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CONFERENCE DE PRESSE LE PRESTIGE
Une rencontre avec les artistes derrière un film permet toujours de nous éclairer sur la réalité des archétypes liés aux réalisateurs et aux acteurs et c’est justement une agréable surprise que nous ont réservée Christopher Nolan, Hugh Jackman et Michael Caine lors de cette conférence de presse. Là où l’on pouvait imaginer un auteur renfermé, le metteur en scène s’est avoué certes posé mais non moins loquace et intéressant sur les questions qui lui étaient adressées. Quant aux deux acteurs, jamais ils ne tombent dans le piège de la promotion. Hugh Jackman, heureux d’être là, nous confie quelques sympathiques anecdotes tandis que Michael Caine, pas bougon pour un sou, égaie la séance par son recul d’ancien et ses blagues.
FilmDeCulte - Qu’est-ce qui rend Christopher Nolan différent des autres réalisateurs?
Hugh Jackman - Il est très gentil. Oui, il est gentil. Il communique.
Michael Caine - Il est silencieux. (rires)
Hugh Jackman - Il garde un profil bas.
Michael Caine - Il est très silencieux. Vous savez, tous les réalisateurs hurlent, hurlent tout le temps. Lui, il est silencieux, juste silencieux. (rires)
Hugh Jackman - Je pense que tous les acteurs savent qu’ils n’ont pas de réel pouvoir sur un film. C’est vraiment le réalisateur et le monteur… On veut participer donc il faut qu’il y ait une certaine confiance et avec Chris, on se sent toujours entre bonnes mains, on sait que l’on va être créatif et que l’on sera bien traités. Enfin des fois, il vous tape aussi. Il vous donne des coups (rires).
Michael Caine - Il est également scénariste et parfois les scénaristes-réalisateurs ne vous laissent pas proposer des idées mais lui vous écoute.
FilmDeCulte - Hugh Jackman, comment aborde-t-on un personnage pareil? Est-ce qu’on l’approche scène par scène ou dans son ensemble?
Hugh Jackman - Jouer un magicien est très amusant parce que leur vie est voilée de mystère et le métier d’acteur consiste souvent à tomber amoureux de son personnage. Ce rôle m’a permis de jouer un personnage que je n’avais pas interprété jusqu’à présent. Le protagoniste s’enfonce peu à peu dans son obsession et le rôle devient de plus en plus sombre et c’était très intéressant à jouer. J’ai également tenu moi-même le journal que rédige mon personnage dans le film de manière à m’impliquer davantage dans le rôle.
FilmDeCulte - Christopher Nolan, vous abordez le thème du double à travers tout le film, un thème qu’affectionnait particulièrement Alfred Hitchcock. Comment ce concept hitchcokien s’est marié à ce que vous vouliez raconter avec ce film?
Christopher Nolan - J’essaie de ne pas être trop conscient de moi-même lorsque je sélectionne une imagerie pour un projet sur lequel je travaille. J’essaie de ne pas trop réfléchir en termes précis aux différents thèmes d’une histoire. Je pense que le concept de dualité et les différents aspects de la nature de quelqu’un sont assez clairement exposés par ce thème du double et c’est un thème que je trouve très cinématographique, dans cette manière de représenter visuellement les différents aspects d’une personnalité.
FilmDeCulte - Tous vos personnages, depuis Following jusqu’au Prestige, se définissent par une obsession…
Christopher Nolan - Je pense être attiré, autant en tant que réalisateur que de spectateur, par les films où il y a un point de vue intéressant. Ou plusieurs points de vue de plusieurs personnages et où cela devient extrême. Le concept d’obsession est plutôt clairement défini dans son extrémisme et c’est quelque chose qui m’attire. Je pense avoir un meilleur équilibre entre ma vie réelle et mon travail que les personnages du film mais je trouve toujours intéressant de pouvoir s’identifier aux tensions concernant les ambitions professionnelles de tels protagonistes.
FilmDeCulte - Dès la première scène du film, il nous est dit qu’on ne regarde pas où il faut. Or, si l’on regarde de près, on peut deviner assez aisément le secret du personnage de Christian Bale, davantage que celui de Hugh Jackman. Y a-t-il une manière spécifique à adopter lorsqu’on regarde ce film (ou tout autre film)?
