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DEMONLOVER
Copieusement sifflé à Cannes, Demonlover n’en demeure pas moins un ovni filmique beau et trouble,
dont l’impact visuel prend vite le pas sur le récit d’espionnage. L’accroche rusée appartient aux nombreux
trompe-l’œil du film; Demonlover s’inspire du cinéma de genre pour mieux le désosser et faire tourner
la tête à ses détracteurs. Résolument moderne, la dernière œuvre d’Olivier Assayas se désolidarise de ses
aînés.
Après Les Destinées sentimentales et son immersion inattendue dans la fresque en costumes, le cinéaste
s’empare de nouveaux thèmes dans l’air du temps: l’angoisse high-tech et la violence sourde des milieux d’affaire,
relevés par un soupçon d’érotisme virtuel. Entrepreneurs véreux, espionnes et secrétaires hypnotisent leurs proies
dans un monde clinquant, bavard et obscène. Partout, les mêmes signes extérieurs de richesse: première classe,
limousines, hôtels de luxe, casting tiré à quatre épingles. L’appât du gain et la fièvre consommatrice installent
un sentiment d’urgence.
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LE POST-CINÉMA
Le 22 mai 2002, Demonlover d'Olivier Assayas subit les foudres de la critique cannoise. On reproche au
cinéaste français d'avoir négligé son scénario, d'embrouiller volontairement les pistes pour masquer l'absence
de réflexion. Le réalisateur des Destinées sentimentales ajoute pourtant sa pierre à l'édifice d'un
nouveau courant cinématographique. Il signe brillamment son entrée dans un cercle de cinéastes abandonnant toute
mécanique narrative pour créer un art d'épure et d'essence, cherchant à provoquer l'extase du spectateur. Un
post-cinéma comme il existe un post-rock, un cinéma né après le règne du récit structuré et résumé par
une formule lapidaire: "Pour réussir un film, il faut avant tout une bonne histoire".
l'origine de ce cinéma contemplatif et sensitif, on peut citer des œuvres comme Vertigo d'Alfred Hitchcock,
des cinéastes avant-gardistes comme Michelangelo Antonioni, Pietr Paolo Pasolini ou Andreï Tarkovski, voire
même le cinéma muet expressionniste des années 20. Néanmoins, ils ne constituent pas un courant, simplement
de magnifiques professions de foi en la toute-puissance du cinéma.
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OLIVIER ASSAYAS
Mal aimée, décriée, la critique cinéma soulève encore des réflexes hostiles. Elle a pourtant servi de tribune
à nombre de personnalités en verve passées de la plume à la caméra. Godard, Rohmer, Truffaut, Chabrol et plus
récemment, Pascal Bonitzer, Christophe Gans ou Olivier Assayas; tous ont essuyé les feux de la "critique
aisée" pour se frotter à l’"art difficile" et mettre en pratique leurs idées défendues sur
papier.
Diplômé des Beaux-Arts, peintre à ses heures, scénariste méticuleux, Olivier Assayas cultive l’image d’un metteur
en scène discret, attentif aux acteurs et aux circonvolutions du temps. Un écrivain et un plasticien, s’aidant de
la pellicule comme toile expérimentale.
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