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NUE PROPRIETE
Grand prix du jury au Festival d'Angers, Ça rend heureux, deuxième long métrage de Joachim Lafosse, révélait ce qu'on supposait être un cinéaste du dialogue. Ode au cinéma désargenté et au bricolage, le film était porté par un humour mordant et sans pitié, dont l'acerbe pertinence parvenait à faire oublier les carences de mise en scène.
L'image numérique y agitait en effet un cadre jamais stable et privilégiait les plans-séquences en gros plan, au détriment, parfois, de la lisibilité de l'action. Si la finesse d'écriture et l'énergie des acteurs emportaient le morceau, on n'eût pas juré qu'on tenait en Lafosse un formaliste acharné, dont on eût plutôt souhaité qu'il se décidât parfois à autoriser sa caméra à se reposer sur son pied.

JOAQUIM LAFOSSE ET LOUIS HELIOT
Le 6 février dernier, à la salle de la Fondation gan pour le cinéma, était projeté, afin de célébrer son tout frais Grand prix du jury du Festival d'Angers, le film belge inédit en France Ça rend heureux. FilmDeCulte était présent et en a profité pour interroger, face caméra, le réalisateur Joachim Lafosse et son interlocuteur privilégié en France, Louis Héliot du Centre Wallonie-Bruxelles.

FREDERIC SOJCHER
Historien du cinéma, critique, professeur au Master Pro de la Sorbonne, cinéaste… Frédéric Sojcher cumule les casquettes de cinéphile. FilmDeCulte lui a demandé de toutes les revêtir pour nous éclairer, comme Alain Lorfèvre, Louis Héliot et Joachim Lafosse avant lui, sur l’état du jeune cinéma Belge.
Frédéric Sojcher - Il est toujours difficile de se présenter soi-même. Mais puisque vous me le demandez, je me présenterais volontiers comme un passionné de cinéma. J'aime toujours découvrir des films (au moins un par jour). J'aime coordonner des ateliers de réalisation à la Sorbonne (en me souciant de préserver la cohérence de l'univers des étudiants).

ALAIN LORFEVRE
Critique cinéma au sein du quotidien Belge La Libre Belgique, Alain Lorfèvre, se livre, comme Frédéric Sojcher, Louis Héliot et Joachim Lafosse, au petit jeu de l'interview avec FilmDeCulte. Et nous livre, à son tour, son point de vue sur l'état du jeune cinéma Belge.
Alain Lorfèvre - J'ai 37 ans. Je suis journaliste cinéma au quotidien La Libre Belgique. J'ai également siégé au sein de la Commission de sélection du film de la Communauté française de Belgique (ouf!), l'équivalent du CNC français pour la partie francophone de la Belgique.

CALVAIRE
Calvaire, en dépit de ses innombrables et évidentes qualités, aurait pu souffrir d’un mal bien français: être pris en étau entre la recherche de l’originalité à tout prix (au point d’aboutir à l’absolu n’importe quoi d'un Bloody Mallory) et une volonté évidente et nécessaire de retoucher le genre depuis ses propres fondations (les sympathiques mais peu originaux Haute Tension et Nid de guêpes) - deux raisons pour lesquelles le cinéma de genre en France piétine
En un sens, Calvaire est en même temps la confirmation et l’exception de la seconde règle. Confirmation car le film n’apporte strictement rien qui n’ait été vu auparavant dans les classiques du cinéma d’horreur américain. Exception car en reprenant la trame originale de ces classiques, en les réadaptant à la sauce franco-belge, en poussant leurs archétypes à leur paroxysme, le film parvient largement à trouver ses marques.

L'ICEBERG
À quoi doit-on qu’on se méfie toujours du retour du burlesque? À sa disparition brutale du champ du cinéma parlant? À ses accents théâtraux? À sa récupération télévisuelle? Aux "cons de mimes" de La Cité de la peur? À Roberto Benigni? L’horreur comique, sa démesure à hauteur de clown, n’a en tout cas, en l’état, plus grand-chose de moderne.
Et ce n’est pas la moindre des qualités de L’Iceberg que d’oser malgré tout s’y jeter corps et biens, premier degré, méticuleux. Une heure trente de grimaces savantes et de désarticulations millimétrées… La bonne surprise c’est que cette minutie de la torture bouffonne, de la chute clownesque et des gaffes au cordeau fonctionne ici à plein, sur un mode actuel, à la croisée de Tati et Keaton, mais à sa manière propre: à l’économie de mots, mais pas non plus muet, à la rigueur comique, mais pas au mécanique, à l’engrenage de gags, mais pas Vidéo Gag.
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