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MUNICH 1972 AU CINEMA


Le Mossad et ses agissement ont souvent été représentés au cinéma. Parfois de manière fictionnelle (Les Patriotes de Eric Rochant), souvent sous un angle documentaire (Tu marchera sur l’eau l’année dernière). La prise d’otages des J.O. de Munich et les représailles de l’état hébreu ont eux fait l’objet de quatre adaptations à l’écran: un documentaire, deux téléfilms et un film de cinéma. Quatre regards sur la tragédie, quatre points de vue sur ses répercussions.


UN JOUR EN SEPTEMBRE (Kevin Macdonald, 1999)

Ce film signé du réalisateur de La Mort suspendue avait remporté l’Oscar du meilleur documentaire en 2000 pour sa description tendue et détaillée de la prise d’otages en elle-même. Alternant des bouts d’interviews avec des images d’archives, le film adopte un ton typiquement anglo-saxon qui n’a pas peur de l’emphase et fait appel à des montages frénétiques représentant les J.O. en eux-mêmes (et la manière dont ils ont continué comme si de rien n’était) ainsi que les conséquences, très gore, de la tentative de sauvetage ratée par les autorités allemandes. Mais ce qui fait l’intérêt du film, en plus de sa mise en scène assez prenante, c’est surtout la présence parmi les intervenants de Jamal Al-Gashey, le seul terroriste ayant participé à l’opération à être encore en vie à ce jour. Témoignant à visage masqué, cet homme, désormais réfugié en Afrique, nous montre un point de vue totalement inédit sur la prise d’otages et les raisonnements des ravisseurs. Le film livre également des infos sur le détournement d’un avion de la Lufthansa un mois plus tard qui avait conduit à la libération des terroristes de Munich détenus dans les geôles allemandes; d’après le film, ce détournement n’était qu’un leurre organisé de toute pièce par Bonn pour se débarrasser de ces prisonniers encombrants et se prévenir contre toute attaque future.


LES 21 HEURES DE MUNICH (William A. Graham, 1976)

La première mise en image de la tragédie n’est venue que quatre ans après les faits sous la forme de ce téléfilm quelque peu oublié, mais récemment déterré en DVD à l’occasion de la sortie du Spielberg. Le récit de la prise d’otages y est très sec, très documentaire, et se perd parfois dans de longues scènes de négociations moult fois répétées. Le mérite didactique du film se fait parfois au détriment de la valeur humaine de la tragédie: malgré quelques tentatives (au demeurant réussies) d’humaniser Issa, le chef des terroristes (joué par Franco Nero), Les 21 Heures de Munich reste surtout froid et distant. Le film vaut principalement pour son choix d’impartialité et surtout pour sa fidélité aux évènements, le tournage s’étant en plus déroulé sur les lieux-mêmes de la prise d’otages, ce qui ne manque pas de conférer une certaine tension sous-jacente à l’ensemble. Mais n’étant ni aussi complet qu’Un jour en septembre, ni aussi éprouvant que le film de Spielberg, Les 21 Heures de Munich reste le cul entre deux chaises.


SWORD OF GIDEON (Michael Anderson, 1986)

Ce téléfilm HBO de luxe est la première adaptation de Vengeance, l’ouvrage controversé de George Jonas qui a également inspiré Munich. Les deux films collant de très près au livre, les ressemblances, vingt ans avant, avec le film de Spielberg sont frappantes, la plupart des éléments présents dès ce film se retrouvant aujourd’hui dans Munich: l’équipe de spécialistes rongés par le doute, les relations tendues avec les proches, le mystérieux informateur Papa (Lino Ventura ici, Michael Lonsdale dans Munich), l’étrange Jeanette… Le livre de Jonas, que beaucoup contestent, est inspiré du récit d’un supposé agent du Mossad, Yuval Aviv, représenté sous les traits de Avner, ici joué par Steven Bauer (Eric Bana chez Spielberg) qui réussit une transformation subtile et étonnante entre le jeune soldat un peu fier personnellement recruté par Golda Meir pour mener une opération clandestine, et l’homme brisé par sa mission, amer, dégoûté. Le film se focalise essentiellement sur les relations de Avner avec les membres de son équipe (qui, contrairement aux personnages de Spielberg, ont à peu près tous le même âge) et comment il se sent particulièrement responsable de leurs sorts. Mais il n’oublie pas les relations que Avner en vient à entretenir avec sa femme (et son bébé qui naît en son absence), ainsi qu’avec son père, un ancien membre des rangs de Tsahal et également avec la mystérieuse hiérarchie du Mossad. Là où un téléspectateur aurait été en droit d’attendre un produit belliqueux et superficiel, il trouve un film long (2h48, sensiblement la même durée que Munich), dense et très proche de ses personnages.


MUNICH (Steven Spielberg, 2005)

Les ressemblances avec Sword of Gideon, on l’a dit, sont nombreuses et étonnantes. Mais les deux films divergent sur certains points. Autant les relations avec la famille de Avner sont traitées dans le film de Michael Anderson, autant la question politique est à peine abordée. Chez Spielberg, le questionnement des hommes sur le bien-fondé de leur mission et ses enjeux sur le long terme pour l’état d’Israël sont au centre de tout le métrage, ce qui en a conduit plus d’un à trouver que le film penchait trop vers l’intellectuel, et assez peu vers l’émotionnel. Spielberg a réalisé un film post-11 septembre et n’hésite pas à dresser des parallèles assez évidents avec notre situation d’aujourd’hui. Il habite également ses personnages du souvenir traumatisant des évènements de Munich. Chez Anderson, la prise d’otages n’était qu’une brève reconstitution en ouverture du film; chez Spielberg, elle parcourt l’œuvre, revenant via des flash-backs envahir même les moments les plus intimes de la vie d’Avner. Spielberg avait sans doute peur de verser dans le film guerrier et a donc pris garde de toujours remettre l’opération du Mossad dans un contexte (même si la mission semble parfois en déborder). Il a également tenu à montrer l’horreur de Munich et la violence des représailles de manière frontale et terrifiante, presque plus que dans Il faut sauver le soldat Ryan, ce qui en fait de loin son film le plus adulte et le plus cru.








 
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