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TERRENCE MALICK


Avant Le Nouveau monde, le cinéaste américain originaire du Texas avait signé trois films: La Balade sauvage (1974), Les Moissons du ciel (1978) et La Ligne rouge Trois chefs d'oeuvre interrompels, fulgurances poétiques uniques, qui installèrent le réalisateur au sommet du cinéma mondial.


LA BALADE SAUVAGE
Badlands
(Etats-Unis, 1974)
Avec Martin Sheen, Sissy Spacek, Warren Oates

Un couple en fuite, une série de meurtres, un amour impossible, un road movie comme on en voit tant. Sauf qu'à la barre se tient un jeune cinéaste ayant suffisamment en son sujet pour y investir de sa poche 50.000 dollars et renvoyer du tournage les deux premiers chefs opérateurs qui ne lui conviennent pas. L’histoire - celle de deux amants encore adolescents (lui a 19 ans, elle en a 14) fuyant une vie dans laquelle ils se sentent trop à l’étroit, entamant un parcours sanglant qui se terminera par l’exécution à la chaise électrique du garçon (l’histoire est authentique, a défrayé la chronique dans les années 50 et a inspiré deux autres films) - est aussi l’occasion pour Malick de livrer un portrait d’une Amérique au bord de la dépression qu’il oppose à cette vision paradisiaque de la nature. Thématique qui reviendra au cours de toute son œuvre, dont ce film est le premier représentant, et déjà la première réussite – rarement un cinéaste se sera autant imposé d’emblée en un seul titre évident. Si la mise en scène et la photographie sont, déjà, sublimes, l’interprétation est elle aussi magnifique et Martin Sheen et Sissy Spacek trouvent ici leur premier grand rôle. Notons enfin la ballade musicale qui les accompagne, devenue culte, reprise il y a quelques années par Tony Scott dans True Romance, un film fortement inspiré de celui de Malick.

Anthony Sitruk



LES MOISSONS DU CIEL
Days of Heaven
(Etats-Unis, 1978)
Avec Sam Shepard, Brooke Adams, Richard Gere

Deuxième film et deuxième chef-d'œuvre. Les Moissons du ciel (Days of Heaven) est le long métrage le plus méconnu de Terrence Malick, celui qui, par son insuccès commercial, allait provoquer la longue éclipse artistique du cinéaste. Peut-être aussi son plus classique, tant les personnages et le cadre semblent appartenir au cinéma hollywoodien le plus traditionnel. Le synopsis semble en effet banal. Une femme un peu perdue hésite entre deux hommes. Le premier est un riche fermier malade, le deuxième son amant, un jeune arriviste prêt à tout, y compris laisser sa belle dans les bras d'un autre pour s'accaparer son immense domaine. Ce classicisme apparent est battu en brèche par une caméra qui capte le moindre souffle, le moindre frémissement des champs de blé. Terrence Malick utilise également la voix-off d'une petite fille très mûre pour son âge, afin de donner au film l'aspect d'un conte à la morale fuyante. Sublimé par la photographie de Nestor Almendros, par la musique d’Ennio Morricone et de Camille Saint-Saëns, Les Moissons du ciel subjugue par sa beauté plastique et sa limpidité narrative. A la recherche d’une certaine pureté formelle, l’auteur de La Ligne rouge élimine tout superflu pour conserver l’essentiel. L’impossibilité de jouer avec l’amour, avec la nature, avec le cœur d’une femme.

Yannick Vély



LA LIGNE ROUGE
The Thin Red Line
(Etats-Unis, 1999)
Avec Jim Caviezel, Sean Penn, Ben Chaplin

Vingt ans qu’il avait disparu de la circulation. Depuis Les Moissons du ciel, aucune nouvelle de Terrence Malick, pas même une image, l’homme discret s’étant enterré dans un secret qui a fait, depuis, sa marque de fabrique. Et lorsque le réalisateur s’attache enfin à un nouveau projet, c’est le tout Hollywood qui attend à sa porte, ne serait-ce que pour apparaître pendant quelques secondes à l’écran. Sean Penn, Nick Nolte, George Clooney, John Travolta, John Cusack, Jared Leto, les débutants Adrien Brody et Jim Caviezel (sans compter ceux qui n’ont pas passé l’épreuve du montage comme Viggo Mortensen, Bill Pullman ou Mickey Rourke), tous se pressent et pourtant La Ligne rouge est tout sauf un véhicule à stars. Tout sauf un film de guerre balisé, quelques mois après le revival dû à Il faut sauver le soldat Ryan. Malick est un poète et Guadalcanal est le jardin d’Eden de son art lyrique, la terre vierge où deux mondes se heurtent. Les voix se mêlent dans un paradis troublé, où l’horreur et le sacré se tutoient, où la poudre à canon laisse place à une miraculeuse méditation d’un souffle fiévreux. Vingt ans d’une attente récompensée par une fascinante mélopée d’âmes en peine, fleur au fusil, les mains tremblantes et le cœur mutilé. "Des ténèbres à la lumière, des conflits à l’amour. Sont-ils les fruits d’un même esprit? Les traits d’un même visage?". Un retour qui aura inspiré le maître et qui, cette fois, ne mettra que quelques années avant de récidiver avec son sublime Nouveau Monde.

Nicolas Bardot





 
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