Christopher Nolan - Je pense que l’utilisation du pronom "on" ici est déplacé dans la mesure où justement personne ne regarde le film de la même manière et même, en majorité, de la manière que vous décrivez. Mais on savait que certains membres du public le regarderaient ainsi. De près. Je voulais explorer cette idée selon laquelle ce que le regard du spectateur apporte au film définit en partie ce film. J’ai voulu embrasser cette idée. Parce qu’il aborde la magie, nous voulions que le spectateur puisse le regarder de près et nous avons toujours su que certains devineraient les secrets du film avec tout ce que nous avions semé comme indices. J’aime les films dont on sort avec l’envie d’en discuter avec d’autres. De plus, tant la magie que le cinéma appellent à un saut de foi. Ce sont des formes de divertissement qui reposent sur la volonté du public de se laisser avoir. On ne dit pas dans le film que vous regardez toujours au mauvais endroit mais qu’on entre dans la salle désireux de se laisser faire par sa tromperie, comme pour un tour de magie. On sait que c’est un tour. Cependant, en termes de langage cinématographique, nous avons voulu être honnêtes et ne pas tricher tout en manipulant la grammaire du cinéma de manière à tromper le spectateur, comme pour un tour de magie.
Michael Caine - Si on y pense, mon plus grand malheur reste de ne pas pouvoir le film pour la première fois, comme tout le monde. Parce que la première fois que j’ai vu le film fini, je savais déjà qui avait fait le coup… c’était le majordome (rires). Lors de la première à Los Angeles, je regardais le public, pour voir leur réaction, pour voir qui voyait quoi. Et c’est également un film que l’on peut voir plusieurs fois et on le regarde différemment par la suite.
Hugh Jackman - Moi je suis très crédule. Et j’aime être crédule. Parce que même en voyant ce film pour la première fois, alors que j’avais joué dedans, j’étais là, "aaaah mais bien sûûûr!" (rires). Je pensais même y retourner parce que Chris avait mis tout un tas d’indices, en plus de ce qui était dans le scénario, qui m’ont vraiment excité. Je pense que toute forme d’art ne marche que si cela vous touche, vous parle. Et Chris parvient à faire ce genre de films avec assez d’émotion pour que cela vous touche et on ne peut être touché par l’art que si on accepte un peu de se laisser faire.
FilmDeCulte - Avez vous tourné le film dans l’ordre chronologique et les acteurs avaient-ils tous les éléments en main ou leur avez-vous caché des choses?
Christopher Nolan - Tous les films doivent être tournés dans un ordre illogique, dépendant de tout un tas de facteurs, de la construction des décors à l’emploi du temps des acteurs. C’est donc le travail de tout un chacun de réussir à faire en sorte que le résultat final soit logique. Pour les réalisateurs, il y a souvent la tentation de manipuler, comme on l’entend souvent au travers de mythes sur de grands réalisateurs, ses acteurs mais je considère qu’il faut qu’il y ait une confiance entre un réalisateur et ses acteurs donc je ne retiens rien. De plus, comme ils doivent se glisser dans la peau de leurs personnages, ils lisent le scénario en l’examinant de très près et deviennent alors des "filtres logiques" qui aident à tester l’efficacité d’un scénario.
FilmDeCulte - On peut voir votre film comme une métaphore du cinéma, de par l’époque à laquelle vous le situez, à la naissance du cinéma, mais également en référence à des illusionnistes du cinéma tels que Méliès. Que pensez-vous de l’évolution des effets spéciaux et de la manière de créer l’illusion depuis ses débuts qui tenait justement du bricolage et de la prestidigitation?
Christopher Nolan - Il était très clair qu’il s’agissait pour moi d’une époque très intéressante justement de par ce parallèle entre la magie et le cinéma. Les premiers cinéastes étaient des magiciens en quelque sorte et les illusionnistes étaient de vrais showmen. Avec l’évolution des effets spéciaux, il y a deux styles d’effets. Il y a le genre que j’aime, à savoir l’effet qui essaie de passer inaperçu. Et il y a l’effet spectaculaire qui n’essaie pas de se cacher mais de vous impressionner. Et justement dans les effets inaperçus, il y a quelque chose de très similaire à la manière dont on construit un tour de magie avec toujours cette volonté du spectateur de ne pas voir l’effet afin d’être mieux diverti.
