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LI YANG


En 2003, Blind Shaft, brillante entrée en scène d’un illustre inconnu, retient l’attention des médias. Lotus du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur au Festival du Film Asiatique de Deauville, Ours d’argent de la meilleure contribution artistique à Berlin, l’opus est bluffant de maîtrise. Li Yang n’a que trois documentaires à son actif, Women’s Kingdom, Happy Swan Song et The Wake. Blind Shaft est son premier long métrage. Tourné sans autorisation, parfois au péril de sa vie, interdit de projection en Chine, cette satire sur l’arrivisme, la cupidité et la criminalité ordinaire jette un regard glaçant sur les classes délaissées de la société chinoise.


Né en 1959 à Xian, Li Yang n’a pas eu à chercher très longtemps sa vocation. Issu d’une famille d’acteurs, élevé dans une salle de cinéma, il s’inscrit dès l’âge de 19 ans au Théâtre des Arts de la Jeunesse de Chine, à Pékin. Il pense alors devenir acteur. Mais l’envie de passer de l’autre côté, d’occuper le fauteuil du metteur en scène, le séduit tout autant. En 1985, il suit des cours à l’Institut de Projection de Pékin, avant de s’envoler pour l’Europe deux ans plus tard. L’Université gratuite de Berlin et l’Université Ludwig-Maxmillian de Munich lui ouvrent leurs portes. Li s’initie à la littérature allemande à la théorie dramatique. Acteur pour la télévision locale, il pose ses valises à Cologne pour étudier la réalisation à l’Académie des Arts de la Communication. Le tournage de Blind Shaft le ramène en Chine, dans les mines, à 700 mètres en-dessous du sol. Le scénario s’inspire du roman de Liu Qingbang, Le Puits, lui-même imprégné de faits divers atterrants (corruption, morts en cascade, conditions de travail misérables). Depuis, rideau noir sur la carrière en suspens de Li Yang. On espère le retrouver très vite.



BLIND SHAFT


Deux gueules noires et une tête d’ange. Li Yang oppose les pères indignes à une génération trébuchante. Les corps se monnaient, les appétits s’aiguisent. Film de contrebande, tourné dans la plus stricte illégalité, Blind Shaft dresse un constat amer des années mercantiles. Laissés-pour-compte d’un système défaillant, Song et Tang exploitent sans remords leurs employeurs, singent les victimes à leur guise.


Les journées défilent à l’identique, les pitres assassins entonnent à l’unisson la même devise: "La faim justifie les moyens". Mis en scène avec une maîtrise bluffante, Blind Shaft s’interdit toute remontrance et tout apitoiement. L’horreur frise l’ordinaire. L’amour est feint, les intérêts prévalent sur les sentiments. Limpide, intelligemment scandé, le scénario n’épargne aucune classe sociale, à commencer par la plus démunie.



 
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