore bien loin de la Palme, mais Suzhou River est le film qui permettra à Lou Ye d’éclore sur la scène internationale, en étant récompensé dans différents festivals, pour bénéficier, finalement, d’une large distribution dans le monde.
Né en 1965 à Shanghai, Lou Ye obtient son diplôme de l’Académie du Film de Pékin en 1989. Après un premier essai sur le thriller Her Careless Young Love en 1994, Lou Ye commence à éveiller l’intérêt avec Weekend Lover, un film sur la jeunesse de Shanghai qui lui cause ses premiers soucis avec la censure. Ce ne seront pas ses derniers, Suzhou River, tourné clandestinement, étant pour sa part banni du territoire. Le film mêle le mythe de la sirène aux doubles de Vertigo, dans une atmosphère sous influence de Wong Kar-Wai, une jolie carte de visite qui l’adoube dans son rôle de cinéaste montant au Festival de Cannes, où il est sélectionné pour la première fois en 2003. Purple Butterfly, fresque historique prenant pour toile de fond les relations sino-japonaises, est pourtant boudé par la Croisette, malgré la présence de Zhang Ziyi. Depuis, le film joue tristement à l’Arlésienne en salles. Rebelote avec Une jeunesse chinoise, fresque ambitieuse qui avait pourtant toute sa place au palmarès. 2006 tournera à la guigne intégrale avec une interdiction de tourner en Chine pour 5 ans. Pas de quoi arrêter le cinéaste chinois qui a annoncé son nouveau projet, The Last Hour, qu'il tournera à l'étranger.
Nicolas Bardot
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UNE JEUNESSE CHINOISE
1989, en Chine. Yu Hong quitte son village pour étudier à Pékin, et tombe amoureuse de Zhou Wei, étudiant comme elle. Leur passion naît à l’ombre de Tian An Men.
On a découvert Lou Ye au bord de la rivière Suzhou, caméra au poing dans un Shanghai onirique où les histoires d’amour se conjuguent sur un air de Vertigo, chant des sirènes aux lancinants reflets dans une eau tourmentée par un fiévreux envoûtement. Une électricité urbaine qui gagne rapidement cette Jeunesse chinoise, après un prélude rural et engourdi, adieux presque muets, nuit dans l’herbe silencieuse et bouteille au goulot avant de goûter à une toute autre ivresse. Lou Ye conte le roman d’apprentissage de Yu Hong, jeune étudiante, et d’abord son amour déraisonné, béguin en apesanteur qui débute sur les premières notes enchanteresses d’une comptine rétro signée Paul Evans et qui se meut peu à peu en passion obsédante, une insatiable soif amoureuse que le réalisateur chinois capte miraculeusement. L’attraction sensuelle des deux amants, l’état lévitant de griserie enflammée font d’Une jeunesse chinoise un idéal de romantisme, sans glucose ni niaiserie mais transcendé par son lyrisme et sa justesse.