FilmDeCulte - Dans le film, la création est extrêmement douloureuse, même physiquement, l’un se casse la jambe, l’autre a les doigts coupés, est-ce que la création est forcément douloureuse pour vous?
Christopher Nolan - Je pense que la création peut être difficile ou douloureuse mais ici il s’agissait plus du thème du sacrifice, ce qu’un artiste était prêt à faire pour son art.
FilmDeCulte - Comment travaillez-vous la construction de vos films, on pense à tous ces flashbacks notamment…
Christopher Nolan - Je ne peux pas parler pour mon frère (Jonathan Nolan, co-scénariste du film, NDR) mais personnellement, surtout quand il s’agit d’une histoire non-linéaire, j’approche mes scripts de manière très linéaire, sans réarranger les scènes, les couper, etc. La seule manière que j’ai trouvé pour aboutir à une narration fluide est de me placer du point de vue du spectateur qui voit toutes ces informations arriver et comment les appréhender.
FilmDeCulte - Hugh Jackman, pouvez-vous nous parler du processus d’entraînement pour devenir un magicien que vous avez suivi pour le film?
Hugh Jackman - Nous avions Ricky Jay et Michael Webber qui nous ont appris quelques tours. A ma grande frustration, pas assez. Je me suis plaint auprès de Ricky Jay après quelques semaines que j’avais deux enfants et que ma vie privée est un peu comme une fête d’anniversaire d’enfants que je dois constamment contenter et je ne pouvais me balader avec la grosse machine que j’ai dans le film (rires). Mais il n’a pas voulu m’en donner plus. Par contre, à Las Vegas, nous avons rencontré David Copperfield qui nous a invités chez lui où il dit avoir un Musée de la Magie. Nous avons donc pris deux voitures, des limousines dorées de casino. J’étais avec ma femme dans une voiture, David dans celle de devant. On s’arrête dans une rue déserte en dehors de Las Vegas. On sort de voiture et on nous mène devant ce vieux sex-shop. A l’intérieur, on dirait effectivement un sex-shop rarement ouvert. A ce moment-là, ma femme et moi nous regardons, incertains de savoir où tout ça nous mène. C’est alors que David me dit "Appuyez sur le téton du mannequin", (rires) avec un sourire sur son visage. Bien sûr, j’ai appuyé (rires), comme tout le monde aurait fait, et soudain les portes s’ouvrent et on entre dans un musée de la taille d'un terrain de football. Une collection gigantesque d’artefacts liés à la magie, jusqu’aux outils d’Houdini. Et il reprit son show pour nous pendant une heure et demie. Rien de ce que font les magiciens n’est ordinaire.
FilmDeCulte - Christopher Nolan, qu’est-ce qui vous a paru "magique" dans le roman original?
Christopher Nolan - Mon attraction initiale au roman était l’univers. Ce monde de magiciens où les enjeux sont au-delà de ce qu’on pouvait imaginer. Et j’étais également intéressé par l’époque et donc la dimension historique du roman et comment cela portait le livre au-delà du roman de science-fiction. Je voulais conserver cet aspect dans l’adaptation, en plus d’une psychologie assez bizarre des personnages.
FilmDeCulte - Hugh Jackman, comment était-ce de travailler avec David Bowie?
Hugh Jackman - J’ai toujours été un fan immense de David Bowie et j’étais déjà sous le coup quand j’ai rencontré celui-là (il montre Michael Caine). Mais je me rappelle aussi d’une histoire de Christian [Bale] qui appelle sa mère et celle-ci lui demande ce qu’il fait et il lui répond qu’il tourne un film avec Hugh Jackman, Michael, Scarlett Johansson et David Bowie. Et elle "Ooooooooh, (rires) maintenant tu travailles avec David Bowie, maintenant tu fais des grands films". Et Christian de lui répondre, "Quand même j’ai fait Batman avec Michael et Morgan Freeman, c’est un gros film! - Nan, nan, là c’est David Bowie", lui répondait-elle. Sinon, les gens sur le plateau venaient me dire "Demande-lui de chanter, demande-lui", et moi, "Toi, demande-lui!. Mais il est incroyablement gentil. C’était une très belle expérience.
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