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ISAO TAKAHATA


Homme de lettres et mélomane, Isao Takahata est indissociable du succès du studio Ghibli. Producteur de Nausicaä de la vallée du vent et du Château dans le ciel, réalisateur des éblouissants Tombeau des lucioles et Mes Voisins les Yamada, Takahata a construit au fil du temps une œuvre cohérente et exigeante.


Ses carnets de voyage interrogent les mœurs d'une société écartelée entre un passé tumultueux et un avenir tâtonnant. Son approche de l’animation, emprunt d’un naturalisme saisissant, se distingue de celui de Miyazaki, chantre du lyrisme fantastique. L’identité de Ghibli repose toute entière sur ces deux personnalités complémentaires. Deux têtes brûlées qui ont brillamment dépoussiéré une industrie moribonde.



KIE LA PETITE PESTE


Film d'animation sorti au Japon en 1981 et toujours inédit en France, Kié la petite peste contient déjà le grand thème de prédilection d'Isao Takahata, l'autre génie du studio Ghibli. L'auteur de Mes Voisins les Yamada croque avec tendresse la vie quotidienne mais tumultueuse d'une petite fille au caractère bien trempé, une gosse d'Osaka, lointaine cousine de l'héroïne d'Omohide Poroporo (Souvenirs goutte à goutte) et demi-sœur des enfants du Tombeau des lucioles.


Réalisée en quatre mois et demi, cette adaptation d'un manga de 69 volumes de la fin des années 70 proposée par Yasuo Ôtsuka (l'un des fidèles collaborateurs du duo Takahata-Miyazaki) est l'acte fondateur d'une carrière d'auteur au sens noble du terme: l'exposition de préoccupations artistiques qu'Isao Takahata développera ultérieurement dans des projets aux dimensions financières plus importantes.



LE TOMBEAU DES LUCIOLES


Passé plutôt inaperçu lors de sa sortie en France en 1996, Le Tombeau des lucioles est pourtant un authentique chef d'oeuvre, le récit à la fois sublime et horrible d'une enfance sacrifiée. Suscitant un malaise palpable, les premiers instants du film annoncent la couleur: "la nuit du 21 septembre 1945, je suis mort".


Ce sont les mots de Seita, 14 ans, s'éteignant dans une cruelle indifférence. Le reste du film sera raconté en flash back, écartant tout malsain suspens: le récit sera douloureux, réaliste, sans concession. Parfois insoutenable, la dureté du Tombeau des lucioles n'a d'égale que sa poésie, permettant ainsi quelques respirations dans un cadre de désolation assez étouffant.



OMOHIDE POROPORO


Citadine introvertie et solitaire, Taeko part se ressourcer dans un décor champêtre. C’est l’été. A bord du train qui l’éloigne de Tokyo et de ses tours uniformes, elle se souvient… Le goût acidulé de l’ananas, le sac à main convoité de sa sœur, les mauvaises notes d’algèbre… Goutte à goutte, Isao Takahata égrène les souvenirs de jeunesse de Taeko.


Qu’ils soient aigres ou sucrés, tendres ou humiliants. Familier des portraits de groupe, Takahata cerne les soubresauts de la cellule familiale, ausculte avec douceur et maestria ses heurts et ses blessures. La famille dysfonctionnelle de Kié, la petite peste, les parents fripons de Mes Voisins les Yamada, les hôtes méprisants du Tombeau des lucioles ou la communauté affolée des tanuki de Pompoko: tout n’est qu’affaire de dérives affectives, de clans antagonistes, de disputes inconséquentes ou de non-dits lourds à porter.



 
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