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DONT COME KNOCKIN'


Caravane perdue au milieu du désert, notes écorchées de T-Bone Burnett, Wim Wenders se rappelle à notre bon souvenir. Après huit années d’absence sur la Croisette émaillées d’œuvres principalement musicales, le réalisateur allemand revient tout en douceur, du blues plein les poches. Egalement de retour dans sa valise, Sam Shepard, vingt-et-un ans après l’aventure Paris, Texas. Peu étonnant dès lors de trouver d’étranges similitudes entre les deux œuvres.

Fuite, paternité troublée, réapprentissage de la vie sur fond de road-trip planant. Mais le parallèle s’arrêtera là. Si Don’t come knocking fait inévitablement penser à son ancêtre, il s’en détache, fier de ses racines, mais bien décidé à tailler sa propre route. La femme jadis boîte de Pandore devient le fil d’Ariane d’un labyrinthe en ligne droite. Du décor fordien de Moab aux immeubles fantômes de Butte via Elko dans le Nevada, le tracé qu’emprunte Howard attaque le temps à rebrousse-poil, revisitant conjointement son passé de cow-boy et la mythologie de cet Ouest américain.



WIM WENDERS


Wim Wenders est un enfant de l’Amérique. Il est tombé dans ses bandes dessinées quand il était petit et plus tard s’est laissé emporter par les élans de son rock'n'roll. Cette fascination se lit dans ses films tout comme son amour des couleurs, lui qui se dit "peintre raté". Entre commandes et films personnels, il a tracé un itinéraire exigeant et fidèle, s’entourant régulièrement des mêmes visages et autres thèmes récurrents. Après les glorieuses années 80, il a connu une période plus inégale pour finalement retoucher au somptueux avec sa nouvelle production.


Wim Wenders est né à l’approche de la fin de la Seconde Guerre Mondiale à Düsseldorf en Allemagne. Après avoir commencé des études de médecine puis de philosophie, il part un an à Paris pour s’essayer à la peinture et à la gravure. A sa chambre de bonne glacée, il préfère les fauteuils de la cinémathèque, où il verra plus de mille films et se familiarisera ainsi avec l’histoire du cinéma.



SAM SHEPARD


En trente-cinq ans de carrière au cinéma Sam Shepard s’est fait l’homme des seconds plans, celui dont on connaît le visage, charismatique, parfait, mais dont le nom nous échappe. Auteur dramatique installé à Greenwich Village dans les années soixante, chef de file incontesté des auteurs iconoclastes du Off-off Broadway, ce sera tout naturellement en tant que scénariste que Shepard fera ses débuts dans le milieu du cinéma.


En 1969 il co-écrit le scénario de Me and My Brother de Robert Frank et se retrouve l’année suivante aux côtés de Michelangelo Antonioni pour l’écriture de Zabrieskie Point. Fuites, errances dans les déserts du grand ouest américain, les thématiques déjà présentes dans ses pièces infiltrent ses scénarios. En 1978 Shepard prête sa plume à son ami Bob Dylan pour le film fleuve Ronaldo et Clara dans lequel il joue quelques scènes. Le projet tape dans l’œil de Wim Wenders qui se renseigne alors sur les différents travaux de l’auteur. La même année Sam Shepard vole la vedette à Richard Gere dans Les Moissons du ciel de Terrence Malick puis enchaîne quelques rôles anecdotiques avant d’incarner Chuck the fastest man in the world Yeager dans L’Etoffe des héros (1983) qui lui vaudra une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle. Si pendant cette période sa production de scénario s’est quelque peu ralentie, il revient sur le devant de la scène en 1984 grâce au projet de Wim Wenders, Paris, Texas. Palme d’or en poche les deux hommes rêvent d’une nouvelle collaboration, mais préfèrent ne pas précipiter les choses de peur de gâcher leur plaisir. Chacun part de son côté, Sam a de nombreux projets. Il adapte sa propre pièce Fool for love pour Robert Altman et écope du premier rôle, enchaîne les comédies romantiques "adultes" Crimes du cœur et Baby Boom, et passe à la réalisation avec le drame Far North. Ses apparitions à l’écran se succèdent dans des productions inégales et il laisse une fois de plus de côté son activité de scénariste. Il n’y reviendra qu’en 1994 pour signer le western Le Gardien des esprits. Devant le peu de succès du film, il décide de lever le pied (n’acceptant plus que de minuscules rôles au cinéma ou des téléfilms et laissant à d’autres le soin d’adapter ses pièces) pour se consacrer à l’écriture et la mise en scène. Ainsi il sera nommé à l’Emmy de la meilleure pièce en 1996 pour Buried Child (qui lui avait déjà valu un prix Pulitzer lors de sa parution en 1979) et en 2000 pour True West. En 2003, Shepard décide de retrouver Wenders. Deux ans plus tard, Don’t come knocking marque le vrai retour du scénariste-acteur sur le devant de la scène cinématographique.



PARIS, TEXAS


Paris, Texas ne s’est pas toujours appelé ainsi. La première version du scénario sera écrite par Wim Wenders, qui s’est laissé inspirer par le recueil de nouvelles de Sam Shepard, Motel Chronicles. Ce sera également le premier titre de ce qui n’est alors qu’un projet. Seulement Wim Wenders et Sam Shepard, à qui il fait lire ce premier travail, ne sont pas satisfaits du résultat. Ils décident alors de réécrire l’histoire à quatre mains.

Ce sera Transfixed, ou l’histoire de Travis, qui sort du désert pour rentrer illégalement dans son propre pays. Un homme perdu, sans papiers, mais avec un but. Wenders décide de commencer à tourner alors que seule la première moitié du scénario est écrite, se disant que la suite se laisserait mieux écrire avec un début d’images. Entre temps, Sam Shepard est pris par sa carrière d’acteur et Wim Wenders se retrouve avec une moitié de film mais sans son co-auteur.



FESTIVAL DE CANNES 2005


Bon ou mauvais cru? Laissons le temps à l'Histoire du cinéma pour juger de la qualité de ce 58e Festival de Cannes, riche en grands noms mais pauvre en intensité médiatique. Pas de scandale ou presque, pas ou peu de révélations. On a davantage glosé sur le sein dénudé de Sophie Marceau que sur certains films de la compétition.


La projection le premier dimanche de la quinzaine de La Revanche des Sith de George Lucas a notamment étouffé dans l'œuf ce qui devait être le choc de la Croisette: le second long métrage de Carlos Reygadas, Battle in Heaven. Lemming de Dominik Moll avait en quelque sorte lancé idéalement les hostilités, la rigueur à défaut du glamour. Certains grands auteurs n'ont pas signé leurs meilleurs films, d'autres seront malheureusement ignorés à l'heure du palmarès.



 
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