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LE VOYAGE EN ARMENIE
Que le plus classique des cinéastes modernes prenne si bien le pouls du contemporain, voilà qui ne lasse pas de surprendre. Echappé de l'Estaque après en avoir tout dit — Mon père est ingénieur en dressait le bilan sous la forme, excusez du peu, d'un chef-d'œuvre — Guédiguian vient grossir les rangs des cinéastes en voyage, dont les carnets filmés émaillent d'éclats bruts ce premier semestre 2006.
Citons deux étapes préliminaires, avant l'Arménie. Oliva Oliva, tout d'abord, remarquable livret de bord d'un cinéma désargenté et itinérant, assemblage synesthésique à peu de frais et touchant à la grande forme documentaire. Peter Hoffmann ramenait d'une virée apicultrice dans l'Estramadure espagnole des fragments de vie pris à la volée: super 8, photographies noir&blanc ou couleur, pièces de puzzles sonores captées au magnétophone…
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LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS
L’entrée se fait à pas feutrés. Sobre écran noir, silence solennel, souffle court. Guédiguian semble nous prévenir: on entrerait sur le territoire du sacré, sinon de l’intouchable. Et, de fait, l’ouverture est grandiose. Sis en maître en son hélicoptère présidentiel, François Mitterrand, auguste, contemple, presque suffisant, sa France défiler sous lui. En quasi-Roi, l’homme noie son entourage sous les citations, teste son auditoire (un "Bravo!" altier à qui reconnaîtra la Cathédrale de Chartres), et surtout s’écoute parler.
Lorsque le monstre sacré descend du monstre de fer, son médecin personnel conclut: "Cet homme est un mystère…". Fin de la première séquence et, déjà, nous voilà déboussolés. Où va Guédiguian? Pas de réponse immédiate à cette question et, sans doute, beaucoup de frustration en vue. Les réguliers du cinéaste aux rouges grillons seront sans doute les premiers touchés: l’Estaque a cédé sa place à Paris, la mer ensoleillée aux paysages gris, la bonhomie à une certaine raideur. Même les hommes qui peuplent l’écran ont changé; la bande à Robert s’est éclipsée.

ROBERT GUEDIGUIAN
Idéaliste, naïf, désabusé, pas dupe. La formule journaliste semble aisée et pourtant, difficile de la démentir: Robert Guédiguian ressemble à ce qu'il filme. Utopiste social, communiste de cœur, marxiste du rêve égalitaire davantage que du parti unique et de la dictature prolétarienne, le cinéaste de l'Estaque a fait de son art cinématographique une véritable doctrine. Retour sur une filmographie autophage et bigarrée. Surtout rouge, à vrai dire.
Début de carrière, après la participation au scénario du Fernand de René Féret, et déjà film de bande. D'emblée, Guédiguian plante sa caméra à l'Estaque, son petit théâtre mouvant, et fait défiler devant elle des visages appelés à devenir familiers. C'est également la première collaboration avec Frank Le Wita, qui croisera à nouveau sa route pour Rouge Midi, et qui sera surtout à l'origine du projet Le Promeneur du Champ de Mars.
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MON PERE EST INGENIEUR
Il y a cinq ans, arpentant les berges ensoleillées et géométriques de l’Estaque, alors qu’il se livrait au délicat exercice de revenir sur sa carrière à l’occasion de la sortie d’un inépuisable coffret DVD, c’est avec sincérité que Robert Guédiguian s’était ouvert à son intervieweur: "Du point de vue du rêve, je suis toujours communiste.". Le poignant Dieu vomit les tièdes en tête, le cinéaste retraçait les grandes lignes du projet politique guidant son art: "Qu’est-ce que la foi? Comment fait-on quand on perd la foi? Comment devient-on fou à force de ne pas vouloir perdre la foi?".
Près de quinze ans après son faux remake du naufrage commercial Ki lo sa?, Guédiguian en revient au même point: celui de "la fin du rêve communiste", brandi comme une religion et exagéré par la fiction. Nuançons cependant: aux mêmes causes ne succèdent pas les mêmes effets. Cinéaste de bande (Daroussin, Ascaride, Meylan et les autres sont toujours là), à la filmographie absolument cohérente (de la liberté documentaire de Dernier Eté au symbolisme tragédien de Marie-Jo et ses deux amours), Guédiguian ne tourne pourtant pas en rond.

MARIE-JO ET SES DEUX AMOURS
Après le très noir La Ville est tranquille, Robert Guédiguian, le cinéaste de l'Estaque abandonne la politique pour s'intéresser à l'intime sans oublier bien sûr de filmer Marseille comme plus personne n'ose le faire. Marie-Jo et ses deux amours pourrait n'être qu'un drame romantique de plus avec son scénario de vaudeville éventé, une femme, son mari à la
maison et son amant dans le placard sans le talent de l'auteur de Marius et Jeannette, cinéaste du regard, capable de magnifier les rapports humains, de sublimer la vie de gens simples pour toucher la part d'humanité qui est en nous.
Marie-Jo est une femme modèle, presque une "icône" populaire, militante et aimante, compréhensive et humaine. Son seul pêché, sa malédiction: aimer deux hommes. Intensément, éperdument, à la folie.
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