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BROKEN FLOWERS


D'un flegme et d'une douceur tragi-comiques, Broken Flowers remonte le cours d'une existence maussade, à la recherche de bluettes égarées et d'une paternité nébuleuse. Au chevet d'un Don Juan grisonnant, Belle au bois dormant caustique et heureuse de sa léthargie, Jim Jarmusch fait ressurgir, le temps d'un pincement de cœur, d’un baise-main furtif, des silhouettes rose bonbon et des intonations familières. Sharon Stone, Jessica Lange, Frances Conroy, Tilda Swinton et Julie Delpy redessinent à leur manière les lignes de vie indisciplinées de Don Johnston (Bill Murray).


Les retrouvailles tardives portent à la fois l'aura étincelante des actrices et l'emprunte bien connue du cinéaste. Road-movie à contresens, Broken Flowers porte en lui cette connivence enjouée. Les splendides fondus au noir, les saynètes dérisoires, les chassés-croisés galants et les traits d'humour salvateurs; l’entêtante mélodie jarmuschienne repart de plus belle, fidèle à sa signature flottante et sa discrétion de nature. Don part à la cueillette des bribes de sa vie sentimentale, à l'affût de la mauvaise herbe et des ronces qui ont poussé en son absence.



JIM JARMUSCH


Epopées nonchalantes, les films de Jim Jarmusch célèbrent les noces fécondes entre l’image et la poésie, la musique et les lettres. Epaulé par un impressionnant cortège de mythes contemporains (Nicholas Ray, Iggy Pop, Screamin’ Jay Hawkins, Joe Strummer…), Jarmusch n’a de cesse de sublimer les marginaux, les démunis et les recoins ignorés de la Grosse Pomme.


Ses personnages farceurs et indolents, pierrots de l’ordinaire, ont en commun une seule obsession. Fuir pour mieux dompter sa solitude. Qu’importe s’il s’agit d’un conte urbain ou d’une ultime traversée du Styx.



BILL MURRAY


Dégommeur de Bibendum, rescapé des marmottes et d'une infernale boucle temporelle, broyeur de stagiaires, Bill Murray n'a jamais cessé d'être à l'écran Bill Murray le grincheux blasé, casseur d'ambiance un brin toqué. Porc-épic dépressif, imperturbable bougon; toutes les occasions sont bonnes pour faire la gueule, et c'est bien cette gueule indolente, cette ironie pincée qui ont survécu à vingt ans de blizzard et de repêchages inespérés. Eloge d'un art discret mais terriblement émouvant.

Les décalages horaires et les failles temporelles n'ont plus de secret pour Bill Murray. Médiatisé un jour, assommé le lendemain, catalogué farceur ou pierrot subversif, l'acteur rame à contre-courant, hésite, trébuche, comme Bob Harris la star éteinte de Lost in Translation se laisse escorter par des nounous étrangères.



JULIE DELPY


Quelques heures avant que le soleil ne se couche, Julie Delpy, exilée depuis nombre d’années aux Etats-Unis, retrouve les pavés parisiens pour Before Sunset. Sans boussole ni port d’attache, la Française touche-à-tout a, en vingt ans de carrière, tracé son chemin entre les grands noms européens et le ciné indé loin d’Hollywood.

Quelques fées et sorciers se sont penchés sur le berceau de la jeune Julie Delpy, née le 21 décembre 1969 à Paris. D’abord ses parents, eux-mêmes comédiens, Albert Delpy et Julie Pillet (qui font tous les deux une apparition dans Before Sunset). Puis un marabout made in Switzerland en la personne de JLG, Jean-Luc Godard, qui la dirige (de loin) dans Détective puis dans King Lear. Dans le premier, elle n’est qu’une "jeune fille sage", tandis que dans le second, elle est une Virginia non créditée au générique.



DEAD MAN


Un voyage circulaire sans queue ni tête, à la fois opaque et étrangement charnel. Un voyage mystique et intense, à rebours des conventions du western, tournant le dos à un héroïsme sécurisant. Désarticulée, l’odyssée de William "Bill" Blake ne donne jamais l’impression d’aboutir. Le comptable ignorant de Cleveland est d’entrée un personnage inexistant, terrassé par de grands méchants loups aux cœurs vérolés. Les maux et les imbroglios s’enchevêtrent; Dead Man réverbère un maelström d’hallucinations et d’effets secondaires.


Les violentes chasses à l’homme broient les icônes et réduisent au silence les prières inquiètes. Les desseins contraires se cognent les uns aux autres. Au cœur de la tourmente, un guide satisfait fredonne les vers d’un prophète. William Blake survit. Mais pour combien de temps? Son identité est double (fonctionnaire esquinté ou poète des armes à feu?), sa vision embuée (les lunettes disparaissent).



COFFEE AND CIGARETTES


La table est réservée. Le menu pourrait tenir dans un mouchoir de poche, les convives semblent ignorer eux-mêmes la raison de leur venue. L’intitulé ne ment pas. Dans Coffee and Cigarettes, il n’est question que de café et de cigarettes. Et de petites choses de-ci de-là, si dérisoires qu’elles en deviennent terriblement attractives.


Les tableaux émiettés vérifient très vite l’adage, l’appétit vient en mangeant. Plus les clients défilent, plus le cinéphile goinfre prend ses aises. S’il y a un sujet sur lequel tous les courts de Coffee and Cigarettes s’accordent, c’est bien l’addiction. Addiction à un plissement de front et à un timbre familiers, à une main pianotant élégamment sur un briquet et autant de postures glamour à mort, dont on ne souhaite plus se désintoxiquer.



BROKEN FLOWERS (la musique)


Dans Broken Flowers, Don Johnston (Bill Murray) voyage seul, toute la tristesse du monde dans les souliers. Derrière le volant, la route promet d’être longue. Pour dissiper la grisaille et soulager les bras ankylosés, son bienfaiteur (Jeffrey Wright) a trouvé la parade: une compilation trèfle à quatre feuilles, plus efficace qu’un sapin à la vanille. Don a un nouveau compagnon de fortune, le jazzman éthiopien Mulatu Astatke "bon pour les artères", et quelques invités triés sur le volet par le toujours très raffiné Jim Jarmusch. Don Juan rencontre Marvin Gaye, et les demoiselles ont droit à leur dédicace affectueuse, signée Holly Golightly.



FESTIVAL DE CANNES 2005


Après une édition 2004 marquée par un grand écart réussi entre paillettes et exigence artistique et la consécration du documentaire engagé de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, le 58e Festival de Cannes, qui se déroulera du 11 au 22 mai prochain, revient aux sources même de sa mission: présenter les films des auteurs les plus importants du cinéma contemporain.


La sélection officielle a des allures de palmarès de fin d'année, avec les derniers longs métrages de metteurs en scène multi-primés comme Lars Von Trier (Manderlay), Jim Jarmusch (Broken Flowers), David Cronenberg (A History of Violence), Gus Van Sant (Last Days), Atom Egoyan (Where the Truth Lies), Michael Haneke (Caché), Jean-Pierre et Luc Dardenne (L'Enfant), Amos Gitaï (Free Zone) ou encore Hou Hsiao-Hsien (Three Times).



 
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