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ELEPHANT
Ciel de traîne sur le crâne de Marion Crane. Les cieux finissent par se déchaîner sur sa miséricorde alors que
les nuages étaient plutôt cléments dans My Own Private Idaho, laissant percer un soleil qui éclaire une maison
fantasmée. Les personnages de Gus Van Sant semblent vivre dans le même monde, sous une même voûte céleste aux humeurs
changeantes comme les affaires auxquelles ils se heurtent.
Non-événement dans Elephant: l’azur est paisible, et le jour se lève comme mille autres. L’éther ne révèle encore
rien de ce qui se trame, ou plutôt tout de ce qui va arriver: le quotidien insoupçonnable n’a pas encore laissé
apparaître ses nuages menaçants.
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GUS VAN SANT
Enfant de la culture pop et intello expressionniste, Gus Van Sant a souvent eu le don de
surprendre durant sa carrière. De l'indé pur jus au classicisme à
Oscars en passant par le remake blasphématoire, gros plan sur un metteur en scène libre.
1998: Psycho, remake de la Bible de Sir Hitchcock réalisé par Gus Van Sant, sort en salles aux Etats-Unis.
Le film rentrera dans ses frais, mais l'accueil sera exécrable. Les interrogations fusent, où est donc passé
l'espoir du cinéma indépendant US, déjà quelque peu absorbé par les studios pour qui il filme un sage Will
Hunting croulant sous les nominations aux Oscars?
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ELEPHANT - LA BO
es grands cinéastes se reconnaissent souvent à leur capacité à s’approprier un thème musical mondialement
connu, à l’associer à leurs images et à l’imprimer dans l’inconscient collectif. Impossible d’oublier les
plans spatiaux de 2001, l’odysée de l’espace de Stanley Kubrick, quand résonnent les premières notes
d’Ainsi parlait Zarathoustra ou du Beau Danube bleu, de ne pas visionner mentalement les
longs travellings de Luchino Visconti dans Mort à Venise à l’écoute de la Symphonie n°5 de
Mahler, ou de ne pas guetter fébrilement l’arrivée des hélicoptères vindicatifs à l’ouverture de La
Chevauchée des Walkyries.
Gus Van Sant réussit ce tour de force avec Elephant. Désormais, on ne
pourra plus écouter La Lettre à Elise de Beethoven sans songer aux héros tragiques du film. A
l’écriture, le cinéaste n’a pas encore l’idée d’utiliser la musique du compositeur allemand en
contrepoint mélancolique à ses sublimes plans séquences. Le hasard fit bien les choses.
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GERRY
Une voiture roule lentement accompagnée du piano mélancolique d’Arvo Pärt et d’un soleil omniprésent qui berce
l’image d’un halo de lumière. Ainsi débute Gerry, la nouvelle merveille signée
Gus Van Sant, une heure et demie d’une expérience contemplative unique.
Né d’un voyage en Argentine avec deux acteurs, Matt Damon et Casey Affleck également co-scénaristes du film,
Gerry prend à contre-courant la pensée actuellement en cours à Hollywood. Ici, pas de narration implacable,
pas de psychologie appuyée, pas ou peu de dialogues: tout passe par le visuel, les sensations, les non-dits, les
silences.
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LE POST-CINÉMA
Le 22 mai 2002, Demonlover d'Olivier Assayas subit les foudres de la critique cannoise. On reproche au
cinéaste français d'avoir négligé son scénario, d'embrouiller volontairement les pistes pour masquer l'absence
de réflexion. Le réalisateur des Destinées sentimentales ajoute pourtant sa pierre à l'édifice d'un
nouveau courant cinématographique. Il signe brillamment son entrée dans un cercle de cinéastes abandonnant toute
mécanique narrative pour créer un art d'épure et d'essence, cherchant à provoquer l'extase du spectateur.
Un
post-cinéma comme il existe un post-rock, un cinéma né après le règne du récit structuré et résumé par
une formule lapidaire: "Pour réussir un film, il faut avant tout une bonne histoire". Pour retrouver
l'origine de ce cinéma contemplatif et sensitif, on peut citer des œuvres comme Vertigo d'Alfred Hitchcock,
des cinéastes avant-gardistes comme Michelangelo Antonioni, Pietr Paolo Pasolini ou Andreï Tarkovski, voire
même le cinéma muet expressionniste des années 20.
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