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JE SUIS UN CYBORG


Trêve de coups de marteau dans la face, de tendons d’Achille tranchés, de dents arrachées à la barbare, d’enfants torturés et de ciel en colère, messieurs dames vengeance sont rangés des voitures. Lady Vengeance constituait ainsi le chapitre final de la trilogie vengeresse de l’explosif Park Chan-wook, entamée par le noir c’est noir Sympathy for Mr Vengeance et prolongée par le dingo Old Boy, privé pour un cheveu de la Palme d’or il y a trois ans.


Place à l’amour, la romance et ses vertes prairies avec Je suis un cyborg, qui sonne comme un nouveau départ salutaire pour un auteur dont les derniers enfants (Lady… donc mais aussi le court Coupez!) sentaient la redite et la panne d’inspiration.



LADY VENGEANCE


Amère déception que cette Lady Vengeance. Alors que JSA, Sympathy for Mr Vengeance ou Old Boy avaient construit le tremplin ambré d’un esthète explosif, casse-cou lyrique et plaisantin torturé, son nouveau film ne suit que les vilaines traces de son court métrage ridicule de l’anthologie 3 extrêmes.


Totale esbroufe et panne d’inspiration. Lady Vengeance rabâche ses figures, dans une narration asphyxiée par la mise en scène surchargée du Coréen. Le réalisateur est ainsi présent à chaque plan – mais dans le mauvais sens. La star, c’est lui, pas cette histoire qui passe au second plan et dont le montage s’avère souvent confus. Là où la minutie formelle de Sympathy… illustrait l’absurdité tragique du propos social, là où le clinquant de Old Boy nourrissait la cinégénie d’un manga jeté rageusement à l’écran, Lady Vengeance s’agite pour rien.



OLD BOY


Avec Joint Security Area et surtout Sympathy for Mr Vengeance, Park Chan-wook avait imposé sa griffe, faite de coups de poing picturaux et de noirceur poétique. Old Boy s’inscrit dans cette même veine, et plus directement dans celle de Sympathy, premier volume d’une trilogie sur la vengeance. Mais au-delà des images choc, il y a aussi des lettres. Old Boy, très librement adapté d’un manga japonais, doit autant à Sophocle qu’à Kafka.


Au premier, il emprunte les rouages de tragédie grecque, les figures, les enjeux et l’ampleur dramatique. Oh Dae-soo (interprété par un fabuleux Choi Min-sik) prend le relais de Song Kang-ho dans la peau du héros tragique, et bouscule l’ordre sacré pour se confronter à son Dieu haut perché, au sommet de la métropole. Le décor du théâtre hellène et coréen est constitué de transgressions sexuelles, de destins scellés dans un paquet cadeau où le fatum est entouré d’un beau ruban pourpre, ou encore d’une confrontation entre deux hommes qui se détruisent comme il s’opposent, se haïssent comme ils se ressemblent.



SYMPATHY FOR MR VENGEANCE


Imposé par son avant-dernier film, Joint Security Area, qui fut un triomphe dans son pays, le réalisateur Park Chan-Wook est l'une des valeurs montantes du cinéma coréen. Il revient avec une oeuvre en forme de coup de poing, maniant habilement l'art du trompe-l’œil. Un titre en faux-ami tout d'abord, la "sympathy" en question signifiant "compassion", revenant à l'essence du terme qui évoque l'accompagnement dans la souffrance.


Deuxième trompe-l’œil: la compassion est absente de Sympathy for Mr Vengeance. L'expérience est jusqu’au-boutiste dans la noirceur désespérée car Park Chan-Wook se refuse à concéder toute plage de soulagement pour le spectateur. Troisième faux semblant: alors que le film part sur des bases de confrontation sociale entre le couple Ryu / Young-Mi et Dongjin, le but essentiel est ailleurs.



 
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