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JIA ZHANG KE


Le chouchou de la critique française. Consacré par le Lion d’Or du Festival de Berlin en 2006, Jia Zhang Ke est le cinéaste chinois de la sixième génération le plus connu à l’Occident. Dès son premier film, Xiao Wu, artisan pickpoket (1997), il impose un style très personnel entre captation du réel et envolées expérimentales. Platform, sélectionné à la Mostra de Venise en 2000, ancre également son cinéma dans la réalité politique et sociale d’une Chine en pleine mutation économique, thème qu’il approfondit dans Plaisirs inconnus, en compétition officielle au Festival de Cannes en 2002, et The World (2004). En 2006, il met en chantier un diptyque centré sur la construction du gigantesque barrage des trois gorges sur le fleuve du Yangzi Jiang et ses conséquences sur les populations autochtones.

Still Life, œuvre de fiction, reçoit le Lion d’Or tandis que Dong reçoit le Grand Prix de la section documentaire. Artiste touche à tout, il a étudié la peinture à l’Ecole des beaux-arts de Taiyuan et publié de nombreux romans avant d’entrer à l’Académie du film de Pékin. Chef de file du mouvement underground, il a pour chef opérateur le réalisateur Yu Lik-wai (Love Will Tear Us Apart). Boulimique, Jia Zhang Ke travaille déjà sur un nouveau projet, l’adaptation d’un roman de Su Tong, The Age of Tattoo, sur la révolution culturelle. La belle Zhao Tao, muse du cinéaste, donnera la réplique à l’acteur taiwanais Jay Chou (La Cité interdite).



STILL LIFE


Des ouvriers en démolition discutent après une journée harassante de labeur. Travailleurs migrateurs de la Chine d’aujourd’hui, ils n’ont que les dessins sur les billets de Yuans pour se rappeler d’où ils viennent, discuter de lendemains qui chantent et imaginer une vie meilleure. Plus tard, le héros, San Ming – sorte d’Olivier Gourmet chinois renfrogné mais incroyablement opiniâtre dans son combat pour retrouver sa femme et sa fille – confrontera l’imagerie du pouvoir à la réalité géographique.

Le régime autoritaire de Pékin, dans toute sa démesure à transformer la nature au gré des envies, est passée par là et le spectacle des Trois Gorges, paysage ancestral de l’Empire du Milieu, a été bouleversé par la main de l’homme. Jia Zhang Ke ne s’intéresse pas à la dimension économique et écologique du gigantesque chantier mais aux petites gens de la région de Hubei, esclaves de la volonté du pouvoir autoritaire en place.



THE WORLD


Avec The World, tout est déjà dans le titre: le monde de Jia Zhang-Ke, c'est la globalisation à deux vitesses, l'aliénation des nouveaux riches, la situation de la Chine d'aujourd'hui avec des individus perdus dans le tourbillon de la modernisation trop rapide. Le quatrième long métrage du cinéaste indépendant, culte même, se situe justement dans le World Park de la capitale – parc d'attractions mondaines dont le slogan est "Visitez le monde sans jamais quitter Pékin" –, un décor de rêve en carton pâte.

Les images de son fidèle collaborateur Yu Lik-wai sont à la hauteur de ce site cosmopolite et artificiel car filmées, cadrées et montées par un réalisateur visiblement fasciné par ce lieu unique. Fidèle à lui-même, Jia raconte des petites histoires entre petites gens qui essaient de trouver leur place dans le monde. On y retrouve la séduisante Zhao Tao en danseuse cherchant un pansement dans les coulisses, son petit copain gardien de sécurité Taisheng qui lui refuse la sécurité amoureuse, une Russe à l'écart de la troupe, des femmes harcelées par des hommes...



 
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